James Bond Spectre: Sam Mendes humanise le mythe et fait son Dark Knight

J’arrive après tout le monde, mais ce n’est pas bien grave: je l’ai enfin vu ce James Bond Spectre qui déchaîne les passions entre ceux qui l’ont adoré et ceux qui sont sortis de sa vision un peu déçu. Une chose est sûre en tout cas, Sam Mendes laissera une trace indélébile dans l’histoire de la saga. Celle d’un réalisateur qui a osé emmener le matricule 007 bien plus loin que ce qui était imaginable il n’y a même pas quelques années. Critique.

James Bond - 007 Spectre - Daniel Craig

Noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Pas remis du tout de ses aventures de Skyfall, revoilà notre espion préféré en pleine fête des morts dans les rues de Mexico. L’agent britannique n’est pourtant pas là pour faire du tourisme. Pas le moins du monde. Il traque sans relâche et en toute initiative personnelle des terroristes prêts à faire exploser un stade bondé pour réaliser leurs sinistres desseins. Pour les empêcher, Bond n’a qu’une religion: « aux grands maux, les grands remèdes« … quitte à exploser la moitié d’une rue. Normal, les risques du métier!

James Bond - 007 Spectre - procession Fête des morts Mexique

Une poursuite à pied et à toute allure plus loin, M (Ralph Fiennes)  se trouve bien en mal de sermonner cet agent qui lui échappe totalement. Pourtant, l’heure est grave. Et le nouveau directeur du Centre de Sécurité Nationale, Max Denbigh (Andrew Scott), semble bien décidé à envoyer double-zéro-sept aux oubliettes. De même que tout le programme 00 et ainsi réduire à néant le MI6. L’avenir, faut-il comprendre, est aux drones, au Big Brother et aux systèmes d’observation et d’information voyeuristes au prix sacrifié de la vie privée. En attendant, Bond est aux arrêts… quoique… L’instinct, la découverte d’une bague intrigante et l’impression d’être tout proche de découvrir le fin mot des aventures qui lui arrivent depuis Casino Royale risquent bien de le submerger. Pour un dernier combat que le torturé James Bond entend bien gagner. Peu importe la casse et les sacrifices pour y arriver… sauf peut-être l’amour d’une femme au caractère fort, Madeleine Swann (Léa Seydoux). Une docteur établie en Autriche qui pourrait bien mettre Bond sur la piste du grand méchant de cette histoire, un homme cruel qui semble bien être issu des plus lointains souvenirs de l’homme au permis de tuer.

Passé un prégénérique dans la pure tradition bondienne où se succèdent fusillades poursuite et duel à couper le souffle dans un hélicoptère en position très délicate, Sam Mendes prouve qu’il a su conserver toute la verve et la dynamique de son précédent et encensé Skyfall. Après avoir tué la mère, M, le réalisateur anglais va encore plus loin en menaçant toute l’institution du MI6 par une problématique très contemporaine dont les drones et les nouvelles technologies sont les fers-de-lance. Et si demain, dans un futur plus que proche, un ordre mondial de la surveillance et de l’écoute venait imposer sa loi dans les moindres recoins de nos existences? Suffisant pour reléguer un permis de tuer (qui donne surtout le droit de ne pas tuer)? Tout le débat est là.

James Bond - 007 Spectre - réunion Spectre

Hermétique à la modernité, 007 poursuit son bout de chemin, intemporel mais avec ce charme des héros poussiéreux. Les armes sont de derniers cris, les voitures vite cabossées aussi et l’ère du smartphone est bien intégrée, pourtant, le James de Sam Mendes est si lointain, presque d’un autre temps. Et si les deux premières heures du film semblent, dans les pas de l’espion, balader une certaine nostalgie, elles l’emmènent aussi sur le territoire du film d’aventure. Comme ce train errant dans un désert insondable qui nous fait penser à un Indiana Jones. Et l’impression est loin d’être désagréable. Mais en apportant un certain inédit aux tribulations de Bond, Sam Mendes se perd un peu et sa mise en scène pèche parfois. Le film se montre hésitant, tantôt romcom à l’eau de rose louvoyant entre une Monica Bellucci très vite effacée (les fans seront sans doute bien déçu du tout petit rôle accordé à la « Mama », autant que les Belges qui s’attendaient à voir souvent apparaître la petite perle qu’est Marc Zinga) et la dévouée Moneypenny (Naomie Harris), tantôt en film verbeux, exploitant les pistes à coup de dialogues longuets mais bien ciselés.

