Jim: « Sans public, ce que je fais n’aurait rien d’intéressant, c’est le regard des autres qui le fait exister »

Si la vie devait se résumer à quelques moments, autant que ceux-ci soient beaux. Dans une magnifique compilation de récits courts et au creux de la vie et de son intensité, Jim fait la part belle à ces beaux moments. L’auteur est ainsi parti à la croisée des vies, celles d’un couple vieillissant, d’un père qui voit ses enfants grandir ou encore d’une femme pour la première fois modèle d’un photographe. Entre émotion, rires, nostalgie, confiance en l’avenir et formidable envie d’accumuler encore et encore des beaux moments. On ne pouvait pas ne pas poser quelques questions à cet auteur aussi talentueux qu’éminemment sympathique!

Bonjour Jim, quel est le dernier beau moment que vous ayez vécu ?

Eh bien… c’est lié à la bande dessinée, c’est tout bête… et pardon, c’est un peu « égo-centré », mais c’est ce qui me vient tout de suite à l’esprit… J’ai reçu hier un courrier postal – pas un mail, pas un message Facebook… !) d’une personne de 70 ans, qui a écrit à mon éditeur pour m’adresser un petit mot. Et c’était super touchant. Déjà parce que c’est rare, et imaginer un inconnu qui prend le temps d’écrire, de chercher l’adresse de l’éditeur, de poster, juste pour dire des mots gentils… Un vrai beau moment…

Jim - De beaux moments - vieillard

Et sinon, quels ont été les beaux moments de votre vie d’auteur de BD, jusqu’à maintenant ?

Quand on reçoit son album, qu’on le découvre, ça peut vraiment être un moment très déceptif, ou au contraire… un très beau moment ! De même, ce qui vient à l’esprit ce sont les rencontres… Les auteurs, les libraires en dédicaces… Et le public. J’adore ces moments à rencontrer le public… Et puis récemment, la découverte de l’adaptation ciné de L’Invitation, bd que j’ai écrite, j’ai été invité à découvrir un premier montage. Là aussi, soit c’est très gênant… soit c’est emballant. Ouf, ce n’était pas du tout gênant !

Comment vous est venue l’idée de ce livre ?

Par la première histoire, c’est elle qui a donné le ton. Et puis, parce que je sentais que j’allais sans doute faire une suite à Nuit à Rome, mais c’était trop tôt… J’avais envie de quelque chose d’à la fois plus léger et plus personnel…

Jim - De beaux moments - bain nu

Il est d’une part assez universel, mais aussi très personnel, non ?

Exactement ! Mais c’est la même chose finalement… Etre personnel, c’est parler de ce qui ressemble à ce que vivent les autres !

Est-il évident de proposer un recueil de récits de quelques pages à son éditeur ?

Je ne sais pas, j’ai le sentiment d’avoir une place de confiance qui me fait passer quelques barrages, parfois. Là oui, ça a été très simple. J’ai mailé l’idée vers 17 H, à 21 H j’avais une vraie marque d’emballement !

Et d’un autre côté, j’imagine que ça peut être frustrant de ne créer des personnages à la durée de vie limitée à 5 ou 10 pages sans possibilité de les réutiliser, non ?

Houlà ! Mais je ne vais pas m’empêcher de les réutiliser, qui m’en empêcherait ? je considère presque tous mes scénarios comme des gens qui pourraient être amis, avec des ponts comme le Hubert de Petites Eclipses qui fait de la figuration dans Une nuit à Rome… Je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin (rires).

Jim - De beaux moments - chagrin

Comment ont-ils vu le jour ces personnages ? Certains sont-ils inspirés de gens que vous côtoyez ?

Oui, tout à fait. Tout est là, sous mes yeux. Je cours après le sentiment de vérité, donc pour certains, autant prendre directement ces personnages… et pour d’autres, ils sont complètement inventés. C’est un jeu constant entre la fiction et la réalité.

Duquel vous sentez-vous le plus proche ?

La réponse la plus basique est de tous, mais il y a une part de vérité… Puisque je les fais parler comme je parle, je leur fais dire ce que je dirais bien souvent… Difficile de ne pas se sentir proches d’eux dans ces conditions !

Jim - Une nuit a Rome - crayonne

Avant chaque chapitre, vous donnez une phrase qui se révèle être la première de chaque récit. D’où viennent-elles ces phrases ? Préexistaient-elles avant que vous ne conceviez l’histoire ?

L’évidence quand on fait un album comme ça, c’est de mettre le nom du personnage, ce qu’avait fait Max Cabanes dans Colin Maillard… du coup, le refaire ça ne me plaisait pas beaucoup… Inventer des titres était la solution, mais j’ai trouvé intéressant l’exercice de faire une phrase de démarrage qui ai aussi du sens. Pas toujours très simple… Et comme toutes les choses simples, l’important c’est qu’au final, ça semble couler de source…

Outre le temps qui passe, il est aussi question des nouvelles technologies (des nombreuses photos stockées sur un portable, les réseaux sociaux qui nous rendent proches de certaines personnes qu’on ne verra jamais…), comment vous positionnez-vous par rapport à celles-ci ?

J’adore ça, je suis très client. Avec des limites, comme la montre connectée que je trouve sans le moindre intérêt, mais sinon, le net, facebook, Iphone, j’aime la manière dont ça influe sur nos comportements. La base de nos rapports est toujours la même, mais on doit composer avec une approche différente…

Jim - De beaux moments - photos smartphone

Vous êtes en tout cas présent sur les réseaux sociaux, de même que sur un blog. Que vous apportent-t-ils ? Une manière de préserver le contact avec le lecteur quand vous êtes en plein conception d’un album ou d’un film, dans la solitude de l’atelier ?

