Mark Mills: « Au lieu d’un nouveau thriller, j’ai écrit une comédie, je ne l’ai pas avoué tout de suite à mon éditrice »

Après s’être fait un nom dans la littérature policière, l’auteur anglais, Mark Mills nous revient avec une comédie « british feel good » et terriblement addictive, En attendant Doggo. L’histoire d’un trentenaire plus paumé qu’il veut bien le croire, et coincé avec un chien moche, qui va devoir se remettre en questions pour prendre un nouveau départ. Rebondissement et humour english pour une comédie qui ne manque sacrément pas de mordant.

Nous avons rencontré Mark Mills à la Foire du Livre de Bruxelles pour lui poser quelques questions sur ce virement de bord inattendu dans sa carrière!

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Nous sommes donc à Bruxelles aujourd’hui pour le salon du livre, c’est la première fois que vous venez en Belgique ?

Non, ce n’est pas la première fois. Je suis déjà venu plusieurs fois en fait. C’est un pays que j’aime beaucoup ; on y mange bien, les bars sont chouettes,…

Vous aimez ce genre de grand rassemblement littéraire ?

Oui, mais c’est un peu bizarre car on passe la journée tout seul ! Mais sinon c’est bien, on a peu de contact avec les lecteurs. C’est bien de sortir, aussi pour rencontrer d’autres auteurs.

Avant de revenir avec En attendant Doggo, un roman assez différent, vous avez écrit beaucoup de romans policiers. Comment en êtes-vous arrivé à un tel revirement ?

Je ne sais pas trop comment ça a pu se passer. Je déjeunais avec un ami à Londres et puis tout à coup, cette idée m’est venue en tête. Et dans le train me ramenant à Oxford, j’y ai repensé.  Le soir même, j’écrivais le premier chapitre pour voir comment tout cela prenait forme et je me suis tellement amusé que j’ai décidé de continuer. J’étais en train d’écrire un autre roman policier à ce moment, mais je n’ai rien dit à mon éditrice. Ce n’est que lorsque j’ai eu terminé Doggo que je lui ai avoué !

C’était l’inspiration subite, donc !

Oui, c’était vraiment comme ça, et ça ne m’était jamais arrivé auparavant. L’idée m’a frappé. J’avais tout de même un peu peur au début, c’était bien différent de ce que j’avais déjà écrit par le passé.

Il y avait quand même une part de challenge alors: écrire sans crimes, sans assassins, sans cadavres ?

(Rires) Oui, mais c’était bien pour moi, pour l’esprit ! C’est vrai que parfois ça devient assez déprimant de se concentrer sur la cruauté des êtres humains. Ici, c’était très amusant ! Mais, je connaissais un peu le genre car quand j’étais scénariste j’ai eu l’occasion d’écrire une comédie… pas très bonne d’ailleurs ! Et j’aimerais en faire d’autres si je peux, un autre Doggo aussi, car l’histoire reste ouverte…

Je n’ai pas réfléchi beaucoup en écrivant. Alors que lorsque j’écris un thriller historique il me faut près d’un an de recherche avant de commencer à écrire. Doggo, je me suis vraiment lancé dedans, le soir même où j’ai eu l’idée. Je me suis mis à écrire et je n’ai jamais fait de plan. J’ai écrit comme ça. Avec mon cœur en fait !

La première chose qui saute aux yeux avant même d’ouvrir le livre, c’est le titre, En attendant Doggo, une référence au fameux Godot de Samuel Beckett ?

C’est vraiment venu du nom en fait. Tout au début, en écrivant le premier chapitre, j’ai choisi le nom de Doggo pour nommer le chien de mon héros. Et trois jours plus tard, je me suis rendu compte que je pouvais l’utiliser pour le titre et j’étais très content quand j’ai eu cette idée !

Peut-être qu’il y a quelque chose à voir avec la pièce de Beckett, dans le sens où Vladimir et Estragon ont une relation assez compliquées, ils s’attaquent tout le temps. Et au début du livre, la relation entre Dan et Doggo est peut-être un peu comme ça, mais ce n’était pas fait exprès ! Après, c’est un peu l’histoire à l’envers car Beckett raconte l’histoire de deux mecs qui attendent quelqu’un qui n’existe pas. Tandis que Dan attend quelque chose qui existe pour lui, même si au début, il ne sait pas vraiment ce que c’est.

Justement, avec ce roman, vous vous ouvrez de nouvelles portes sur le monde puisque Doggo est déjà un best-seller dans de nombreux pays, qu’est-ce que ça a changé pour vous ? Est-ce que vous sentez la différence ?

Non, pas du tout, je reste chez moi, je travaille et puis la vie continue exactement comme avant. Mais c’est bien, c’est gratifiant que le livre soit acheté un peu partout, et dans des pays où je n’ai jamais vendu un seul livre et il y en a beaucoup ! Donc ça veut dire, je pense, que ça touche les gens.

