Quelques minutes après minuit : une fable poétique sur l’acceptation et la mort

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Conor (Lewis MacDougall) est un jeune garçon vivant seul avec sa mère (Felicity Jones) dans une petite ville anglaise. Gravement malade, celle-ci tente de ne pas alarmer son fils qui peine à cacher son inquiétude face à la dégradation de la santé de sa mère. Le réalisateur, Juan Antonio Bayona, explore de nouveau la thématique de la mort « annoncée » et de notre rapport avec le deuil. Celui qui est à l’origine de l’excellent film l’Orphelinat où, plus récemment, The impossible, utilise ici le prisme de l’imagination pour nous livrer une oeuvre teintée de surréalisme et de poésie.

Sieben Minuten nach Mitternacht

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Le jeune Conor, interprété de façon très juste par Lewis MacDougall, est un garçon inhibé, plutôt isolé auprès de ses camarades de classe, mais passionné par le dessin. La main qui trace des lignes, forme des visages, déploie l’imagination débordante de Conor, est le point d’ancrage du film. Nombreux sont les plans rapprochés ou le spectateur est invité à entrer dans ce monde artistique est intimiste, cette protection primordiale pour Conor, contre la violence du réel et la maladie de sa mère. Probablement atteinte d’un cancer (la maladie n’est pas nommée), cette dernière n’est pas surreprésentée à l’écran mais fait office de fil rouge de la narration, son état devenant de plus en plus préoccupant et laissant deviner au spectateur une mort prochaine et inévitable. La présence de la mère est palpable même lorsqu’elle est absente du cadre, un effet dû en particulier à sa relation fusionnelle avec Conor. D’ailleurs, les scènes ou les deux personnages se trouvent réunis, donnent souvent lieu à des effusions d’amour, contre balançant le non-dit qui transparaît pendant une bonne partie du long-métrage.

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L’imagination au chevet du réel

Attaquons nous maintenant au cœur du propos, c’est-à-dire, l’apparition du monstre dans l’univers de Conor, fruit d’un jaillissement de son esprit et d’une manifestation de son inconscient. De sa fenêtre, le jeune garçon peut apercevoir une colline surplombée d’une ancienne église et d’un arbre gigantesque. Il s’agit d’un if, une espèce de la famille des conifères qui a pendant longtemps été un symbole de mort à cause de sa toxicité. Alors que Conor dessine à son bureau, tous les objets se mettent à trembler, un vent violent se lève alors que l’if se réveille sur la colline pour prendre l’aspect d’un arbre-monstre qui se dirige immédiatement jusqu’à la fenêtre de notre dessinateur. C’est le début d’un étrange pèlerinage pour Conor qui le mènera vers l’acceptation de soi et de la mort de sa mère.

Le monstre (doublé par Liam Neeson) propose à Conor de lui raconter trois histoires (une chaque soir). En contrepartie, le garçon devra lui en raconter une quatrième pour enfin comprendre « sa vérité ». Les dires du monstre ont des allures prophétiques, chacune des histoires va entraîner chez Conor une réflexion sur le bien et le mal et lui apprendre peu à peu à faire émerger son rapport d’être au monde.

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La vérité n’est que ta vérité

À première vue, on peut se demander ou se trouve le lien entre cette manifestation de l’esprit de Conor et la situation réelle de la maladie de se mère. Tout est lié. L’arbre fait figure de guide, un médiateur entre le moi et le surmoi de Conor, qui veut l’aider dans le long processus du deuil à venir. Juan Antonio Bayona arrive brillamment à déconstruire l’imaginaire du monstre tel qu’on se le représente, car il n’est pas question de destruction mais de reconstruction. Le docteur Elisabeth Kübler-Ross, psychologue et spécialiste du comportement à établi cinq stades dans l’acceptation de la mort annoncée : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Conor passe successivement par ces différents états par l’entremise des enseignements du monstre. Grâce à ses histoires, l’arbre fait cheminer le jeune garçon dans les méandres de son esprit pour lui faire reprendre contact avec la réalité, aussi cruelle soit-elle. À un certain moment du film on l’entendra dire : « Je ne suis pas venu pour sauver ta mère, mais pour te sauver toi-même« .

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Quelques minutes après minuit est un film bouleversant, c’est aussi un vibrant hommage rendu à l’art, entendu comme une voie de guérison et d’élévation. Conor, par la puissance de son imagination, devient le créateur de sa propre thérapie et de la réconciliation avec les autres membres de sa famille (sa grand-mère et son père). Le réalisateur, en adaptant le roman de Patrick Ness, dévoile un univers ou la réponse à une question n’est jamais simpliste, on le voit bien dans le raisonnement qui s’articule autour de la notion de ce qui est bien ou mal. Rien n’est tout blanc ni tout noir. Traitant d’un sujet grave qui peut rappeler Le labyrinthe de Pan, le film bénéficie d’une esthétique surréaliste servant délicatement cette gravité. Riche d’enseignement, poétique, Quelques minutes après minuit illustre à merveille cet adage populaire : l’amour est plus fort que la mort.

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