Coup de cœur à Vanessa Paradis, et le FIFF se met à l’heure musicale…

Le Festival International du Film Francophone de Namur c’était du 2 au 9 octobre dernier. Une trentième édition riche en découvertes et prestigieuse de par son jury, qui voyait Olivier Gourmet côtoyer Marc-André Grondin et Raphaël Personnaz entre autres, mais aussi de par son coup de cœur qui cette année n’était autre que la célébrissime Vanessa Paradis. Une rencontre tout en simplicité mettant en lumière une femme plus qu’une star.

Nous sommes arrivés deux heures à l’avance en ce dernier jour de festival. C’était le seul moyen d’avoir une place dans la salle qui allait accueillir comme chaque année le fameux entretien orchestré par  Hugues Dayez autour de la carrière d’une personnalité cinégénique. Bien entendu, ce n’était pas tout à fait pour lui que nous venions. Comme toutes ces personnes de tous horizons (certains venus de France, des Pays-Bas ou même d’… Italie) qui patientaient dans la file avec nous. Il faut dire que la personne que nous attendions est une artiste complète à la carrière presque trentenaire, une star à l’aura internationale, une femme à la vie privée malheureusement trop souvent exposée au grand jour; Vanessa Paradis.

Vanessa-Paradis-par-Pierre-Terrasson

Les gens sont venus en nombre pour l’écouter, juste derrière nous dans la file, un groupe d’Italiennes jacasse sans cesse, alors que certaines n’ont pas hésité à se lever de bonne heure pour faire le pied de grue devant l’Eldorado à partir de 9h du matin, il fallait le vouloir! L’enthousiasme est clairement là et certains sont prêts à tout pour apercevoir LA star. En témoigne l‘impressionnant dispositif de sécurité mis en place autour du cinéma, barrières, agents de sécurité, effectifs renforcés. Du jamais vu pour ce festival convivial et de quoi trancher un peu avec son accessibilité, d’ordinaire si enviée.

Je dois bien l’avouer, au départ, je suis sceptique. L’image de la Vanessa superstar derrière ses lunettes noires, coincée entre deux gardes du corps me revient sans cesse à l’esprit. En tant qu’actrice je l’admire énormément; elle m’a bluffée dans Café de Flore, elle m’a fait rire dans L’Arnacoeur, elle m’a étonnée dans Atomik Circus, bref j’adore l’actrice mais je n’aime pas la star, ou plutôt l’image qu’en renvoient certaines presses people à la petite semaine. Je ne sais donc pas à quoi m’attendre. Cet entretien, j’y vais parce que c’est chaque année un moment intéressant, mais malgré tout j’ai peur d’assister à une explosion de star system.

FIFF 2015 (2)

Après une longue attente à observer les courageux bénévoles s’afférer autour du cinéma, nous sommes enfin autorisés à entrer dans la grande salle de l’Eldorado, en même temps que quelques autres artistes de taille comme Laura Smet et Khaled Benaïssa. Deux membres du jury apparemment désireux d’entendre ce que Vanessa Paradis a à raconter. Une fois installés, nous attendons encore que la salle soit entièrement remplie. Puis bientôt, un murmure ténu se propage parmi l’assemblée; elle serait arrivée…

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En effet, elle fait bientôt son entrée dans la salle sous une standing ovation du public. Accompagnée de quelques gardes du corps elle traverse la salle avec sa prestance habituelle pour rejoindre le devant de la scène, où l’attend Hugues Dayez. Très vite, l’entretien commence et c’est une Vanessa Paradis tout en simplicité qui se dévoile à son public émerveillé. Au diable le glamour et les paillettes et place à un naturel qu’on lui connaît peu tant elle est victime d’une popularité difficile à assumer.

Fiff 2015 - Vanessa Paradis (1)

« Sur le tournage, Vanessa Paradis était un rayon de soleil permanent », Patrice Leconte.

En tant que coup de coeur, Vanessa Paradis a du choisir trois films marquants de sa carrière et parmi sa filmographie, L’arnacoeur de Pascal Chaumeil, Café de Flore de Jean-Marc Vallée et La Fille sur le Pont, de Patrice Leconte. C’est d’ailleurs avec ce film (que l’actrice adore) que le spécialiste du cinéma commence cette petite conversation. Immédiatement, les yeux de Vanessa s’illuminent. « C’était vraiment magique ce tournage, dit-elle simplement. Si ce film-là est mon chouchou, c’est simplement parce qu’il y avait tout; il y avait l’histoire de Serge Frydman, Patrice Leconte à la caméra, Daniel Auteuil en partenaire et le noir et blanc. C’est rare d’avoir quelque chose d’aussi complet. Et puis cette histoire plaisait tellement à toute l’équipe que c’était un tournage comme on aimerait que la terre tourne, où les gens s’écoutent, s’entraident. C’était un vrai esprit d’équipe! »

