« Perceval, un nom que chacun connait, mais un personnage que tout le monde a oublié »

Non, les récents blockbusters (qu’ils soient américains sur grand écran ou français en comédie musicale) n’ont pas eu raison des légendes arthuriennes. Preuve en est. Après l’excellente réappropriation de Morgane par Simon Kansara et Stéphane Fert, c’est une autre personnalité de la Table Ronde de faire l’objet d’un nouveau jour tout aussi somptueux: Perceval. Héros méconnu de la quête du Graal (ou peut-être est-ce de soi?), l’enfant nu à la naïveté universelle rencontre le monde des hommes dans les mains d’Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg. Une oeuvre initiatique et envoûtante qui a nourri pas mal de questions pour ces deux auteurs passionnants.

Photos: Le Lombard/ D.R.
Photos: Le Lombard/ D.R.

Perceval, c’est le cinquième album que vous signez à deux, pas lassés ? Peut-on dire que vous vous êtes « trouvés » ?

Anne-Caroline : Non, nous ne sommes pas lassés du tout! Nous travaillons ensemble depuis que nous nous sommes rencontrés, en 2002, sur la production d’une série de dessins animés. Terkel voulait faire de la bande-dessinée, depuis toujours. Il en a publié quelques-unes au Danemark et en France, avant notre rencontre. De mon côté, j’ai fait à la fois des études de Lettres modernes et les Arts Décoratifs, j’ai une véritable passion pour le dessin, et pour la lecture et l’écriture.

Je suis venue à la bande-dessinée apparemment par hasard, mais finalement pas tant que ça… je me sens bien dans ce moyen d’expression qui mêle l’image et le texte, qui remplace l’un par l’autre, qui permet d’observer où les mots peuvent s’arrêter, ou au contraire, où l’image a besoin d’eux. Pour la BD, j’aime raconter des histoires et les envisager en images. Terkel, quant à lui, dessine mieux que je ne saurai jamais le faire, nous sommes très complémentaires. Par ailleurs, nous vivons ensemble et partageons aussi une vie de famille, nous sommes dans une cohérence et une entente qui dépasse notre travail en duo. Et qui l’enrichit sans cesse. Le fait de vivre ensemble nous permet d’être ensemble aussi dans la passion du projet en cours, d’en discuter beaucoup, à tout moment.

© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Comment chacun de vous définirait-il l’autre ?

Anne-Caroline: Terkel est une île, il est fort, stable, il sent bon le sable chaud, complètement passionné par sa matière, entier et perfectionniste, il est partant, il ne ressemble à personne d’autre.

Terkel: Depuis que je la connais, elle ne cesse de me surprendre pas sa lucidité et sa perspicacité. Elle a une capacité de synthétiser, analyser et comprendre n’importe quelle situation, texte ou image avec humour et précision. Elle dit toujours qu’elle est lente parce qu’elle ne dit jamais rien qui ne soit pas fondé ou justifié. Je n’ai jamais connu un esprit si vif.

Si on revient aux origines de votre collaboration, comment vous êtes-vous rencontrés ?

Anne-Caroline: Je réalisais une série de dessins animés pour Futurikon et Method Films à Paris dans le Marais, je cherchais quelqu’un pour compléter l’équipe de dessinateurs et on m’a présenté ce Danois qui ne parlait pas un mot de français et qui était là en stage…Il a été notre chef-décorateur pendant plusieurs années, il chapeautait l’équipe qui réalisait les décors et les objets, ensuite nous ne nous sommes plus quittés.

© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Vous avez tourné (jusqu’à nouvel ordre ?) la page du dessin animé pour vous consacrer à la littérature jeunesse et à la bande dessinée. Ces formats correspondaient-ils mieux à vos envies, vous émancipaient-ils mieux ? Quelles sont les forces de l’un et de l’autre par rapport à l’animation ?

