Intime Festival #4: Eureka Street avec David Murgia & Robert McLiam Wilson

 

4ème édition déjà pour l’Intime Festival créé par l’acteur namurois Benoît Poelvoorde, au Théâtre de Namur.

Pour cette nouvelle édition, le président et fondateur s’est un peu mis en retrait mais cela n’enlève rien à la qualité de l’événement.

Durant trois jours, le Théâtre de Namur accueille les amateurs de belles lettres et les invite à des lectures par des comédiens ou des rencontres avec les auteurs.

Un riche programme duquel Branchés Culture a fait ressortir un ouvrage en particulier, Eureka Street, qui faisait l’objet d’une grande lecture en ouverture et d’une rencontre avec l’auteur samedi.

Le comédien David Murgia (Je te survivrai de Sylvestre SbylleLe Tout nouveau testament de Jaco Van Dormael et en 2016, Les Premiers, les derniers de Bouli Lanners pour n’en citer que quelque uns, sur les planches avec son Discours à la Nation vu notamment en 2015 à la Fête des Solidarités) ouvrait le festival ce vendredi avec une lecture dans la grande salle du théâtre, devant un public nombreux.

Des amateurs de littérature mais aussi de cinéma. On a ainsi pu reconnaître entre autres l’écrivain, comédien et réalisateur Stefan Liberski, le président du FIFF Jean-Louis Close ou « Monsieur Cinevox », Philippe Pierquin.

Tous n’ont pas lu l’ouvrage de l’écrivain irlandais Robert McLiam Wilson – c’est aussi le plaisir d’un tel rendez-vous, la découverte – et attendent avec fébrilité le début de cette lecture.

La scène est dépouillée au maximum: une chaise, une bouteille d’eau et un chevalet attendent le comédien liégeois.

Une fois sur scène, David Murgia déclame les premières pages du livre en homme de théâtre qu’il est, sans lire ses feuilles ou un quelconque prompteur. D’emblée, le public est conquis, tant par sa présence, sa diction que par le texte de Mc Liam Wilson.

Une heure durant, il entrainera le public, pas à pas, dans l’univers de l’auteur, dans le « Belfast des événements » – entendez des attentats – et dans la vie de ces personnages, dans ce Belfast personnage à part entière, dans la complexité de cet ouvrage tantôt drôle – souvent – tantôt dramatique, avec par exemple une implacable description d’un attentat dans une sandwicherie.

Le public le suit avec attention, la salle frémit, rit, s’émeut. Une belle complicité unit rapidement le lecteur d’un soir et le public qui sourit avec lui lorsque David énumère les annonces coquines du « seul journal salace publié en Irlande du Nord » et que sa langue fourche, transformant « les belles fesses de Belfast » en « Belfast de Belfast ». Public qui retient son souffle lorsque David Murgia raconte le destin des victimes du lâche attentat: «il avait une histoire lui aussi»… «Kevin avait une histoire lui aussi»… « Natalie Crawford aussi avait une histoire.  »

Instant fort, autant pour ceux qui ont lu le livre et qui (s’)attendaient de (à) se voir proposer la lecture de ce chapitre-clé, que pour ceux qui venaient dans un esprit de découverte.

Cerise sur le gâteau, à l’issue de la lecture, une rencontre avec l’auteur est proposée au public. L’occasion de faire oublier que la rencontre prévue le lendemain sera déplacée de la grande salle vers le foyer, pour cause de visite surprise d’Edouard Baer.

Sur la grande scène le soir ou dans le foyer le lendemain, Robert McLiam Wilson est comme son livre Eureka Street, drôle souvent mais extrêmement juste quand il évoque les sujets dramatiques.

Aujourd’hui installé à Paris, il collabore notamment à Charlie Hebdo et à Libération et est considéré dit-il comme le 13ème Français le plus drôle (il est trop modeste: il est 12ème en effet).

Sous ses allures d’amuseur public, il évoque pourtant Balzac, Rousseau et compare finement les violences en Irlande aux attentats qui frappent l’Europe. Il avait 3-4 ans quand il a été confronté aux attentats en Irlande: autant dire que les attentats faisaient partie de sa normalité. « Mais je n’ai rien fait, ça n’est pas de ma faute ».

Entre deux moments plus légers (« Les romanciers? Des gens assez stupides qui auraient du mal à trouver du boulot« ), il explique à son auditoire que les auteurs de ces actes de terreur sont foncièrement bêtes et qu’il ne faut pas « remplir les trous dans les têtes » (comprenez leur trouver des excuses, explications). « Ne les remplissez pas avec BHL! » assène-t-il.

Robert McLiam Wilson est un taquin, il ne reste pas cinq minutes sans essayer – et il y arrive à chaque fois – rire son auditoire, comme lorsqu’il répond à son intervieweur que sa question ne lui a pas plus « parce qu’il a évoqué Jean-Luc Godard, ce mec qui a toujours des femmes nues dans ses films et (qui ressemble) à Jabba le Hut ». Mais son humour cache ou plutôt met en avant une analyse fine sur les événements, un regard lucide, pessimiste parfois. Fataliste.

Votre droit de vivre et de respirer dépend de la tolérance de ceux qui pourraient être tentés de vous en priver ; de leur humeur, de leur caprice. Depuis toujours.

Tel est désormais votre monde. Le nouveau maintenant. Mais ne vous inquiétez pas. Vous vous habituerez.

Retrouvez l’intégralité de la chronique de Robert Mc Liam Wilson lue ce samedi d’où est tiré l’extrait ci-dessus.

 

L’Intime Festival se poursuit ce dimanche, avec entre autres une carte blanche à Benoît Peeters ou une lecture de La supplication de Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature en 2015. L’occasion aussi de visiter la librairie éphémère installée dans le foyer du théâtre et d’y acheter – si ce n’est déjà fait – Eureka Street!

 

 

 

Compte-rendu et photo: Benoît Demazy

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