À Brest ou dans un rêve américain, Kris & co assurent toujours quelques surprises

Formidable conteur breton, c’est peu dire que Kris s’est longtemps cherché, tour à tour barman, libraire, futur professeur. Mais, depuis quinze ans, l’homme de Brest a trouvé sa voie, sa plume, et n’en finit plus de nous raconter des histoires, en Bretagne mais aussi sous d’autres horizons (comme Un maillot pour l’Algérie, dernièrement). Sous influence de l’Histoire à laquelle il a consacré ses études, Kris aime à saisir des petits morceaux oubliés de celle-ci pour en retirer toute la bravoure et tout le potentiel fascinant. La preuve encore avec ses deux dernières parutions chez Futuropolis, qui prennent la mer à coup sûr avec une sacrée bande à bord.

© Kris/Galic/Cuvillier chez Futuropolis
© Kris/Galic/Cuvillier chez Futuropolis

Brest, nuit d’espions

S’il y a bien un album qui a « une gueule d’atmosphère » c’est bien celui-là tant Nuit noir sur Brest nous enveloppe dans ses brumes poisseuses, dans ses tripots enfumés et la nuit porteuse de tous les complots. Nous ne sommes ni au Caire, ni à Casablanca, et pourtant Brest en nid et nuit d’espions, ce n’est pas mal non plus. Un épisode oublié où la Guerre d’Espagne se déporte en Espagne et qui mérite bien de venir rafraîchir les mémoires. Ne dit-on pas que l’eau se souvient?

Projet de couverture © Kris/Galic/Cuvillier
Projet de couverture © Kris/Galic/Cuvillier

Résumé de l’éditeur: Dimanche 29 août 1937, à Brest. Un sous-marin républicain espagnol fait surface au milieu des eaux brumeuses, en rade du port militaire. Des réparations sur l’engin sont nécessaires. Sous la houlette de l’affreux Troncoso, un commando franquiste s’organise à toute allure dans le but de conquérir le navire. Proches des phalangistes, ils savent pouvoir s’appuyer sur les fascistes locaux. La belle Mingua leur est associée. Collaboratrice de charme, elle est prête à tout pour optimiser la réussite de l’entreprise nationaliste. Mais les forces de gauche, communistes et anarchistes en tête, sont décidées à faire front et résister. « No pasaràn ! Mort au fascisme ! »

© Kris/Galic/Cuvillier chez Futuropolis
© Kris/Galic/Cuvillier chez Futuropolis

« Hola! Francia?! Bretana? Donde estamos? » À la surprise générale (et encore plus des matelots), une tête hispanique émerge du sous-marin qui vient de percuter le remorqueur. En quelques secondes, l’ombre du fascisme et du franquisme va s’inviter et planer sur Brest pour une vingtaine de jours. Vingt jours de scènes surréalistes, de rencontres furtives où vont se croiser espions, journalistes, marins espagnols, pro- ou anti-Franco, jusqu’au dénouement final, spectaculaire et bien indécis.

Avec de la documentation plein les bras et un indéniable sens de la reconstitution historique et fascinante, Kris, Bertrand Galic (le duo qui nous avait donné il y a quelques mois avec Javi Rey, Un maillot pour l’Algérie) et Damien Cuvillier collaborent pour la première fois sur un récit au long cours et chacun semble tirer le meilleur de la force motrice de l’autre. Brest trouve ici la force des grandes villes, tantôt sous un rayon de soleil, tantôt sous la pluie, et la nuit qui vient encourager les félonies. On se prend de passion à cette partie d’échecs qui tourne à la bataille navale pour le contrôle de ce sous-marin dérisoire mais qui pourrait changer la face d’une guerre. L’intensité gagne le récit et quel bonheur de redécouvrir une petite histoire de la grande Histoire dans des conditions optimales et diablement sensorielle. Non, ce n’est pas que du papier.

nuit-noire-sur-brest-kris-galic-cuvillier-couvertureTitre: Nuit noire sur Brest

Récit complet

D’après Nuit franquiste sur Brest de Patrick Gourlay

Adaptation, scénario et dialogues: Bertrand Galic et Kris

Dessin et couleurs: Damien Cuvillier

Genre: Historique, Espionnage

Éditeur: Futuropolis

Nbre de pages: 80

Prix: 16€

Date de sortie: le 15/09/2016

Extraits:

Et, en bonus, quelques merveilles de conception (trouvées notamment sur la page Facebook de Kris): 

Notre Amérique, d’une guerre à l’autre

On remonte encore un peu plus dans le temps, d’une guerre à l’autre, ou plutôt d’un avant-guerre à un après-guerre, en compagnie d’un duo bien connu. L’ami Kris retrouve ainsi Maël, avec qui il avait signé Notre mère la guerre (dont on attend impatiemment l’adaptation cinéma d’Olivier Marchal), pour raconter un rêve américain mené et embarqué de manière fort peu habituelle.