Anne-Caroline: Dans l’animation, les équipes sont énormes et tout est très hiérarchisé. Beaucoup de gens donnent leur avis sur la production, les producteurs, mais aussi les chaînes. Le travail de réalisateur est un travail de chef d’orchestre, on supervise les scénarios, les story-boards, l’univers graphique (dont j’étais aussi l’auteur), la musique, les voix, le montage, l’animation des plans… c’est un travail gigantesque. C’est une excellente école, il faut aller vite, ça coûte cher à la minute! Les épisodes se font en parallèle car ils passent chacun par tout un tas d’étapes avant d’être finalisés, cela fait travailler la mémoire. Il faut connaître tous les plans de 26 épisodes de 26 minutes chacun. C’est un travail extrêmement excitant, on est entouré en permanence, sollicité, appelé, en réunion, en briefing, en débriefing. Les choses se font par petits morceaux, les personnages commencent à bouger, à parler, à danser, c’est complètement magique. Nous avons adoré cette expérience, tous les deux, et nous avons pu la faire dans des conditions vraiment idéales, pendant plusieurs années.

© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Et puis, vient un moment où l’on se rend compte que le travail prend toute la place, les vacances sont courtes, les soirées aussi, le travail est génial, mais le résultat passe… On a envie de travailler à des projets plus personnels, qui durent, qui s’installent, et que l’on contrôle mieux dans l’ensemble.

© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Mon expérience dans l’animation a certainement facilité mon travail dans la BD, la narration, la vision d’ensemble sur le livre, mais c’est aussi un travail complètement différent. Solitaire… en duo. On passe des mois seuls sur notre projet. On prend le temps de le digérer, de le laisser venir, on travaille beaucoup avec l’inspiration en se laissant envahir par le sujet, on revient souvent en arrière, on dort dessus, on mange avec, on remanie jusqu’à la fin. Les décisions sont prises à deux, deux qui ont une même vision du projet: c’est plus profond. Et finalement, cela participe d’une connaissance de soi très importante pour moi. Notre travail est un cheminement, on se découvre au fur et à mesure des projets, chacun personnellement, et dans notre relation également.

Cependant, au-delà de votre statut de scénariste, Anne-Caroline, vous dessinez… mais des livres jeunesse. N’avez-vous jamais tenté de passer du côté du Neuvième Art ?

Anne-Caroline: Je dessine beaucoup, pour des livres jeunesse en effet, mais j’ai aussi un travail personnel de dessin dont j’ai besoin et qui a beaucoup de place dans ma tête. Je travaille actuellement à une bande-dessinée jeunesse assez loufoque. Pour la BD adulte, je travaille en symbiose totale avec Terkel, nous faisons la recherche de personnages ensemble et nous discutons sans cesse de la ligne graphique, mais j’ai une confiance totale dans son dessin, il est comme une continuation graphique de ce que je « vois » en bien plus… génial que si je le finalisais moi-même. Alors puisque je l’ai sous la main, je l’utilise avec plaisir et je n’ai pas l’intention de changer d’outil.

Les livre jeunesse "Les Artistes © Anne-Caroline Pandolfo chez les Éditions L'Édune
Les livre jeunesse « Les Artistes © Anne-Caroline Pandolfo chez les Éditions L’Édune

Ce Perceval de bande dessinée, cela faisait longtemps qu’il trottait dans vos têtes ? Comment est né ce projet ?

Anne-Caroline: J’ai eu envie de raconter à mes enfants les légendes Arthuriennes que j’avais adorées, petite. J’ai relu ces récits, et je me suis complètement enthousiasmée pour ce personnage si particulier de Perceval. Je le trouve très touchant, et puis il reste éternellement jeune parce que son histoire n’est pas achevée. Chrétien de Troyes est le premier à avoir retranscrit en prose cette légende qui lui préexistait mais qui se transmettait, jusque-là, oralement. Or Chrétien est mort avant d’avoir fini son histoire. D’autres ont tenté de la continuer, mais sans grand succès.

