De Solidarités en feux d’artifice (Les Solidarités 2015)

Ce dernier week-end de vacances a été à ravir à la Fête des solidarités (ou plutôt, Les Solidarités): soleil, générosité des concerts et relative bonne ambiance ont réjoui les 33 000 spectateurs qui ont rallié les hauteurs namuroises. Albums photos en fin d’article.

Un sold out total pas sans lien avec la présence de quelques chanteurs fort suivis et aimés. Mais aussi par des spectacles populaires et nécessaires. Ainsi, le premier spectacle qu’on a vu n’était pas un concert mais une pièce de théâtre ou plutôt une certaine expérience du Djihad, qui n’est pas celui que l’on pense être.

Djihad n’évite pas les clichés pour mieux ne pas les épargner

Peut-être est-ce un forum? Un cirque de vitraux sur lequel des lions se jettent pour y défendre leur part? Toujours est-il qu’au centre du Festival, un vaste et magnifique chapiteau, le Magic Mirror, Solidarités 2015 - Jour 1 - Djihad - Alexis Seny (9)surchauffé par un soleil qui n’a pas compté ses efforts, a accueilli des débats intéressants mais aussi deux pièces de théâtre. «C’est marrant du théâtre dans un festival », lâche un spectateur. Marrant mais vivifiant tant Djihad, le samedi après-midi, a séduit des curieux tous azimuts attirés par un nom qui matérialise la peur. Pièce de et avec Ismaël Saïdi (et les incroyables Ben Hamidou, Reda Chebchoubi et Shark Carrera), Djihad met en scène trois hommes qui veulent faire leur djihad, traquer et tuer les mécréants, prôner un islam impartial, celui qui n’autorise pas l’alcool, qui condamne le dessin, rejette les Juifs et discrédite le mariage d’un musulman avec un non-musulman. Enfin, l’islam, c’est ça, ou peut-être, au fur et à mesure de leur aventure, ils ne savent plus très bien. Les corps tombent au champ du déshonneur et les certitudes avec eux: Djihad n’évite pas les clichés, il les désamorce avec le ton de provoquer des questions et de pousser la réflexion sur la manière dont nous envisageons l’autre, quel que soit sa confession. Un grand moment du festival.

Namur Zouglou

Après quoi, nous avons rejoint la plaine festivalière qui s’apprêtait à vibrer sous le choc (pacifique) des grands noms attendus. Comme Magic System, le premier groupe a réellementSolidarités 2015 - Jour 1 - Magic System - Alexis Seny (1) enflammé l’Esplanade, samedi. À grands coups de sourires et de danse «à l’africaine», le groupe a enchaîné les tubes pour faire monter une température d’ores et déjà quasiment caniculaire. Et la foule multiculturelle de se prêter au jeu du «couper-décaler» avec beaucoup d’entrain.

Les raisons de la colère

Un entrain qui n’a cependant pas été profitable à quelques centaines de festivaliers qui pensaient monter les grandes marches menant au Théâtre de Verdure pour assister au concert de Danakil en toute tranquillité. Que nenni, faute de pouvoir élargir la capacité d’un Théâtre de Verdure pouvant au maximum accueillir sept-huit mille personnes (difficile du coup d’y placer plus de 13 000 personnes), un cordon mêlant sécurité et police a, plusieurs minutes avant le début du concert, du être déployé pour cadenasser l’accès. La réponse rageuse et festivalière ne s’est pas fait attendre. « Pas content, remboursés, remboursés» s’égosillaient quelques centaines de festivaliers.  Pareil, plus tard, pour le phénomène Alice on the Roof et pour d’autres concerts tout au long du week-end (jusqu’au summum, le concert de Rodrigo y Gabriella, où il était demandé aux festivaliers de prendre leurs Solidarités 2015 - Jour 1 - Complet - Alexis Seny (1)précautions et de ne pas hésiter à gagner les gradins du Verdur’ 60 minutes à l’avance… quitte à rater le concert précédent!) Bref, IAM n’était pas encore arrivé à Namur que les raisons de la colère (titre d’un tube des Marseillais) résonnaient déjà. Éric, croisé dans la foule, est remonté: «On se retrouve serrés comme des sardines devant des barrières et un service d’ordre très très très chaud, sous les sifflets et les tentatives de passage en force… » Et avec un billet censé donner accès à tous les shows (chaque grand concert étant agencé afin de ne pas s’interpénétrer) qui au final impose des choix drastiques. Bref, la colère monte autant que le festival est victime de son succès (même si des files et des concerts inaccessibles, il y en avait déjà l’année passée), de ses têtes d’affiche et d’un manque de place évident sur les hauteurs du Verdure. Dommage car la fête aurait pu être en tout point réussie. Elle fut plutôt chaotique, mais nul doute que dans son esprit de débat et de dialogue, les Solidarités (et ses cent prestataires et 800 bénévoles) Solidarités 2015 - Jour 1 - Hubert-Félix Thiefaine - Alexis Seny (57)sauront trouver une solution qui évitera, l’année prochaine, pareille situation et réjouira le plus grand nombre.

Le bagout « Thiefaine »

Mais loin de nous l’idée de jouer aux esprits chagrins, show must go on même loin du Verdur’, avec un chanteur mythique: Thiefaine. Plus confidentiel
fut son concert, mais loin d’être moins intéressant. Élancé sur le coup de 20h, le monstre sacré français a fait valoir une sacrée ténacité rock. Soulignons le bagout du festival à programmer pendant 1h15 un artiste qui n’a réuni qu’un public très clairsemé. Mais quel artiste, et quel poète! De quoi sublimer les rêves de ceux qui le connaissaient déjà et donner un nouveau chanteur de chevet aux autres qui l’ont découvert ce soir-là.