© Kris/Maël
© Kris/Maël

Résumé de l’éditeur: « C’était le 12 novembre 1918. Le premier jour de paix d’une ultime année de guerre. De ce jour-là, mon père disait qu’on y avait enterré l’hiver d’un monde. Mais sans savoir encore où était le printemps. Dans la morne cour d’une caserne alsacienne parmi d’autres hommes recrachés par le conflit, il y avait Max, soldat allemand défait et révolutionnaire, levant un poing rageur face aux drapeaux. Et il y avait Julien, jeune photographe français qui n’avait cure d’être un soldat vainqueur et n’aspirait qu’à une chose: se déshabiller de la guerre. Ailleurs, il y avait elle. Tina, gérillera mexicaine de vingt ans et qui n’était pas encore ma mère. C’est drôle quand j’y repense: elle avait exactement l’âge que j’ai aujourd’hui. Fin 1918, leur printemps à tous les trois était encore loin. Mais je crois que c’est à ce moment-là qu’ils se mirent à le chercher. Chacun de leur côté, mais ensemble… Et ensemble quitter l’hiver… »

© Kris/Maël chez Futuropolis
© Kris/Maël chez Futuropolis

Après la guerre, c’est encore un peu la guerre, le désordre, le boucan, le mélange des uniformes et des vêtements. La pluie ne suffit pas à laver quatre années d’ignominie sur des visages fermés et qui auront bien du mal à retrouver la quiétude, loin du bourdonnement des armes. Julien, lui, voit plus loin et entend bien procéder à l’inverse des temps qui courent et faire son débarquement à lui et en Amérique. En attendant le grand ouest, la chevauchée se fait sur une voiture d’état-major que Julien ramène seul à Paris.

Seul, quel gâchis, la voiture est bien plus spacieuse que pour accueillir un maigre p’tit soldat. Et, sur les chemins de poussière, cela n’échappe pas à Max. De même que l’uniforme que porte Max tape dans l’oeil de Julien: un costume allemand. Mais Max le rassure très vite: il est Alsacien, engagé de force avec les Boches et bien content de retrouver sa liberté de batailler pour les causes qui lui importent personnellement et pourquoi pas vers d’autres horizons?

© Kris/Maël
© Kris/Maël

Le ciel, les bâteaux et la mer, en passant de Nuit Noire sur Brest à ce premier mouvement de Notre Amérique, vous ne serez pas dépaysés. Du moins, pas dans un premier temps. Car, ici, la prise du bateau n’est pas une fin en soi et une fois à bord, l’aventure ne fait que commencer, avec son lot d’exaltation, de frayeur et de dangerosité. D’inconnu, surtout. Et les autres horizons, que Julien et Max pensaient immédiats et plus ou moins proches, Berlin peut-être un peu plus loin, de s’ouvrir et de laisser paraître au loin les côtes américaines.

© Maël
© Maël

D’une guerre à l’autre, caramba!, Kris et Maël étendent leur territoire de prospection sans y perdre des plumes. On retrouve toute la puissance de Notre mère la guerre et la finesse de trait dont Maël est capable. Et les vestiges de la guerre, macabre, les cauchemars qu’elle tissent dans les esprits des survivants en deviennent presque poétique. Et une fois affranchis des codes européens pour mettre le pied sur le sol américain ébranlé de « Libertad! », on se retrouve comme nos deux (mal)heureux héros, perdu dans cette histoire en marche et au galop, grisés par ce sentiment de l’aventure à venir.

© Kris/Galic/Cuvillier chez Futuropolis
© Kris/Maël chez Futuropolis

notre-amerique-t-1-quitter-lhiver-kris-mael-couvertureSérie: Notre Amérique

Tome: Premier mouvement – Quitter l’hiver

Scénario: Kris

Dessin et couleurs: Maël

Genre: Historique, Aventure

Éditeur: Futuropolis

Nbre de pages: 64

Prix: 16€

Date de sortie: le 13/10/2016

Extraits:

Et, en bonus, quelques merveilles de conception (notamment trouvées sur la page Facebook de Kris): 

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