Perceval est donc un éternel adolescent et son histoire est devenue celle du passage de l’enfance à l’âge adulte, sujet intemporel et universel, qui a inspiré un nombre incalculable d’histoires en tous temps. C’est un magnifique archétype. Et bizarrement, Perceval a un peu pâti d’une réputation de grand naïf à la limite de la stupidité, il est souvent représenté comme un Tarzan ignare. Nous ne voulions pas le voir comme ça, il y a quelque chose de très beau dans sa jeunesse et dans le fait qu’il ait été exclu de la civilisation toute son enfance, une pureté, une innocence.

Recherches de couleurs © Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
Recherches de couleurs © Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Après quatre albums chez Sarbacane, vous voilà chez Le Lombard, comment cela se fait-il ?

Anne-Caroline: Cela s’est fait sur une rencontre très agréable et très encourageante avec l’éditrice Nathalie Van Campenhoudt. Nous avions envie de connaître une nouvelle façon de travailler, et aussi de garder notre liberté d’auteur. C’est important pour nous, comme pour tous les auteurs, je suppose. Nous allons retravailler avec l’un et l’autre, et voulons rester libres de partager nos projets avec des éditeurs différents.

Librement inspiré de Chrétien de Troyes, qu’est-ce qu’il y a derrière ce concept ? Avez-vous pris assez facilement vos libertés ? Ou avez-vous agi dans une certaine déférence ?

Anne-Caroline: Pas de déférence, mais une envie de raconter la même histoire avec notre sensibilité à nous, aujourd’hui, c’est à dire presque mille ans plus tard. Le lecteur d’aujourd’hui n’est pas le public d’il y a mille ans. Nous avons eu envie de montrer à quel point cette si vieille histoire est hors du temps, a survécu aux siècles et reste d’actualité. Dans ce sens, nous sommes très respectueux du récit de Chrétien de Troyes. 

© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Chaque troubadour re-racontait cette histoire à sa manière, avec ses préférences personnelles, c’est aussi ce que nous avons fait. Nous avons pris les libertés de quelqu’un qui raconte une histoire qu’on lui a racontée, certains aspects sont grossis, d’autres ignorés, et le récit diffère sur la base d’une même histoire.

La fin n’existait pas, la pie non plus évidemment, la pie qui est la conscience, bonne ou mauvaise de Perceval et qui lui permet de se poser les bonnes questions, ou les questions qui fâchent. Cette pie nous autorise un dialogue intérieur qui n’existe pas au Moyen-âge, où l’on apprend à connaître le héros à travers ses actions, et jamais à travers son intériorité. C’est la grande différence je crois, l’intériorité.

© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Cette pie fait un peu figure du serpent du jardin d’Eden, non ?

Anne-Caroline: Elle permet d’extérioriser le dialogue intérieur de Perceval, d’entendre les conflits qui le bousculent, de formuler les questions qu’il ne veut pas se poser consciemment mais qui sont bel et bien en lui. Elle n’est pas seulement celle qui lui fait trahir sa mère (le serpent), mais aussi, et surtout, celle qui le libère de ses enfermements et ses aveuglements.

Vous surprenez le lecteur : matériellement, il n’est finalement pas tant que ça question du Graal ! Pourquoi ?

Anne-Caroline: Il est question du Graal mais il n’est pas ce que l’on croit. Le Graal c’est la quête, la connaissance de soi. Voilà une des inspirations libérées du texte d’origine. L’aspect religieux n’est à aucun moment notre propos, alors qu’il était très important dans le texte de Chrétien de Troyes. Nous avons privilégié la quête de soi plutôt que celle de dieu.

Mise en couleurs © Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
Mise en couleurs © Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Dans ce récit très viril par le nombre d’hommes souvent en armes qui apparaissent, Anne-Caroline, pensez-vous avoir amené un éclairage plus féminin ?

Anne-Caroline: Je ne trouve pas que ce récit soit viril! Perceval aurait pu être une fille. L’une des particularités du personnage, c’est qu’il se trompe de combat, il croit vouloir être un chevalier, et le meilleur de surcroît, mais finalement, cela ne lui sert à rien. Ce qui peut le rendre heureux, c’est d’apprendre à se connaître et à se tourner vers les autres. En cela c’est une histoire de chevalier beaucoup moins virile que les autres.

© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Les femmes ne sont bien sûr pas en reste dans cette histoire, mais sont-elles toutes condamnées à être tristes après le passage de Perceval ?

Anne-Caroline: Oui, mais pas seulement les femmes, tous les personnages qu’il rencontre sont condamnés à être tristes en quelque sorte. Parce que Perceval ne les considère pas encore. Le roi pêcheur est triste également, il attendait beaucoup de cet « élu ». À la fin, Perceval réalise qu’il doit se tourner vers les autres, les prendre en compte.

N’avez-vous pas l’impression que les légendes Arthuriennes, si elles ont toujours nourri l’imaginaire populaire, sont revenues de plein fouet ces quinze dernières années ? Tant en littérature qu’en musique, en comédies musicales ou en films. Comment expliquez-vous qu’elles n’aient pas pris une ride ?

Anne-Caroline: Je ne sais pas, je suis presque plus étonnée qu’on ne les reprennent pas plus souvent! Ce sont des histoires intemporelles, elles devraient pouvoir être racontées mille fois sous toutes les formes et apporter à chaque fois un regard particulier, singulier et personnel. Je vois souvent des interprétations plutôt ironiques où les chevaliers sont ridiculisés, où leurs valeurs son moquées, ou bien des interprétations plutôt testostéronées que je n’aime pas spécialement, ou encore des films où l’on présente la cruauté et la noirceur du Moyen Âge dans toute sa crudité et sa violence.

Mise en couleurs © Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
Mise en couleurs © Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Mais il y a aussi une grande poésie de ces récits, où la frontière entre le merveilleux et le réel est indiscernable, où la nature est un personnage à part entière… je ne trouve pas que cela soit si souvent exploité.

Quelles sont les œuvres reprenant de près ou de loin les légendes Arthuriennes qui vous ont plu/marqués ?

Terkel : On a commencé nos recherches avec des cours absolument passionnants au Collège de France (podcast) donnés par Michel Zink sur ce que cherchaient les quêteurs du Graal. À partir de là, nous avons lu les textes d’origine, Chrétien de Troyes, Eschenbach, Lancelot en prose (auteur inconnu) etc. Après, on a fait un grand saut pour arriver à des adaptations contemporaines, notamment au cinéma.

J’ai le sentiment que ce sont des auteurs de cinéma français qui s’en sont tirés le mieux. Nous avons notamment ‘Perceval le Gallois’ d’Eric Rohmer et « Lancelot du lac’ de Bresson. Deux films très opposés mais qui se rejoignent en ayant chacun un parti pris très fort. Chacun possède un langage propre et une vision très particulière. Les légendes Arthuriennes ont eu moins de chance dans le cinéma américain.

Pourtant dans ces films, je pense qu’aucun ne nous a marqué ou inspiré dans notre travail sur Perceval. Mais cela ne montre-t-il pas justement la richesse de la matière première? On peut aller très loin dans des directions très différentes.

Ces légendes parlent-elles finalement si bien de notre époque ?

Anne-Caroline: De notre époque, pas spécialement, mais de nous tous et de chacun de nous, assurément!

Terkel, au Danemark, vous connaissiez ces histoires de tables rondes et de Graal ? Ou est-ce votre arrivée en France qui vous les a fait découvrir ? Quels contes, quelles légendes étaient présents dans votre jeunesse danoise ?

Terkel : Je n’avais pas lu les textes d’origine avant de travailler sur ce projet. Chrétien de Troyes n’est pas lu au collège ou au lycée au Danemark, ni même en traduction. Par ailleurs, nous avons nos propres textes  fondateurs, notamment tout ce qui concerne la mythologie nordique, les dieux de Valhalla, Thor, Odin, Loke etc.

© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Perceval, finalement, c’est un nom connu, mais son histoire est pourtant plus floue, mal connue ou méconnue, que d’autres chevaliers de la Table Ronde, non ? Qu’y avez-vous décelé qui vous donne envie d’en faire une BD ?