Au centre de cette histoire, on a Dan, un trentenaire largué et malheureux, qui fait indéniablement penser à Bridget Jones. Mais c’est vraiment étonnant et rafraîchissant de voir personnage masculin au centre de ce genre de roman. Ça a été une évidence ?

Oui, c’est vraiment venu tout seul. Au début, l’idée, c’était vraiment un mec déprimé et un petit chien moche. C’est tout ce que j’avais quand j’ai commencé à écrire. Et c’est vrai que les gens ont commencé à me dire que ça faisait penser à Bridget Jones. Je ne connais que les films, mais peut-être que ça fait partie de cette tradition, en effet. Mais je n’y ai jamais pensé en écrivant. Je me rappelais plutôt de cette période de ma vie et j’ai utilisé mes expériences pour construire le roman. Mais je ne suis pas du tout comme Daniel !

Et puis, face à Daniel, on a ce petit chien, Doggo, qui est un peu son alter ego, aussi largué que lui au départ et finalement, ils vont s’apprivoiser et cette relation va presque devenir la plus importante pour Dan.

Pour moi, c’était nécessaire que Doggo soit une présence, et quand j’ai commencé le livre, un ami m’a dit que Doggo parlait vraiment, comme un vrai personnage, au fil du roman. Mais je ne voulais pas vraiment l’écrire comme ça, donc il est toujours là, mais il reste un peu en arrière plan.

D’ailleurs, on ne le comprend pas vraiment. C’était important pour moi que la relation entre Dan et Doggo ne soit pas trop évidente, je voulais montrer que Dan avait une autre vie aussi. Et je voulais aussi donner l’impression que Daniel ne se rendrait compte d’à quel point Doggo a changé les choses pour lui, seulement vers la fin. Et il ne le sait pas tout de suite car il est tellement distrait et narcissique, qu’il ne voit pas que le chien est là pour lui finalement !

On en vient justement à cette belle évolution qui s’opère chez Daniel, en finalement très peu de temps. C’était une volonté de montrer qu’un tel changement de manière de penser et de vivre est possible ?

Oui, ça peut se passer facilement je trouve. Au début, il est assez déprimé, la femme qu’il comptait épouser est partie et pour lui, il a tout perdu. Mais peu après, il rencontre une fille et il tombe amoureux à nouveau. Ça change les choses complètement pour lui.

À un autre niveau, pour ce qui est de son caractère, il recommence à travailler après six mois de chômage, et il se rend alors compte qu’il a toujours du talent. Donc, la vie change finalement rapidement pour lui, et Doggo fait partie de ce changement aussi car il découvre en lui un côté plus chaleureux.

Daniel travaille donc dans le milieu de la pub, qui est vraiment très bien décrit. Comment en êtes-vous venu à le faire évoluer dans ce monde assez particulier, de requins finalement, où chacun doit se faire sa place en écrasant les autres au passage ?

Je ne sais pas, je voulais que Daniel soit un homme d’idées. Moi-même, je voulais qu’à la fin, il se rende compte que l’influence de Doggo pouvait changer son travail, en l’occurrence la pub. Mon idée était vraiment qu’il apprenne quelque chose de Doggo et qu’il puisse l’utiliser pour son boulot.

Mais ce monde-là, je ne le connais pas très bien, c’est un monde qui a beaucoup changé en peu de temps. Et, pour être honnête, je pense que celui que j’ai décrit, c’est le monde de la pub d’il y a quinze ou vingt ans. Maintenant, internet, les réseaux sociaux, etc. entrent beaucoup en compte. Les gens de ce milieu travaillent quand même toujours de cette manière, en binôme, mais pour le reste, j’ai beaucoup inventé !

L’humour est véritablement au cœur du roman, on le retrouve d’ailleurs un peu partout et de manière intelligente, c’était une nécessité pour vous de distiller cette bonne dose d’humour dans le malheur de Dan ?

Oui je voulais le faire, je voulais essayer quelque chose de différent. Et puis, c’est bien de pouvoir faire rire ou même sourire les gens. Mais en écrivant, on ne sait jamais si ça va marcher, parce que le fait que ça m’amuse, ça ne veut rien dire ! C’est pour ça que j’attends toujours d’avoir terminé un roman avant de le faire lire à ma femme ou à mon éditrice.

Mais maintenant, j’ai l’impression que ça marche pour les autres gens aussi. J’utilise un humour très britannique et c’est bien qu’il puisse plaire à d’autres aussi. Parce qu’il y a des gens qui le détestent, il n’y a qu’à regarder Amazon et l’on voit vite que ce type d’humour ne fait pas l’unanimité. (Rires)

Un concept assez surprenant imprègne le roman également, au travers du personnage, assez illuminé il faut l’avouer, de Clara. C’est celui du New Age, comment vous êtes-vous décidé à l’intégrer à l’histoire ?

En fait, j’ai une amie, même deux qui sont un peu comme ça, portée sur l’astrologie, les cristaux, les énergies,…

En effet, ça sent le vécu !

