Des planches à l’écran, L’Invitation tire son épingle du jeu et d’un duo… duel

Dans la série « vus au FIFF », on continue notre petit bonhomme de chemin avec une comédie au concept pour le moins original. Mettant en scène ses amis d’abord et avant tout, Michaël Cohen nous livre avec son Invitation une grande histoire d’amitié. Avec au casting un Nicolas Bedos étonnant. 

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3h du matin… Le téléphone sonne chez Raphaël. C’est Léo, son meilleur pote, qui lui annonce être en panne de voiture, à une heure de Paris. Hors de question d’y aller… Pourtant, poussé hors du lit par la femme de sa vie, Raphaël prend la route pour découvrir, une fois sur place, qu’il n’y a aucune panne mais du champagne, des amis et une fête improvisée… Léo a fait un test à l’amitié. Et si une amitié, une existence entière ne dépendait que de cette seule question : « Tu te serais levé, toi, pour aller dépanner un pote à 3h du matin ? »

On ne laisse pas l’amitié sur le bord de la route… C’est un peu la morale de ce film tiré de la bande-dessinée du même nom signée Jim et Mermoux (un vrai petit théâtre de BD, avec des actes, comme Jim aime en concevoir). Il faut dire que des films sur l’amitié, il y en a à la pelle. Néanmoins, l’Invitation tire plutôt son épingle du jeu avec cette histoire de test de l’amitié complètement folle et légitime à la fois. Car avouons-le, qui n’a pas un jour rêvé de tester ses amis, de voir jusqu’où ils seraient capables d’aller pour nous ? C’est tordu c’est vrai, mais c’est plutôt génial comme idée. Génial, comme le film de Michaël Cohen qui a su capter admirablement l’essence même de cette histoire comme on en a encore jamais vue au cinéma par le passé.

Pour notre joyeuse bande d’amis, tout commence le long de cette route, en pleine zone industrielle. Du champagne, de la musique, une fête improvisée. Le décor est planté, c’est bel et bien un film de potes que nous allons voir. Pourtant, il ne faut pas longtemps pour s’apercevoir qu’une certaine lenteur imprègne le film. Et heureusement ! Car cette relation tantôt conflictuelle, tantôt fusionnelle, qu’entretiennent Léo et Raphaël méritait qu’on l’explore en profondeur. L’amitié prend du temps et surtout demande du temps. Et, outre ces conflits, ces grandes interrogations presque existentielles qui hantent nos deux personnages, Michaël Cohen glisse une belle légèreté dans son oeuvre, une légèreté qui fait du bien et qui permet à des thèmes plus profonds de se révéler peu à peu.

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Côté casting, on retrouve Michaël Cohen lui-même dans le rôle de Raphaël, ce personnage effacé qui regarde les trains passer sans vraiment agir. Et dans le rôle de Léo, pour sceller ce couple amical tout feu tout flammes, on retrouve Nicolas Bedos, ami de longue date du réalisateur. Son image d’éternel je-m’en-foutiste, agaçant et incontrôlable, lui colle à la peau et, qu’on adhère ou pas, à première vue ce rôle semblait taillé pour lui. On en arriverait presque à croire qu’il ne doit pas beaucoup se forcer pour jouer un tel personnage. Néanmoins, pour notre plus grand plaisir, la surprise est au rendez-vous. Quelques petits faux pas au début dans son jeu nous mène finalement à une interprétation tout en finesse et en justesse. Après un passage dans l’Art de la Fugue, Bedos semble dévoiler au grand jour son talent caché d’acteur. Un rideau tombe, et nous découvrons un autre Nicolas Bedos, plus authentique et plus mélancolique. Il se révèle d’autant plus charmant qu’il se retrouve véritablement sublimé par la caméra de Cohen. Les problèmes qu’affrontent ces deux personnages sont presque universels et nous ramènent sans cesse à notre propre vie, aux choix à faire ou à ne pas faire. On se sent proche de ces personnages qu’on prend plaisir à voir s’affronter, se réconcilier pour finalement évoluer ensemble.