Anne-Caroline: C’est un nom que tout le monde connait, mais c’est un personnage que tout le monde a oublié. D’abord parce que son aventure est unique, elle raconte son parcours pour devenir un homme, et montre pourquoi il est passé à côté du Graal alors qu’il l’a approché de si près. Il ne participe pas à d’autres aventures comme c’est le cas de Lancelot ou Gauvain qui enchaînent les exploits et dont les parcours sont multiples. Chrétien de Troyes qui est son principal narrateur est mort avant d’avoir pu écrire l’ensemble de l’aventure de Perceval. Les autres chevaliers de la table ronde errent à la recherche d’aventures qui vont les distraire et distraire le roi Arthur. Perceval n’est pas fait dans ce moule, il doit combattre contre ses propres erreurs, en tant que chevalier, il n’a rien à prouver, mais en tant que personne, il a tout à construire, il est fragile. C’est probablement ce qui nous a émus chez lui.

Mise en couleurs © Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
Mise en couleurs © Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

L’insouciance de l’enfant rattrapée par la violence des hommes, c’est un thème fort et universel, intemporel, qu’il vous plaisait d’explorer ?

Anne-Caroline: L’insouciance de Perceval, son envie de liberté est aussi assez violente, pour les autres. Il ne ménage pas son entourage car tout ce qui compte, c’est son propre chemin. Il y a là-dedans quelque chose de très beau, très innocent, une pure énergie vitale. Il y a aussi un grand égoïsme qu’il doit comprendre et contrôler pour devenir complet. L’empathie lui manque.

Terkel, quels défis graphiques avez-vous du relever sur cet album ?

Terkel : Dès le départ, j’avais envie de faire référence aux enluminures du Moyen Âge, mais si on avait gardé ces références tout au long du livre, cela aurait été lassant et peut-être artificiel. Pour cette raison, les flash-backs étaient des moments assez évidents et privilégiés pour inventer un graphisme inspiré de ces images. Dans la couleur, nous avons eu envie d’utiliser une gamme et un procédé particuliers, pour conserver une référence aux images de chevalerie du 12-14me siècle. Le petit anachronisme étant que la couleur dans notre livre est faite à l’…ordinateur. (Rires)

Mise en couleurs © Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
Mise en couleurs © Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Avez-vous laissé parler votre imagination ou vous êtes-vous documentés ?

Terkel : Très tôt dans la recherche, j’ai mis de côté les références. Nous racontons un Moyen Âge magique et merveilleux avec des personnages qui n’ont jamais existé. Situer notre récit dans un siècle particulier (ce qu’on appelle aujourd’hui le Moyen Âge a duré très très longtemps) n’aurait pas d’intérêt pour notre Perceval. Ce qui nous a touchés, c’est l’universalité du personnage, mais aussi son intemporalité. Le parcours de Perceval, ses erreurs de jeunesse, cela reste valable aujourd’hui.

Vous apportez tous les deux vos couleurs (c’est la première fois sur vos cinq albums, si je ne me trompe pas), cela renforce-t-il votre complicité sur papier ? Comment s’est fait ce choix et comment avez-vous procédé ? Qui fait quoi ?

Anne-Caroline: L’univers moyenâgeux peut être exploité comme souvent pour sa violence, mais c’est aussi un univers de poésie. C’est une époque où la frontière entre le réel et le merveilleux est très ténue. On croit aux esprits, aux démons, aux chimères, on craint les sortilèges, on utilise la magie. Nous aimons atténuer cette frontière dans l’ensemble de nos histoires. Ici, nous avons profité de l’époque pour dessiner un réel sans cesse à la limite de l’imaginaire. Les couleurs participent complètement à cette atmosphère que nous voulions créer, où la nature s’exprime, les animaux parlent, tout peut être animé.

Mise en couleurs © Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Nous avons tous les deux travaillé à la couleur, ensemble, et dans cet esprit. Nous avons cherché une couleur « dé-réalisée », comme dans un rêve. Il y a également une référence aux imageries médiévales dont les couleurs sont souvent très vives et non-naturelles.

Vous procédez moins avec des cases régulières qu’avec des cases approximatives, des ovales et des formes plus évasives, pourquoi ?