James Bond - 007 Spectre - Monica Bellucci

Un comble quand on pense que l’espion de sa majesté est poursuivi par des méchants… mutiques! Mais pas moins menaçants. Pour preuve, le catcheur monolithique Dave Bautista réussit fort bien son entrée fracassante et effrayante dans l’univers de Fleming en tant que Monsieur Hinx. Et au-dessus de tout ça, le héros incarné par l’inusable Daniel Craig en a fini de surnager, il est dans le dur, dépassé par les événements, transportés d’un bout à l’autre du globe. Ici, sont visités le Mexique, l’Autriche de Mister White (méchant repenti portant les traces angoissantes de toute la détermination machiavélique de Spectre), Rome ou encore le Maroc de Tanger. En prenant bien soin de revenir à Londres, l’éternelle, fief du Britannique insubmersible. Symbolique de tout ça, la musique de Thomas Newman (on n’avait plus vu l’auteur de l’OST du Monde de Nemo ou autres La ligne verte aussi en forme depuis bien longtemps) voyage et se fend de thèmes bénéfiques, insolites dans une BO type « James Bond« , et très séduisants. C’est simple, pour sa deuxième incursion chez l’espion (après Skyfall, dont on est ici quand même fort proche), le fidèle comparse musical de Sam Mendes excelle!

James Bond - 007 Spectre - Bagarre Dave Bautista

Mais dans les voyages que permet la cinématographie, entre archaïque et vision futuriste, Sam Mendes apporte une once d’esprit plus « choral » en suivant M (Ralph Fiennes), Moneypenny mais aussi l’excellent Q (un Ben Wishaw absolument conquérant derrière ses lunettes et son allure de geek en costume). En laissant du leste aussi à Léa Seydoux, l’actrice française ne convainc pas totalement mais une chose est sûre, elle incarne le renouveau des James Bond Girls, actives… et pas qu’au lit. En multipliant les angles de vue, Sam Mendes ne s’est pas facilité la tâche. Mais le défi est réussi au prix, pourtant, d’une mise en scène souffrant parfois d’un réel manque de rythme et ne passant parfois pas l’épreuve du brouillon. Quant aux scènes d’action, si elles sont très efficaces, elles le sont comme sur un long fleuve tranquille: attendues et pas franchement surprenantes. On n’ose s’imaginer ce qu’aurait donné le film et si ces défauts auraient autant paru si son scénario n’avait pas du être réécrit suite au piratage de Sony. Bon, ça fait beaucoup de « si ».

James Bond - 007 Spectre -Ralph Fiennes

Pourtant, vient la dernière demi-heure et tous les griefs sont oubliés. Dès la confrontation de l’agent secret avec le grand méchant, Franz Oberhauser (Christoph Waltz, imparable), le métrage prend une toute autre tournure, s’enfonce dans le sombre et le glauque infernale. Les scènes de torture frappent fort et la formule de White retentit pour prendre tout son sens. « Vous êtes un cerf-volant qui danse dans un ouragan, M. Bond. » Un cerf-volant cloué au sol, écharpé qui ne résiste pas à la philosophie d’Oberhauser (le plus calme des méchants de Bond, en pantoufles et regardant venir l’horreur aussi banalement que quand on découvre le journal chaque petit matin): « Un cataclysme apporte mille bienfaits« .

James Bond - 007 Spectre - échecs

Et la virtuosité cataclysmique de Sam Mendes reprend le pas après avoir été en sourdine. Une maestria pas tout à fait étrangère à celle dont Nolan sait faire preuve. D’ailleurs, ce Spectre-là cultive une force commune avec The Dark Knight. Même esprit « Dark side of the bond », même musique assourdissante (comme si Zimmer avait rencontré l’Einaudi du prologue justement Jamesbondien d’Intouchables, même tension jusque dans cette culture du dilemme. James Bond dans le rôle du chevalier noir désenchanté, M en Inspecteur Gordon, Swann en Rachel Dawes, Q en Lucius Fox et, surtout, un Franz Oberhauser qui n’a rien à envier à la terreur jokerienne (Christoph Waltz a beau être peu présent à l’écran, qu’est-ce qu’il excelle!). Le tout entre la tour modernisée du MI6 et la bouche défigurée de ses anciens bâtiments, et dans une démesure organisée de main de maître.

Au finish, Spectre sort de ses affres pour donner une conclusion éclatante et phénoménale à la quadrilogie entamée avec le Casino Royale de Martin Campbell, il y a tout juste neuf ans. Loin de céder aux sirènes de la facilité – mais ça on s’en doutait – Sam Mendes peut être fier. En deux films, le filmmaker aux mains d’or a immanquablement apporté de l’humain au mythe et l’a révolutionné. Ce vingt-quatrième épisode, sans être le plus réussi (mais peut-être le plus ambitieux) marque bel et bien le tournant majeur amorcé par Skyfall. Il lui a fallu quinze ans, mais James Bond est bel et bien entré, de plain-pied, dans le XXIème siècle. Non, James Bond n’est plus un alcoolique à la gâchette facile. Dans sa complexité, le héros de Ian Fleming est plus que jamais séduisant!

James Bond - 007 Spectre - Affiche (3)

Titre: Spectre

Série: James Bond

Réalisateur: Sam Mendes

Casting: James Bond, Léa Seydoux, Christoph Waltz, Ralph Fiennes, Ben Wishaw, Dave Bautista, Monica Bellucci…

Genre: Espionnage, ACtion, Thriller

Durée: 150 min.

Date de sortie (Belgique): 04/11/2015

Nationalité: britannique, américaine

En bonus, quelques affiches:

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