Fog de Roger Seiter et Cyril Bonin: les mystères de Londres n’ont rien à envier à ceux de Paris!

Il y a quelques mois, Cyril Bonin nous épatait, une fois de plus, avec The Time Before, un nouvel acte dans une oeuvre personnelle empreinte de préoccupations modernes. Pourtant, ce serait oublier que ses premiers pas dans la bande dessinée, il les a faits en compagnie de Roger Seiter dans le « Fog » londonien de l’époque victorienne, entre Sherlock Holmes et les récits de l’ami (moins connu) de Charles Dickens, Wilkie Collins. Ainsi, entre les Indiens navajos, les fanas de spiritisme, les effrayants démons, les marins qui éclusent les tavernes jusqu’à plus soif, les prostituées qui font valoir leurs atouts, les amours contrariés ou des meurtres plus sinistres les un que les autres; les deux auteurs ont signé pas moins de huit albums en huit ans, chez Casterman. Les quatre premiers font l’objet d’une nouvelle intégrale en deux actes aux Éditions du Long Bec. Une excellente idée tant l’univers développés par les deux auteurs reste une référence et dans lequel on n’aurait bien tort de ne pas se replonger.

(c) Bonin
(c) Bonin

Londres l’embrumée, Londres la Victorienne, Londres la… criminelle. En cette deuxième partie du XVIIIème siècle, la capitale britannique est en pleine évolution et entre doucement dans une autre ère. Pourtant, englués dans les brumes, ses mystères sont toujours aussi épais que le Fog ambiant et la pluralité des classes et des castes qui ne jouent pas vraiment toujours en la faveur des enquêteurs de Scotland Yard.

fog-seiter-bonin-t-1-le-tumulus-couverture

Des gars résistants mais soumis à un tyrannique directeur et oppressés par une presse qui n’a rien à envier aux médias populistes actuels répandant la terreur. Non, la tâche n’est pas simple pour Andrew Molton et Julian Harwood. D’autant plus, lorsque deux vikings tueurs sont sortis de leur sommeil éternel par des archéologues trop curieux ou qu’un démon « vampirique » semble s’être échappé du petit monde spirite londonien. Heureusement, sur la route de ces deux enquêteurs, le destin brumeux va leur envoyer le journaliste Ruppert Graves et la splendide et pleine de jugeote Mary Launceston. Mais le quatuor issu du commun des mortels peut-il lutter avec des puissances étranges et occultes?

fog-seiter-bonin-integrale-editions-du-long-bec-le-tumulus-viking

Lancée en 1999, Fog a très vite trouvé son rythme avec deux albums composant à chaque fois une histoire complète, soit quelque 120 planches d’ambiance et de voyage dans le temps. Car Roger Seiter n’a pas son pareil pour visiter une époque dont il semble féru (en témoigne Spécial Branch qu’il réalisera, plus tard, avec Hamo) et le scénariste avait trouvé en Cyril Bonin, une perle qui ne demandait qu’à révéler son éclat et son talent. Du rictus d’un personnage à la démesure horrifique de ce Londres bien loin de celui que nous visitons parfois le temps d’un long week-end.

fog-seiter-bonin-integrale-editions-du-long-bec-le-destin-de-jane-recherches

Ainsi, Fog, c’est non seulement des intrigues passionnantes préférant s’immiscer dans les rues sombres et dans les cafés mal famés, au plus près de la mort qui guette, que de lézarder sous le soleil des bons vivants. Sociologique sur les bords, Fog, avant même d’être une fiction et un divertissement à choyer, est une enquête des auteurs eux-mêmes, retraçant et documentant le Londres d’après 1850, recomposant ses strates sociales et la misère, les mauvaises fortunes, qui forgent les destins et font plonger certains dans les affres de la violence et de l’inconscience meurtrière.

fog-seiter-bonin-integrale-editions-du-long-bec-le-tumulus-prostituees

Dans cette voie, Seiter et Bonin sont même jusqu’au-boutistes, n’hésitant pas à supprimer certains de leurs personnages et à en amener d’autres, quitte à explorer d’autres horizons (des Navajos à Londres, vous aviez déjà vu ça?). Côté dessin, tour à tour lugubre, lancinant, sanglant, parfois lumineux, Bonin posait là les clés d’une voûte qui n’allait cesser de tutoyer les hauteurs, voire même de les repousser. Qui aurait pu dire que le Fog si cher à Carpenter allait accoucher d’un génie graphique dont on n’allait cesser de parler de plus en plus.

fog-seiter-bonin-integrale-editions-du-long-bec-le-tumulus-drague

De bout en bout, cette première intégrale (chez les Éditions du Long Bec, car Casterman avait déjà publié ses propres recueils) se révèle intrigante et bénéficie d’un page-turning jamais démenti. Mais en plus, plus loin que de compiler les quatre premiers albums, cette réédition va plus loin et propose un avant-propos documentaire de Roger Seiter mais aussi, et surtout, une novelisation inédite d’une partie de la seconde histoire. Certes, cela lève un peu le pouvoir à l’imagination qui était donné aux lecteurs à l’époque,  mais ce nouveau chapitre permet aussi de mieux comprendre l’histoire. C’est judicieux. Vous l’aurez compris, si vous ne connaissez pas la série ou que vous l’aviez peut-être (mauvais que vous êtes) oublié dans un coin de votre tête embrumée, il n’y a pas de quoi bouder votre plaisir.

fog-seiter-bonin-integrale-editions-du-long-bec-couvertureTitre: Fog

Intégrale: Livre 1/2

Scénario: Roger Seiter

Dessin et couleurs: Cyril Bonin

Genre: Mystère, Polar, Enquête, Fantastique

Éditeur: Les éditions du Long Bec

Nbre de pages: 272

Prix: 34,50€

Date de sortie: le 26/08/2016

Extraits:

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s