(Rires) Oui, c’est vrai ! Ça m’amuse beaucoup, et de ce point de vue, je suis un peu comme Daniel, cynique. Mais à la fin, c’est ça qu’il apprend aussi, Clara a raison. Dan est tellement coincé et renfermé qu’il ne voit pas qu’à, un certain niveau, la chose qu’il cherchait et dont il se moquait pourtant bien, lui, il l’a trouvé à travers ce chien. C’est ça toute l’ironie de cette histoire.

Et vous croyez qu’on a tous un ange gardien quelque part ?

(Rires) Oh non, je suis totalement athée !

Dans votre roman, Daniel rêve d’écrire un roman, et à notre époque, c’est vrai que beaucoup de gens ont un manuscrit qui traîne dans le fond d’un tiroir. Qu’est-ce que vous donneriez comme conseil à ces auteurs en herbe qui voudraient être publiés, ou même faire leur vie autour de l’écriture ?

Simplement de le faire et de continuer à le faire surtout ! Il y a des auteurs qui ont vraiment un talent spécial, même en étant jeune, ils ont une relation spéciale avec les mots. Pour nous autres, auteurs, c’est un boulot qu’il faut pratiquer. Il faut faire l’effort, et il y aura sans doute des coups durs, c’est normal !

Mais un jour, on trouve un agent littéraire et ça marche. Et quand ça marche, ça change la vie car tout à coup, on est publié et on devient un écrivain. En Angleterre, tout fonctionne grâce aux agents littéraires, il faut s’en trouver un qui va défendre corps et âmes devant les éditeurs. Sinon, no way, au contraire des éditeurs que vous trouvez en France et en Belgique, les maisons d’édition anglaise n’acceptent pas les manuscrits qu’on leur envoie. Je connais bien ces situations car ma femme est agent littéraire, et c’est vraiment incroyable de voir le changement lorsque quelqu’un est publié. Personne n’y croit au début, moi-même, je ne croyais jamais être publié, et pourtant  me voilà !

Alors, pour la suite qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter ? Un nouveau roman ?

Oui, un nouveau roman ! Un deuxième Doggo pourquoi pas ? J’ai déjà la suite en tête en tout cas ! Comme je le disais, la fin est assez ouverte, Dan est devant la porte de son père et on peut s’imaginer clairement qu’une suite est possible. En plus, à la fin, Dan et Doggo deviennent inséparables, donc la chose logique à faire est de les séparer immédiatement et de voir les effets… (Rires) Donc, j’ai déjà l’idée, mais je ne sais pas encore si j’aurai la possibilité de l’écrire du point de vue des maisons d’éditions, car tout dépend des ventes. Mais, je suis sûr d’une chose, je vais l’écrire quand même, même si c’est juste pour moi et que ça ne sera jamais publié.

Par contre, je viens de terminer le roman policier que j’aurais dû écrire à la place de Doggo. Et mes éditeurs veulent que je continue dans les policiers historiques donc, je vais continuer car pour être payé, il faut faire ce qu’ils veulent aussi. C’est plus embêtant, mais c’est comme ça !

Mais j’ai également une idée pour une autre comédie, parce que je me suis tellement amusé en écrivant Doggo que je ne peux pas abandonner ce genre comme ça ! Du point de vue de l’écriture, la comédie est le genre qui me donne le plus de plaisir. Émouvoir les gens ça me plaît ! Quand je lis des reviews et que je me rends compte que des gens ont pleuré puis qu’ils ont éclaté de rire, c’est bizarre car je n’ai jamais eu cet effet sur des lecteurs ! Je crois que nous, auteurs, sommes là pour divertir les gens et je crois que j’ai réussi cela avec ce livre.

Merci beaucoup Mark Mills de nous avoir accordé un peu de votre temps !

Merci à vous, ce fut un plaisir.

Interview réalisée par Alizée Seny

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En attendant Doggo

de Mark Mills

Traduit par Florence HERTZ

Littérature étrangère, Comédie

18 euros

180 pages

Editions Belfond

Date de sortie: Février 2016

Résumé: Dire de Dan qu’il traverse une mauvaise passe serait très en dessous de la réalité : alors qu’il vient de perdre son boulot, sa petite amie lui annonce qu’elle le quitte. Cerise sur le cupcake, elle lui laisse Doggo, le chien le moins sexy que la Terre ait porté, mélange inédit de labrador et de pékinois.

Malgré leur méfiance réciproque, l’un et l’autre ont un point commun : leur profonde solitude. Et tandis que Doggo révèle peu à peu d’improbables charmes, dont un étonnant capital sympathie, assorti d’une inexplicable fascination pour l’actrice Jennifer Aniston, Dan, lui, fendille sa carapace de trentenaire égocentrique pour dévoiler une âme sensible, qui n’attendait que de prendre soin d’un autre…

Entre l’animal revêche à moitié chauve et le loser patenté, c’est le début d’une véritable et hilarante complicité. Nouveau job, nouvelles conquêtes, nouveau destin… Et si Dan avait rencontré en Doggo son plus formidable allié, le plus inattendu des Cupidon ?

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