D’autant plus qu’autour d’eux, le casting est irréprochable. À commencer par l’immense Gustave Kervern qui donne au film ses deux scènes les plus hilarantes, puis Camille Chamoux sublime de naturelle et de peps, Nader Boussandel et Michaël Abiteboul en amis déjanté et Patrick Préjean dans le rôle du père de Michaël Cohen, un rôle qui n’existait pas dans la BD, comme le caméo de Bernie Bonvoisin en routier sympa… ou pas! Et, à la BD, Michaël Cohen ose ajouter, sans rien trahir de l’esprit de la BD encore une fois, quelques flashbacks pour mieux remonter le temps de l’amitié des deux personnages.

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Comme le dit si bien Nicolas Bedos ; l’amitié c’est l’amour sans le cul ! Et justement, le film traduit bien cette idée en nous offrant une histoire d’amour entre deux amis. Une véritable alchimie s’opère entre les acteurs et l’on peut affirmer sans peine que ce film a été fait avec le cœur. On ressent l’amour du cinéma que nourrit Michaël Cohen; l’amour des belles histoires à la Sautet, mais aussi l’amour des belles images. Car l’Invitation se repose également sur une très belle photographie. Les scènes de nuit sur cette route paumée à une heure de Paris sont tout bonnement superbes tandis que la scène finale de la fête de divorce est lumineuse et filmée avec une réelle intelligence. À noter également, une bande son bien en phase avec le film, imbibée de la musique d’un groupe belge que l’on adore : Balthazar !

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Légère et pleine de bon sens, cette Invitation fait rire autant qu’elle fait réfléchir. On passe un très bon moment en compagnie de ces deux hommes un peu perdus dans leur vie que l’on a envie d’aimer dès les premières minutes. Une belle surprise avoir sur nos écrans dès le 9 novembre.

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L’Invitation, de Michaël Cohen

D’après l’oeuvre de Jim et Dominique Mermoux

Avec Nicolas Bedos, Michaël Cohen, Camille Chamoux, Gustave Kervern, Anne Charrier, Nader Boussandel, Michaël Abiteboul, Gwendoline Gourvenec

Nolita Cinema, Orange Studio & MR Productions

90 min

Sortie le 9 novembre 2016


Un théâtre de pages et de papier qui trouve toute sa pertinence

Et comme un bonheur ne vient jamais seul, en même temps que cette adaptation inattendue et réussie (difficile à croire pourtant quand on parle BD), Vents d’Ouest réédite L’invitation. Et loin de la redite, force est de constater que l’album et le film sont complémentaires.

© Jim/Mermoux chez Vents d'Ouest
© Jim/Mermoux chez Vents d’Ouest

Si le premier n’est pas dénaturé par le second, on peut bien vite se laisser au plaisir de la comparaison entre les dialogues du film et ceux de la BD, les décors, les cadrages, les scènes prolongées et les personnages rajoutés. C’est aussi l’occasion rêvée pour voir les puissances toutes différentes de chacun des deux arts.

© Jim/Mermoux chez Vents d'Ouest
© Jim/Mermoux chez Vents d’Ouest

Il n’est pas étonnant que le cinéma se soit précipité sur cet album d’une étonnante richesse et variant sur des thèmes tellement contemporains à l’heure de la course effrénée et de l’ultra-moderne solitude dont les réseaux sociaux nous renvoient un reflet trompeur mais rassurant. Jim élabore un scénario simple mais à l’efficacité redoutable, un théâtre de mots et de sentiments mis en images par un Dominique Mermoux inspiré pour faire fi de la redondance des décors (on vous parle de théâtre, ce n’est pas pour rien), en tirer toute leur importance et épater sur quelques séquences muettes imparables.

© Jim/Mermoux chez Vents d'Ouest
© Jim/Mermoux chez Vents d’Ouest

Entre le jour et la nuit, il y a une subtilité en plus: la lueur de l’amitié. Laissez-la vous inspirer. Par les temps qui courent, c’est un luxe qu’on ne peut refuser. Et six ans après, L’invitation a gardé toute sa fraîcheur (ce n’est pas si courant en BD) et tient plus que jamais.

linvitation-jim-mermoux-bd-couvertureTitre: L’invitation

Récit complet

Scénario: Jim

Dessin et couleurs: Dominique Mermoux (Facebook)

Genre: Comédie

Éditeur: Vents d’Ouest

Nbre de pages: 160

Prix: 17,50€

Date de sortie: le 02/11/2016

Extraits:

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