Exactement ; sans public, ce que je fais n’a rien d’intéressant. C’est le regard des autres qui le fait exister, et j’adore le retour des lecteurs. Souvent, sur une idée, un début, un test de couverture, j’aime jauger leur perception… Et puis c’est aussi un rapport à la solitude, ce n’est pas spécialement ma nature. Un vrai besoin de partager.

D’ailleurs comment dessinez-vous ? Au crayon ou sur palette graphique ?

Les deux. Ça se mélange dans les cases, parfois un dessin à la palette est imprimé puis redessiné à la table lumineuse pour lui donner plus de vie, et parfois un dessin trop brouillon à la main est redessiné à la tablette pour lui donner plus de tenue. Ce qui est sûr, c’est que c’est une méthode hybride, mais on s’adapte comme on peut aux technologies qui évoluent !

Les beaux moments parlent beaucoup de photos, aussi. Une passion ? Par ce livre ne vous êtes-vous pas fait photographe en dessins ?

Oh, c’était aussi l’occasion ici de mettre en avant le travail d’un ami photographe dont j’apprécie beaucoup le travail : Dévoreur.

Jim - De beaux moments - hommage Devoreur

Dévoreur - photo

L’avenir, il est aussi au cinéma. Il y a L’invitation (de Michael Cohen avec Nicolas Bedos, Gustave Kervern, Camille Chamoux, Patrick Préjean), vous venez de voir le montage, vous nous en dites un peu plus ? Puis Une petite tentation ?

Le montage non définitif était très emballant. Je ne sais pas exactement si je suis censé en parler, donc je me contente d’exprimer mon sentiment d’emballement à sa vision. Et je suis dur à satisfaire au cinéma. Une petite tentation est en écriture. Nuit à Rome démarre chez un nouveau producteur, et l’Érection, bd qui sortira dans quelques mois, en écriture aussi pour des producteurs, nous écrivons à deux avec Bernard Jeanjean qui réalisera le film.

Vous acceptez facilement de lâcher les rênes de vos BDs pour que quelqu’un d’autre s’en empare et l’adapte ?

Non, pas facilement (rires). En fait, ça dépend ! Il faut sentir une vraie envie d’être fidèle au projet, sinon je m’en désintéresse vite. Mais en ce moment par exemple sur L’érection, je suis épanoui avec la bd et j’essaie d’être plus au service du réalisateur.

L’érection?

C’est une histoire en deux tomes, qui raconte une engueulade de couple, une nuit quelques jours avant Noël, à cause d’une érection qui ne tombe pas exactement au bon moment… C’est important le timing en terme d’érection ! (Rires)

Jim - Lounis Chabane - L'erection - lit

Le tableau ne serait pas complet sans parler du fait que vous allez, après quelques très beaux courts-métrages, passer un peu plus derrière la caméra. Avec J’aime autant qu’on ne se quitte pas ? Et une flopée d’autres projets. Vous n’allez pas arrêter dites donc ?

Je pense qu’il faudrait que je m’arrête à vrai dire… Notez, peut être que je ne vais pas démarrer beaucoup, car si la bd est concrète, le cinéma est plus compliqué. Je n’ai aucune visibilité sur ce que tout ça va devenir, juste l’envie !

J’aime autant qu’on ne se quitte pas from Stephan Kot on Vimeo.

Cette soif de cinéma d’où vient-elle ?

Depuis toujours, depuis gamin. J’ai toujours fait ça, ça devient juste un peu plus professionnel ces temps-ci…

Quel est l’apport du cinéma par rapport à la BD, et vice-versa, qu’apporte la BD que n’apporte pas le cinéma ?

Le plaisir devant un écran est plus grand je crois, le plaisir de la création est plus libre en bd, plus intuitif. 

Jim - De beaux moments - photos

Sans compter une actualité bouillante côté BD avec pas mal de scénarios. Comment choisissez-vous les projets que vous allez dessiner et les autres que vous offrez à d’autres dessinateurs ?

Oh, c’est surtout eux qui me choisissent… C’est très difficile de trouver le bon dessinateur pour le bon projet… J’avoue que je me sens constamment en recherche… Et je dessine si peu d’albums, ce qui fait que tous les scénarios sont d’office plutôt pour les autres, à vrai dire…

La conclusion « Oui tu aimes ta vie. Et tu ne l’échangerais pour rien au monde ». Vous vous en êtes convaincu à la fin de cet ouvrage ? Dans votre vie d’auteur, vous avez parfois eu envie de tout plaquer ?

Non, du tout. Mais par contre je rage de n’avoir qu’une seule vie. Qu’est-ce que ça va être court…

Enfin, en matière de Bd ou de cinéma, quels ont été vos derniers beaux moments ?

Angie Tribeca, la série TV la plus débile du moment. Juste vu le premier épisode, mais j’ai ris comme un gamin. C’est quand même un plaisir rare et agréable, rire comme un gamin. Et sinon la série The Affair saison 2, du très beau travail… Et en bd, il va falloir que je retourne en librairie fouiller un peu, je n’ai en tête que des choses pas suffisamment neuves… comme Journal, de Fabrice Neaud. Magnifique !

Merci beaucoup Jim!

Jim - De beaux moments - couverture

Titre: De beaux moments

One Shot

Scénario et dessin: Jim

Couleurs: Delphine et Jim

Genre: Mini-récits, Drame, Chronique

Éditeur: Bamboo

Collection: Grand Angle

Nbre de pages: 136

Prix: 18,90€

Date de sortie: le 28/10/2015

Extraits:

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