LaFilleSurLePont

Ensuite, on parlera d’Elisa, de Jean Becker, un autre grand film de la carrière de Vanessa Paradis, tourné avec une personnalité hors normes, Gérard Depardieu. « J’étais terriblement impressionnée par l’homme et par l’acteur. Mais ça s’est tellement bien passé dès la première seconde! Gérard, je l’adore et je sais que je ne suis pas la seule… En plus on tournait sur l’île de Sein, en Bretagne et on était totalement éloigné de tout. Et Gérard il tournait aux steaks et aux gousses d’ail toute la journée! » Elle rit sans effet, du rire de l’élégance et de la simplicité, de l’authenticité. « Il me faisait hurler de rire juste avant de tourner une scène dramatique, il passait son temps à essayer de me lancer dans un fou rire, et ça marchait un coup sur deux! C’était vraiment une ambiance super… Et quand j’ai la chance de recroiser Gérard, une fois tous les dix ans, je me jette dans ses bras! »

Elisa

« Au début, je terminais tous les tournages en larmes! »

L’actrice s’attardera également sur le cinéma et ses équipes de tournage qui deviennent le temps de quelques mois une famille éphémère. « Au début, je terminais chaque tournage en larmes, j’avais beaucoup de mal à dire au revoir à tout le monde. Ce sont des expériences très très fortes. C’est comme les meilleurs vacances en colo du monde! C’est d’autant plus fort quand on tourne en province où à l’étranger, on est loin de chez soi donc ça ressert encore plus les liens. Je m’attache à cette famille éphémère, le temps d’un tournage, parce que c’est souvent de beaux moments de vie! On ne partage pas que des moments de cinéma, au contraire, on parle de la vie en générale, on partage nos sentiments et puis on se sépare avec l’espoir de se retrouver sur un autre tournage. C’est comme ça, il faut prendre ce qui est bon, au moment où c’est bon. Et elle n’hésite pas à philosopher. Quand on a la chance de faire un métier qui nous fait vibrer, on n’a pas d’autre choix que de vivre le moment présent. »

Fiff 2015 - Vanessa Paradis (3)

Evidemment, on ne pouvait parler de Vanessa Paradis sans aborder Don Quichotte le fameux projet avorté de Terry Gilliamdont elle a finalement été l’une des rares témoins. Ensuite, Hugues Dayez continuera sur sa lancée en parlant d’un Namurois, Benoît Poelvoorde avec qui elle a partagé l’affiche d’Atomik Circus, des frères Poiraud.

« Pascal Chaumeil, Romain Duris et moi avons téléphoné à François Damiens, et on a tout fait pour qu’il rejoigne le casting. On lui a tellement pris la tête qu’il a fini par accepter! »

Entre-temps, ceux qui venaient pour les paillettes et la couleur « Closer » sont sans doute déçus, ici c’est le cinéma et le grand talent d’actrice de Vanessa Paradis qui sont mis à l’honneur. Et derrière nous, les Italiennes de tout à l’heure… dorment! Et vient le tour du plus grand succès populaire de Vanessa, à savoir L’Arnacœur,  du très regretté Pascal Chaumeil. Un film qu’elle a également décidé de présenter comme coup de cœur au festival. « L’Arnacoeur, ça a été un tournage tellement joyeux! François Damiens et Romain Duris sont devenus très amis, alors imaginez les deux ensemble, c’était quelque chose! Et Pascal, il nous laissait tout faire et malgré ça tout le tournage s’est déroulé dans un tel calme… Quand j’ai vu le film, j’ai trouvé le travail de Pascal admirable. Je trouve ça incroyable quand quelqu’un a un tel talent et qu’il ne se la ramène pas. J’adore les gens de grand talent qui ne sont pas des frimeurs. »

L'ARNACOEUR DE PASCAL CHAUMEIL ROMAIN DURIS VANESSA PARADIS

« Sur un plateau on est là pour servir le film… »

Et peu à peu, le public se rend compte de la délicatesse qui émane de ce petit bout de femme. Il n’y a pas à dire, elle en impose de par son naturel. C’est impressionnant de voir la façon dont elle parle de ses partenaires, avec énormément d’affection et de générosité. On se rend compte lorsqu’elle raconte tous ces films sur lesquels elle a travaillé qu’il n’y a pas la dimension d’ego entre les acteurs. Personne ne chercher à s’imposer plus qu’un autre, à se faire remarquer. « Peut-être que l’ego des acteurs ça se ressent plus au moment où on leur cherche des rôles. En tout cas, moi j’ai jamais ressenti ça sur un tournage. Sur un plateau on est tous là pour faire du bon travail, pour servir le film. Bien sûr, il y a des cons, mais a des cons il y en a partout! De toute façon, quand on joue de la comédie, on ne peut pas se tirer dans les pattes, sinon on n’est pas bon. »

Fiff 2015 - Vanessa Paradis (2)

« Je ne reçois pas des tonnes de scénarios. On me pense inaccessible et ça m’embête. »

Beaucoup de gens pourraient penser que quelqu’un comme Vanessa Paradis ne manque pas de proposition de films, et pourtant la réalité est tout autre. Au contraire, les metteurs en scène la suppose trop occupée que pour lui faire part de leurs scénarios. « Parfois, il a fallu que j’écrive à des metteurs en scène pour leur dire « j’adore ce que vous faites, si vous avez cinq minutes pour moi dans votre film, j’en suis! ». Et souvent ils étaient très étonnés. C’est vrai que l’on me pense parfois un peu inaccessible, et moi, ça m’embête un peu parce que j’ai l’impression que ces dernières années j’ai été dans des choses pour montrer que j’étais toujours là. Moi, vous savez, je n’ai pas besoin de premiers rôles, j’ai besoin de supers rôles! Si ça dure une minute à l’écran, ça me va! C’est ça que le côté inaccessible, je ne comprend pas trop. Après, je voyage beaucoup avec la musique, donc je prends l’avion, mais je peux aussi revenir! 

