Captain Fantastic : de l’enfant sauvage au philosophe-roi

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À l’origine il y a une immense forêt, des territoires sauvages à perte de vue où aucune trace de civilisation n’est visible. Un cerf s’arrête un instant pour déguster quelques pousses fraîches d’un buisson, soudain, un jeune homme bondit hors de la végétation et égorge l’animal avec la rage d’un guerrier. Cinq autres jeunes personnes entrent alors dans le champ suivies de près par Ben (Viggo Mortensen), le père de famille et initiateur de ses chers enfants. L’aîné a réussi son rite de passage. L’enfance est révolue, il est désormais un homme.

C’est par ces images déconcertantes que débute le long métrage de Matt Ross, Captain Fantastic. Savoir traquer, débusquer et abattre sa proie constitue un apprentissage absolument nécessaire pour Ben dans l’éducation de ses six enfants. Et l’éducation, ça le connaît. Depuis le camp (peut-on parler de maison ?) improvisé quelque part entre les arbres, le père travaille dur à préparer la prochaine génération : Entraînement sportif intense, techniques de combats, chasse, méditation, analyse d’ouvrages scientifiques et littéraires etc..

Il y a la un désir de connaissance si étendu qu’il frôle l’inaccessible, Ben veut offrir un savoir sans limite en ménageant le plaisir. À mi-chemin entre un épicurisme modéré et un stoïcisme drastique. Les préparer, mais à quoi exactement ?

CAPTAIN FANTASTIC

« Le pouvoir au peuple, à bas le système ! »

On est bien loin ici de L’enfant Sauvage de Truffaut, ce jeune garçon incapable de parler et d’interagir, considéré comme un attardé. Dans Captain Fantastic, les enfants vivent en marge de la société américaine avec leur père depuis leur naissance, ils ne connaissent que ce qu’ils ont appris dans les livres et dans la nature. Pourtant, ce sont déjà tous des érudits, ils parlent plusieurs langues, étudient les sciences fondamentales, la physique quantique et savent jouer de plusieurs instruments. Dans cette éducation complète et humaniste, Ben veut inculquer un mode de vie ou le corps et l’esprit sont sans cesse maintenus en état d’éveil et de curiosité.

Vivre paisiblement en autarcie, jusqu’à ce que survienne l’ingérence extérieure. La femme de Ben également mère des six enfants vient de se suicider. Atteinte d’un trouble bipolaire très grave, Leslie était retournée vivre chez ses parents car elle ne pouvait plus supporter la vie sauvage auprès de sa famille. Malgré le fait qu’elle partageait la même vision que son mari.

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Pour assister aux funérailles, la joyeuse famille va devoir se confronter à la vie en société, renouer avec le milieu urbain et le reste du cercle familial (les parents de Leslie et la soeur de Ben) à bord de leur bus dénommé Steve. L’intrigue est alors lancée.

La fabrique du consentement

C’est dans la deuxième partie du film que l’on comprend réellement pourquoi Ben a choisi des principes si radicaux, réfutant bon nombre de valeurs américaines modernes et post-modernes. C’est aussi l’aspect le plus intéressant ( oups, selon Ben, c’est un non-mot) de l’oeuvre de Matt Ross. En tant que spectateur, on est bien forcé de faire face à nos contradictions, on est gêné et dérangé par ces enfants qui possèdent tant de savoirs et qui peuvent assurément se croire bien plus intelligents que les autres. La scène avec les enfants de la soeur de Ben est une parfaite illustration de l’ignorance face à la connaissance. Mais alors, cette famille est-elle si parfaite ?

Non. Le film vient nous rappeler assez vite la difficulté qu’ils ont de se sociabiliser, de vivre l’amitié ou l’amour (en dehors de l’attachement familial). Ils ne comprennent pas l’Autre, celui qu’ils ne connaissent pas et qui les trouble. L’amour ne s’apprend pas dans les livres et Ben leur a donné l’amour des principes et des concepts intellectuels. Ils aiment Noam Chomsky, philosophe et linguiste américain du XXème siècle, dont ils fêtent l’anniversaire chaque année plutôt que Noël. Les discours des personnages sont d’ailleurs très inspiré de cette figure intellectuelle, Chomsky étant une personnalité critique de la politique américaine et de l’asservissement des médias aux élites.

Agacé mais touché

S’ils nous énervent un peu au départ, les six philosophes-rois (Selon les mots de Leslie) finissent par nous émouvoir. Selon Platon, seul le philosophe pourrait diriger la cité, car lui seul possède l’idée du vrai. Mais nos protagonistes n’ont pas l’orgueil qu’on leur affuble par inadvertance. Ce sont des enfants. Ils découvrent un monde vaste, plus vaste qu’une forêt, et veulent vivre profondément leur vie. Reste à savoir si leur père, Ben, pourra comprendre leurs attentes. Pour cela, je vous laisse découvrir Captain Fantastic, un film imparfait mais chargé d’intelligence et d’émotion.

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« Si vous présumez que l’espoir n’existe pas, alors vous vous assurez qu’il n’y en aura jamais. Si vous présumez qu’il existe un instinct de liberté, une chance de changer les choses, alors il y a une chance que vous contribuiez à bâtir un monde meilleur », Noam Chomsky

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