Terkel : Tous les choix graphiques sont faits pour soutenir le récit. Au début du livre quand Perceval seul parle avec les animaux, les cases sont très arrondies. Dans des scènes plus « réalistes » où il se trouve avec d’autres personnages, par exemple sa mère ou le Roi Arthur, les cases sont plus raides. La civilisation fait contrat avec le naturel de l’enfant sauvage du début du livre.

© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Plus on va vers les démons et les cauchemars, moins c’est raide, plus c’est souple, on est à l’intérieur de la tête de notre personnage. L’entretien avec le Roi Pêcheur est sur fond noir (nous avions déjà présenté de cette manière l’entretien décisif entre le personnage principal et sa mère dans « Le Roi des Scarabées »), pour marquer la gravité et l’importance de cette scène pour Perceval. Rien de tout cela n’est gratuit.

En fin de livre, j’ai noté que vous aviez bénéficié d’aides culturelles, comment interviennent-elles ?

Terkel : Nous proposons nos projets pour les subventions culturelles, et nous avons eu beaucoup de chance. Notre travail a souvent une base très littéraire, ce qui aide peut-être. Quant au Danemark, ils me soutiennent depuis le début, je suis né à Copenhague. La plupart de nos livres sont aussi traduits en danois.

Anne-Caroline: La Drac Alsace nous soutient aussi depuis 3 ans, nous avons rencontré la personne en charge du soutien au livre lors d’une séance de dédicaces sur un salon. Il y a une véritable proximité avec les auteurs de la part des Dracs. Il faut se renseigner, ça en vaut la peine!

La dernière planche m’a fait penser à celle des Lucky Luke, Perceval serait-il un « poor lonesome cowboy » ?

© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Terkel : Ha ha. Je ne le vois pas comme ça. À la fin du livre, Perceval est amoureux, il s’est fait des amis, il se connait mieux. J’ai plutôt pensé à la fin de notre précédent roman graphique « La Lionne » où les fées qui ont accompagné le personnage de Karen Blixen tout au long de sa vie, continuent de parler d’elle après sa mort en ayant hâte de la revoir. Le récit a touché sa fin, mais les personnages continuent à vivre et donc à parler. Dans cette dernière scène, la pie est surprise que Perceval ait su quelque chose qu’elle ne savait pas. Cela rajoute de l’humour ce qui fait partie de son rôle.

Anne-Caroline: Au contraire d’un « poor lonesome cowboy », il vient de comprendre qu’il a besoin des autres et il part les retrouver. Il a découvert l’empathie.

Au-delà de cette fin, beaucoup de questions restent en suspens, c’était votre volonté de ne pas trop « expliquer » le mythe ?

Anne-Caroline: Oui nous avons voulu une fin ouverte. La véritable « fin » de Perceval n’existe pas. J’appréciais beaucoup que le personnage soit figé dans sa jeunesse pour toujours. Il ne vieillira pas, ne mourra pas, il sera toujours le jeune Perceval qui se cherche.

© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard
© Pandolfo/Risbjerg chez Le Lombard

Quels sont vos projets ? Une autre histoire à deux ?

Anne-Caroline: Nous avons deux beaux projets actuellement, et nous y travaillons ensemble. Pour le printemps 2018, nous avons signé avec Sarbacane une adaptation d’un roman américain contemporain: Serena de Ron Rash. Un grand récit choral, plein de personnages, une nature gigantesque…

Et puis un autre dont il est plus difficile de parler maintenant, mais qui nous tient à coeur car nous y pensons déjà depuis des années.

Merci à tous les deux et belle année 2017. Rappelons que votre album fait partie des  42 albums en compétition pour le Fauve d’or du meilleur album de bande dessinée.

percecal-pandolfo-risbjerg-couvertureTitre: Perceval

Récit Complet

Scénario: Anne-Caroline Pandolfo

Dessin: Terkel Risbjerg

Couleurs: Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg

Genre: Adaptation, Légende

Éditeur: Le Lombard

Nbre de pages: 184

Prix: 19,99€

Date de sortie: le 07/10/2016

Extraits:

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