Vanessa Paradis - FIFF Namur 2015 (30)

« Je ne suis pas dans la liste des 15 ou 20 actrices auxquelles on pense immédiatement pour un rôle! »

« On ne pense pas immédiatement à moi pour un rôle… Je fais la une des magazines potins toutes les semaines, mais par contre, je ne suis pas bankable! » Eclats de rire général dans la salle, décidément cette Vanessa Paradis qui se tient à quelques mètres de nous est bien loin de l’image que l’on peut avoir d’elle.

Vanessa Paradis - FIFF Namur 2015 (26)

« Travailler avec Jean-Marc Vallée, c’est quand il veut! »

Finalement, Hugues Dayez en viendra au troisième film choisi par l’actrice, le magnifique Café de Flore, de Jean-Marc Vallée, réalisateur du fameux CRAZY qui révéla Marc-André Grondin en 2005 et surtout du multi-récompensé Dallas Buyers Club. Un film incroyable dans lequel Vanessa incarne la mère d’un enfant trisomique, refusant catégoriquement de l’envoyer dans un établissement spécialisé. Un rôle magnifique pour une actrice talentueuse.

« Quand j’ai rencontré Jean-Marc la première fois, le hasard de la vie a fait que je suis arrivée en retard au rendez-vous: un de mes enfants était malade; il était littéralement en train de vomir alors que je devais aller au rendez-vous. Enfin voila, comme les mères : on ne peut pas être partout à la fois. Et quand je suis arrivée au rendez-vous, il était fâché et m’a un peu agressée. J’ai donc réagi instinctivement en m’énervant un peu. Au début, il pensait que je ne correspondais pas au rôle mais alors, comme il m’avait mise en pétard, il a vu que j’avais du caractère et que je pourrais jouer cette mère forte qui est finalement à la fois mère et père. Il n’a pas hésité longtemps et il m’a choisie alors qu’il y avait de très grandes actrices en lice pour ce rôle. Alors là, j’ai vraiment pris confiance en moi en tant qu’actrice. Et puis après, le travailler avec Jean-Marc, c’est incroyable! Je tournais avec Marin Gerrier ce jeune acteur trisomique de 10 ans à l’époque et à nous deux on représentait la moitié du film, donc 17 jours de tournage. Et bien ça a été intense et merveilleux. Bref, travailler avec Jean-Marc Vallée, c’est quand il veut! »

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Pour conclure cet entretien, Hugues Dayez se tourne alors vers le futur et les nouveaux projets de l’actrice. « On ne peut jamais vraiment en parler parce que parfois on obtient le financement pour un film puis juste avant le tournage on dit « ah non ça ne se fera pas ». Quoi qu’il en soit, je rêve de tourner le deuxième film de Cecilia Rouaud avec qui j’avais tourné « Je me suis fait tout petit ». C’est une réalisatrice fabuleuse que j’aime tellement! Elle a écrit un scénario sublime et je croise les doigts pour que ça se fasse maintenant. Parce qu’aujourd’hui, si peu que l’on ne fasse pas une comédie, c’est difficile de trouver des sous pour faire des films. C’est dommage, mais c’est comme ça. C’est pour ça que tant qu’il y a des gens comme ça qui insistent pour faire leur petit film, qui peut après devenir très très grand, c’est génial parce qu’après, il y a quand même encore des producteurs qui nous suivent et qui y croient. Mais alors après, se bagarrer avec les chaînes télé, les financiers, etc., c’est assez dégueulasse. Mais il faut que ça résiste. Mais justement quand on vient dans un festival comme celui-ci et qu’on voit tous les jolis films qui ont été fait sans milliard, c’est possible! Et pourvu que ça dure. »

Et voila un merveilleux mot de la fin. Un véritable message d’espoir pour un cinéma authentique qui résiste tant bien que mal. Je dois dire que cette Vanessa m’a convaincue. Elle m’avait bluffée par le passé grâce à son talent d’actrice indéniable, mais désormais je peux dire qu’elle m’a bluffée par son naturel et sa générosité, sa belle personnalité. Ce n’est pas une star qui est venue parler pendant presque une heure dans un petit cinéma de Namur, c’est une femme profondément touchée par l’invitation qu’elle a reçue du festival, une femme normale, comme vous et moi, qui est venue partager son expérience hors norme, en toute simplicité. Chapeau bas l’artiste!

Par Alizée Seny

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