Le long chemin du deuil dans Rosalie Lightning de Tom Hart : de battre mon coeur s’est… ébranlé

Lightning, ça veut dire la foudre, l’éclair mais aussi la chance. Aussi éphémère soit-elle. L’auteur de bande dessinée, Tom Hart et sa femme Leela Corman vont malheureusement s’en rendre compte à travers ce qui est sans doute l’une des épreuves les plus rudes sur cette Terre : la perte de leur petite fille, Rosalie, âgée de même pas deux ans. Une mort subite, sans aucun signe avant-coureur… à moins que ? Dans un passionnant essai sur la douleur, sur sa douleur, Tom Hart tente de remonter le fil d’Ariane de son labyrinthe et de se raccrocher au fil de sa vie. Bouleversant.

Résumé de l’éditeur : « Nous avons perdu Rosalie il y a quelques jours. » Elle est décédée soudainement une nuit de novembre 2011, sans aucun symptôme avant-coureur. Rosalie avait deux ans, elle était en parfaite santé. Son père, Tom Hart, décide alors de mettre en texte et en image le long processus que lui et sa femme Leela ont éprouvé au lendemain de cet événement tragique. Que fait-on quand on perd un enfant ? – On tombe dans un trou.

© Tom Hart chez St. Martin’s Press

« Mon corps est plus triste à l’horizontale qu’à la verticale », comment glisser vers la lumière quand toutes les lumières se sont éteintes et que la vie semble bien infime ? Comment dormir quand le cauchemar se vit déjà éveillé, quand le futur coïncide déjà avec le passé, les remords, l’incapacité à ranimer les morts et à se sentir à nouveau vivants. Comment Tom et Leela ont-ils pu en arriver là ? Ce n’était pas la grande vie, plus proche de la banqueroute que du gros lot, mais Rosalie Lightning illuminait tout ça à la faveur de son apprentissage, ses premiers pas. Les premiers mots, aussi, maltraités mais tellement mignons : l’agnégné, la gande lune, oh gad agan didodo… Des codes secrets auxquels seuls les parents sont initiés, et c’est ce qui fait le sel de cette relation privilégiée, de parents à enfant. Et puis, le drame.

© Tom Hart

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé » écrivait Lamartine comme synthèse d’une douleur à vif. Sans doute la douleur est-elle immensément plus forte, plus dure, quand cet être est votre propre petite fille si malicieuse, si rayonnante. Un sourire avant le gros dodo et le lendemain matin, plus rien, un corps inerte, bleu. Rosalie est partie comme une éclipse de bonheur. Ne reste que les tourments, les torrents, et ce sentiment d’injustice : « Qu’a-t-on fait pour en arriver là ? »

© Tom Hart

Probablement rien mais rien n’y fera : quand un bâtiment s’éboule, il faut du temps pour le reconstruire, pour ôter l’amertume, pour que la vie soit plus forte que la mort. Pour preuve, on en veut le pavé de Tom, aujourd’hui édité par l’Association. Un pavé comme premier pas vers la rédemption et l’épreuve enfin surmontée, vers la reconstruction. « Il y a trois semaines, n’étais-je pas un père ? » Une reconstruction guère facile puisque si de battre le coeur de Rosalie s’est arrêté, l’environnement du couple en deuil ne leur a pas laissé de répit. Un appartement qui ne se vend pas, un bouquin à terminer et le ramdam banal d’un quotidien devenu extraordinaire tant toute charge est désormais un effort surhumain. Et avancer quand on a de cesse de vouloir reculer et métamorphoser le passé, ça n’aide pas à se hisser au-delà du ravin, du trou béant qui ne demande qu’à vous dévorer. « Pourrions-nous installer ici nos vies dénuées de sens ?« 

© Tom Hart

Pour retrouver ce sens qu’il pense à jamais perdu, Tom et Leela vont devoir accomplir un chemin initiatique, de déménagement en déménagement provisoire, de la Floride (dont le ciel semble n’avoir jamais été aussi triste) jusqu’au Nouveau-Mexique. Mais aussi un chemin spirituel pour lequel Tom va faire feu de tout bois de Ponyo sur la falaise à Totoro en passant par Roland Barthes, Werner Herzog et Oum Kalsoum et Paul McCartney. Sans oublier les contes de la crypte et d’autres revenants et l’exploration consciente de toutes ces histoires où un enfant disparaît. Un bagage culturel mis à pied d’oeuvre pour retrouver son chemin et reprendre sa vie par le bon bout.

© Tom Hart chez St. Martin’s Press
© Tom Hart chez St. Martin’s Press

Rosalie Lightning fait partie de ces livres réalisés dans la fureur (de vie mais aussi de mort) et l’incompréhension. Grand maelstrom d’émotions et de réflexions, le livre de Tom Hart est déstructuré. Comme ses héros de la vie de tous les jours, il ne sait sur quel pied dansé, entre rêve et réalité, entre demain et hier.

© Tom Hart chez St. Martin’s Press

D’un symbolisme fort et jamais pathétique, voilà un ouvrage labyrinthique (comme ce parc de loisir que Rosalie ne verra finalement jamais) dont la force du propos et de l’expérience émerge pour faire un tout cohérent et émotionnellement intense. Car du « Non » au « Oui », quand il s’agit de répondre « stop ou encore » à la vie, le pas est parfois beaucoup plus grand qu’on ne croit. Une colossale leçon de vie.

Titre : Rosalie Lightning (Tumblr)

Scénario et dessin : Tom Hart

Noir et blanc

Traduction : Fanny Soubiran

Genre : Autobiographique

Éditeur : L’association

Collection : Ciboulette

Nbre de pages : 272

Prix : 25€

Date de sortie : le 22/02/2017

Extraits : 

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