Rosa de la Habana, une héroïne tellement affriolante pour une épatante comédie musicale cubaine en BD!

Il y a quelques mois, la Maison Autrique publiait Habana (chapeauté par Étienne Schréder que nous avions rencontré et qui officie à la traduction du présent album), un curieux recueil qui faisait la part belle aux auteurs cubains inconnus sous nos latitudes. Au vu de certaines planches, pas mal d’entre eux semblaient prêts à conquérir le monde. Nous ne pensions pas si bien écrire. Et à l’intérieur de cette revue collective, nous découvrions l’irrésistible Rosa dans une histoire de quatorze planches de Duchy Man Valdera et Alexander Izquierdo Plasencia. Quatorze pages qui nous laissaient sur notre faim. Normal car, quelques semaines plus tard, les Éditions Mosquito profitaient de la clémence de l’été pour donner une vie au long court à Rosa et tous ses prétendants.

© Valdera/Izquierdo chez Mosquito
© Valdera/Izquierdo chez Mosquito

Résumé de l’éditeur: La Havane 1958. Segundo, un troubadour de Santiago, est monté à la capitale pour faire fortune dans le spectacle de la bodega de son cousin. Il croise la route de Rosa, une prostituée. Il en tombe amoureux et il veut mettre en valeur sa voix extraordinaire. Mais le maquereau de Rosa ne l’entend pas de cette oreille.

© Valdera/Izquierdo chez Mosquito
© Valdera/Izquierdo chez Mosquito

C’est un petit tour de force que réussissent là les Éditions Mosquito: publier la première bande dessinée 100% cubaine (et c’est une exclusivité, Rosa n’a même pas encore vu les librairies de son propre pays)… Et pas la dernière, on ose l’espérer, tant Rosa de la Habana est un écrin à grandes promesses. Cet album de Valdera et Izquierdo est d’ailleurs à l’image de son héroïne en tout point parfaite, généreuse de son style, tempétueuse, se laissant porter par les musiques qui traînent d’un coin à l’autre de cette Havane d’un Batista bientôt renversé.

© Valdera/Izquierdo chez Mosquito
© Valdera/Izquierdo chez Mosquito

Une ville à la richesse incroyable. Et même si c’est souvent la misère qui fait pression sur ses habitants, Segundo, à mi-chemin entre le troubadour et le mariachi, s’en accommode plutôt bien. Sa voix et sa guitare font chaque soir le bonheur des clients de la bodega de son intraitable cousin.

© Valdera/Izquierdo chez Mosquito
© Valdera/Izquierdo chez Mosquito

Ce n’est pas du luxe mais ça lui laisse le temps et le plaisir de flâner dans les rues de la Havane qui change aussitôt de visage, la nuit tombée. Aussi, Segundo va-t-il apprendre au rejeton de son hôte à avoir un jeu de guitare qui fasse fureur. Mais pour Segundo, tout va changer du jour au lendemain quand il va croiser Rosa de la Francia. Rosa, Rosa, Rosa, bien plus qu’une fleur rouge dans ses cheveux: une créature tombée du paradis (ou peut-être est-ce l’enfer?), une voix qui donne des envies de duo, des formes à faire tomber à la renverse le loup de Tex Avery, etc. Un bout de femme à croquer… si ce n’est-elle qui vous croque. Car cette femme à hommes guère conciliante est une tempête de laquelle il vaut mieux se méfier, tout comme son maquereau que l’idée d’un ménage à trois branche très peu.

© Valdera/Izquierdo chez Mosquito
© Valdera/Izquierdo chez Mosquito

Dans un noir et blanc totalement maîtrisé, c’est au temps des jukebox que Valdera et Izquierdo nous amène dans cette ville fantasmée dont nous parviennent les parfums en tous genres. Car c’est sans doute la plus grande force de ce duo, leur force à faire ressentir les choses. Au point même de marier le Neuvième Art et la comédie musicale. Sans doute faut-il être fou pour tenter ce mojito d’enfer et improbable? Surprenant aussi, car, jusqu’ici, on pensait la bande dessinée tout juste bonne à faire pousser la chansonnette à un Pirlouit ou à un Lucky Luke en une case, mais pas sur de longues planches comme le font ici les deux auteurs intrépides et démentiels le réussissent ici.

© Valdera/Izquierdo chez Mosquito
© Valdera/Izquierdo chez Mosquito

Alors, oui, il y a une playlist sur Deezer pour mettre l’album en musique (25 titres qui appartiennent à la crème de la légende de la musique latine) mais le lecteur peut aussi se laisser aller à sa petite musique intérieure. Surprise à la clé. Car au fil des cases et des ruelles plus ou moins mal famées, la puissance des deux auteurs ne fait aucun doute. Tout comme celle du grand méchant de l’histoire qui va faire passer au guilleret Segundo tout envie de conter fleurette à cette rose surgie sur les décombres d’un monde encore bien trop machiste. Coups à la pelle et à l’appui.

© Valdera/Izquierdo chez Mosquito
© Valdera/Izquierdo chez Mosquito

Tour à tour drôle, sexy, torturé, Rosa de La Habana est une oeuvre aux ambiances réussies (bien aidées par ce noir et blanc magnifique) aux cases étudiées et punchy (par rapport à la version courte publiée dans Habana, quasiment toutes ont été retravaillées et affinées), un cri d’amour à une femme fatale mais inateignable et à une ville trépidante où l’amour et la quiétude restent à inventer. Espérons que d’autres auteurs en émergeront et sortiront du lot comme Valdera et Izquierdo, deux Cubains qui apportent une fraîcheur et une liberté audacieuse qui font mouche et détonnent! Et une héroïne tellement enivrante de beauté et de sensualité mais insondable par-dessus tout qui restent en mémoire.

© Valdera/Izquierdo chez Mosquito
© Valdera/Izquierdo chez Mosquito

rosa-de-la-habana-valdera-izquierdo-couvertureTitre: Rosa de La Habana (Page Facebook)

Récit Complet

Scénario: Duchy Man Valdera

Dessin: Alexander Izquiardo

Noir et Blanc

Traduction: Étienne Schréder

Genre: Romance, Drame, Musical

Éditeur: Mosquito

Nbre de pages: 52

Prix: 16€

Date de sortie: le 01/07/2016

Extraits:

 

4 commentaires

      1. Projets? Mais bien sûr! 😉
        Je suis ravie de savoir que cette histoire t’a touché, d’ailleurs tu as bien compris tout ce que j’ai voulu dire.

        J'aime

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