Danseur de Mia

Solidarités 2015 - Jour 1 - Akhénaton - IAM - Alexis Seny (47)Un soir qui s’est terminé en apothéose avec le chef de file d’IAM, Akhénaton, entouré de sa bande pour un show urbain et pêchu plus orienté sur le répertoire du pharaon du rap français mais
avec toute l’énergie originelle, sans une ride.
Un concert qui a fait le bonheur d’un public transgénérationnel et de beaucoup de danseurs de Mia qui ont pu continuer la fête avec une ambiance de dancefloor proposée par des DJ’s.

Gonzo allume la mèche

Dimanche, après un début en douceur mais pas trop, le supergroupe à la belge, Gonzo, a allumé la première mèche dans une performance aussi barrée qu’énergique, ouvrant une voie royale aux plus grosses têtes d’affiche…

Hindi Zahra la première avec un Beautiful tango, une énergie à toute épreuve, une chevelure tournoyante et un merveilleux nouvel album, merveilleux, sous le bras. Une découverte pour ceux qui ne connaissaient pas encore cette femme, chanteuse de poigne et engagée. Moins surprenant
(vu qu’il n’est plus à présenter) mais tout aussi efficace, Michel Fugain et son nouveau Big Bazar, les Pluribus, a mis d’accord un public sans doute un peu plus âgé (et quelle réussite pour Les Solidarités d’accueillir un public aussi vaste, aussi intergénérationnel dans une géante bonne humeur) mais pas en reste de frisson devant ce vieux briscard.Solidarités 2015 - Jour 2 - Milow - Alexis Seny (80)

Soleil d’acier cherche fraîcheur

Puis, c’est le Flamand Milow, un (dessin de) grizzly accroché à sa guitare qui a réchauffé encore un
peu plus des festivaliers tous azimuts (implantés à Namur, le Festival a pourtant réuni moins de 35% de Namurois, les autres venant de plus loin, et même de France parfois). Le show doux et enthousiaste de l’enfant d’Anvers chanteur (entre autres) de « You don’t know » n’a pas manqué d’animer les «solidaires» par sa simplicité, ses musiciens fantastiques et un réel sens du rythme. Une fraîcheur bienvenue sous ce soleil d’acier.

Cali le Belge

Puis Cali, en animal et bête de scène, «braqueur du bonheur» et semeur de folie, s’est présenté sur Solidarités 2015 - Jour 2 - Cali - Alexis Seny (32)la grande scène. Au cœur d’un spectacle sans répit dont lui seul à le secret, le chanteur d’ «Elle m’a dit» a mouillé sa chemise, se proclamant belge (« Je dis ce que je veux, je suis Belge! N’empèche, c’est gai d’arriver en Belgique et de se dire: merde, pour une fois, il ne pleut pas« ), sautant trois fois dans le public, vidant une choppe, invitant un petit garçon sur scène et dédiant ce concert « aux 71 personnes qui ont péri dans le camion de la honte en Autriche« . Accent grave posé sur un concert que rien n’a assombri et à la spontanéité incroyable. Après ce véritable artificier de la scène, les 17000 spectateurs impatients et assiégeant la scène ont attendu d’autres feux d’artifice.

Calo, un jour au parfait endroit

Ceux d’un Calogero, aérien et en apesanteur, généreux mais quelque peu sans surprise. Arrivé sur scène sur le coup de 22h (horaire respecté quasi de bout en bout dans ce « monde solitaire »), le chanteur n’a pas déçu. Riche « que de ses amis » mais aussi d’une entrée dans une autre dimension (parmi les meilleurs vendeurs de l’industrie du disque avec « Les Feux d’artifice » et, on a l’impression Solidarités 2015 - Jour 2 - Calogero - Alexis Seny (523)que jamais il n’a été aussi populaire). Entre un piano bien accordé et sa fidèle basse, des images projetées peut-être un peu trop autocentrées, Calo s’est baladé avec grande facilité et emportant un public acquis à sa cause entre les nouvelles chansons (Fidèle, Le portrait ou autres Un jour au mauvais endroit ou la reprise du Soldat, chanson offerte à Florent Pagny) et ses anciennes. Intensité et textes fignolés d’engagement et de vérité se nuancent de chansons plus légères et festives. Et ce constat: en 1h30 de concert et une bonne série de tubes, Calogero n’a même pas épuisé certains de ses autres airs les plus connus. Après quinze ans de carrière solo (sans compter Les Charts, dont, c’est vrai, on aurait peut-être voulu entendre Jeunes Voyageurs ou Je m’envole) et six albums,Solidarités 2015 - Jour 2 - Calogero - Alexis Seny (504) Calogero compte tellement de succès qu’il n’arrive plus à tous les placer en concerts! Balaise et réjouissant. Le concert ainsi que Les Solidarités se sont terminés dans le pétillement des flammèches de petits bâtons tenus de main de fan et qui, unis, formaient un véritable feu d’artifice géant, humain et magique. Une surprise et un dispositif colossal de petites mains et de 7000 (!) bâtonnets, en réalité, concoctés par Calobelgo, le groupe des fans belges du chanteur ayant trouvé là un beau moyen de rendre hommage ) celui qui les fait rêver. Conclusion admirable pour un festival qui, hormis ses failles, a trouvé sa place, son écrin et un véritable rôle d’agitateur de conscience.

Compte-rendu d’Alexis Seny

Les Photos du premier jour (Djihad, Magic System, Hubert-Félix Thiéfaine et Akhénaton & IAM):

Les Photos du deuxième jour: (Hindi Zahra, Michel Fugain & Pluribus, Milow, Cali, Calogero):

Les photos de l’ami Skuds:

Les photos d’ambiance prises par notre Olivier Gilgean national: