Aimée De Jongh: « Dans mes BDs, je mets peu de textes pour que les lecteurs ressentent les dessins »

Quelle jolie découverte que le premier roman graphique d’Aimée De Jongh. Très populaire aux Pays-Bas grâce aux strips qu’elle dessine dans Metro et repris dans d’autres journaux, cette jeune auteure voit aujourd’hui une nouvelle aventure commencer, en Français. Traduit chez Dargaud, son Retour de la bondrée nous emmène en classe verte dans une nature verdoyante (oui oui, même si c’est en noir et blanc) sur fond de drame personnel et de crise du livre. Un récit cinématographique, prenant et envoûtant.

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Et comme on ne fait pas les choses à moitié, nous avons partagé notre enthousiasme avec cette surdouée également tournée vers l’animation (et plusieurs fois primée pour son travail), vers le manga et, désormais, vers le marché francophone de la BD.

Bonjour Aimée, je vous ai découvert avec votre série de strips qui cartonne aux Pays-Bas, Coloc’ (Snippers), quelle n’était pas ma surprise de vous voir dans un tout autre registre avec ce qui est votre premier roman graphique.

C’est vrai que Coloc, c’est une bande dessinée néerlandaise que je fais pour le Métro, pour des journaux. C’est un travail que je fais de manière rapide et assez simple. Mais personne ne s’imaginait mon travail quand je prenais mon temps. Si bien qu’une fois que Le retour de la bondrée (De terugkeer van de wespendief) est arrivé, j’ai surpris tout le monde. J’ai eu des réactions étonnantes comme: « Oh, je ne savais pas que tu savais dessiner. » Je ne savais pas quoi répondre.

Et quelle est l’origine de ce projet, du coup?

C’est parti d’une autre idée, en fait. Avec mon éditeur, nous souhaitions adapter le roman Sa majesté des mouches de William Golding. C’est un classique qui voit un groupe d’enfants survivre sur une île après le crash de leur avion. Je voulais l’adapter en bande dessinée mais nous n’avons pas réussi à obtenir les droits et l’éditeur m’a propose un livre abordant le même thème mais sur une histoire originale.

Le retour de la bondrée - Aimee de Jongh - Crainte

Vous signez autant les dessins que l’écriture. Pour le scénario, c’est un exercice qui peut être difficile, non?

Oui, si j’ai toujours dessiné, quand j’étais enfant, adolescente, pour l’écriture, c’est une autre paire de manches. Je lis très peu de livre, je n’écris pas beaucoup. Mais ici, il s’agissait d’une combinaison des deux arts, il ne s’agissait pas d’écrire, ni de dessiner, mais de réaliser une bande dessinée. Et c’est assez marrant de voir qu’en France ou en Belgique, vous avez des scénaristes et des dessinateurs, comme c’est catégorisé, alors qu’aux Pays-Bas, nous avons peu de scénaristes. Du coup, chaque auteur pratique les deux.

J’adore écrire mais c’est difficile, je m’interroge toujours sur la manière d’écrire un bon récit.

Dans Le retour de la bondrée, vous mettez en scène un libraire qui, dépassé par les événements, doit cesser son activité mais se refuse à vendre sa librairie, son héritage familial. C’est un propos très actuel. Je ne peux m’empêcher de faire le parallélisme avec vous qui êtes une jeune auteure. Il y a de plus en plus de livres qui paraissent tandis que des libraires mettent la clé sous la porte. C’est un monde compliqué pour commencer dans la profession, non?

C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à mon premier éditeur. Il devait publier mon roman graphique mais il a du stopper net, il n’avait plus d’argent, la crise était là et la faillite aussi. Du coup, j’ai été auprès d’un autre éditeur. Mais c’est vrai que je suis arrivé dans ce milieu chahuté entre la crise, des lecteurs qui n’achètent plus de livres… Mais je m’y suis habituée.

Le retour de la bondrée - Aimee de Jongh - Cauchemar

Mais concernant le marché de la bande dessinée, j’ai du mal à me prononcer. Je viens des Pays-Bas et la réalité de l’industrie est complètement différente de ce qu’il se passe en France et en Belgique. Notre marché est très petit, notre communauté est petite et faire de la bande dessinée, c’est presque considéré comme un hobby. Publier un livre là, c’est presque un grand aboutissement. Je n’imaginais pas à quel point le marché pouvait être énorme en France et en Belgique. C’est très nouveau pour moi, je découvre pour les premières fois.

Justement, cette traduction française est l’occasion pour vous d’approcher un nouveau public. Le lecteur francophone est-il différent du néerlandophone?

Oui, bien sûr. Aux Pays-Bas, nous disposons de très peu de bandes dessinées et quand l’une d’entre elles sort, c’est forcément un grand événement et tout le monde est content, les critiques sot très enthousiasmantes.

Mais en Belgique et en France, grands consommateurs de bandes dessinées, l’approche est beaucoup plus critique, pour des détails parfois. Mais pour moi, c’est beaucoup plus enrichissant que les « Waouw » néerlandais.

Le retour de la bondrée - Aimee de Jongh - dédicaces

Dès lors, d’où vient votre envie de dessiner et de faire de la bd?

Il y a tant de merveilleuses bandes dessinées. Et la seule chose que je voulais était de m’améliorer, de persévérer, de dessiner. Et quand je vois mes projets d’il y a un ou deux ans, je constate que j’ai fait des progrès, ça me motive!

C’est un roman graphique en noir et blanc, pourquoi ce choix?

Je suis une grande fan de manga et ils sont souvent en noir et blanc. J’en ai toujours lu et j’ai toujours aimé ce noir et blanc qui permet de marquer la différence par rapport à l’utilisation des couleurs. Même si le travail est en noir et blanc, il est possible de faire ressortir tous les éléments qui composent une case. Après, faire les choses en seulement deux couleurs, c’est un challenge. Pour certaines pages, j’ai été jusqu’à faire dix versions pour bien comprendre où mettre et renforcer le noir et où laisser du blanc pour obtenir le rendu que je voulais.

Puis il y a cette quasi omniprésence de la nature, c’est une chose que vous aimez?

Je proviens d’un petit village perdu dans la nature, avec beaucoup de fermes et beaucoup d’espace. Et lorsque j’ai commencé mes études d’animations, j’ai été à Rotterdam. Je me suis retrouvée dans une grande ville avec beaucoup de hauts buildings. Je n’aimais pas ça et, inconsciemment, j’espérais revenir à ma campagne. La vie en ville m’a fait comprendre combien j’appréciais de vivre au contact de la nature. Et tout en étant en ville, j’adore être dehors, regarder les arbres et je le fais en dessin.

Le retour de la bondrée - Aimee de Jongh - foret

Votre bande dessinée ne se perd pas dans les mots, certaines pages sont même muettes pour laisser parler la puissance de l’image, comment dosez-vous cela?

Je m’inspire beaucoup des films, de leurs moments de silence. Car si vous avez un moment de silence, vous devez vous concentrer sur l’image. Et quand je lis une BD et qu’il y a beaucoup de texte, je vais de phylactères en phylactères et je me rends compte à la fin de la page que je n’ai pas assez regardé les dessins parce que je ne faisais que lire. Dans mes bandes dessinées, j’ai envie que les lecteurs regardent mieux ce que j’ai dessiné, qu’ils en ressentent les dessins. Et je pense qu’il n’a pas besoin de beaucoup de texte pour comprendre. Au début, j’avais trop de texte, du coup, j’ai passé mon temps à en supprimer.

Vous parler de cinéma, mais vous en faites un peu avec cette BD, non?

J’ai eu beaucoup de retours dans ce sens. D’ailleurs, elle va être adaptée en film aux Pays-Bas. Il est en réalisation et devrait sortir l’année prochaine. Le réalisateur a lu ce livre et s’est tout de suite dit que c’était un bon scénario de film.

Showreel Aimée de Jongh 2014 from Aimee de Jongh on Vimeo.

Quels sont les artistes que vous considérez comme des maîtres?

J’adore le travail de Katsuhiro Ōtomo, l’auteur d’Akira. C’est mon grand héros et il travaille en noir et blanc. Mais, il y a aussi Will Eisner. Je suis aussi une lectrice ravie des Spirou de Tome et Janry et notamment Le rayon noir.

Aimee de Jongh - Spirou hommage

Quels sont vos projets, maintenant?

Je suis en train de travailler avec Zidrou sur un nouveau roman graphique. Il vient de finir le scénario, je vais commencer à le dessiner, j’espère avoir fini l’année prochaine.

L’expérience est forcément différente lorsque vous travaillez avec un scénariste, non?

Oui, Zidrou balise tout ce que je dois faire. Je n’ai plus rien à penser du tout, du coup! (Rire) Non, bien sûr, que je dois penser mais je n’ai qu’à dessiner ce qu’il a en tête. Ne plus penser au scénario et n’avoir qu’à se focaliser sur le récit, c’est chouette aussi. C’est un vrai professionnel et c’est motivant.

Merci Aimée et bonne chance pour la suite!

Le retour de la bondrée - Aimee de Jongh - Couverture

Titre: Le retour de la bondrée

One Shot

Scénario et dessin: Aimée de Jongh

Noir et blanc

Traduction: Monique Nagielkopf

Genre: Drame

Éditeur: Dargaud

Nbre de pages: 160

Prix: 19,99€

Date de sortie: le 29/01/2016

Site internet et Blog

Extraits:

Et un court-métrage pour la route:

 

Aurora from Aimee de Jongh on Vimeo.

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