Feu! Chatterton, ascensionnel, met le Bota à l’heure dense

19 heures, nous prenons la voiture direction Bruxelles. Jour férié oblige, peu de monde sur la route! Heureusement car nous ne sommes pas en avance… Dans l’autoradio, c’est évidemment Feu! Chatterton qui déverse des vers à se damner dans un flot continu. Bercés par cette musique et cette voix ensorcelante, nous arrivons bientôt au coeur de Bruxelles, la rue Royale se profilant devant nous, ses jardins botaniques illuminés. À la radio, une émission spéciale en direct des Nuits Botanique: Feu! Chatterton explique la genèse du projet… On se rend compte que nous allons enfin les voir, y être confrontés à ce groupe, ce diamant brut, en qui nous avons misé les espoirs d’une manière de faire de la musique qui, peut-être, s’était perdue. En tout cas, grâce à ce Feu! de dieu, don rêve depuis septembre. Car, oui, nous étions déjà là en septembre, parmi les premiers à parler de cette petite bombe en Belgique. Pas par fierté, mais par devoir, celui d’apporter peut-être la meilleure des nouvelles depuis au moins dix ans, dans le monde du rock francophone! Une inquiétude subsiste tout de même à notre esprit… La peur d’être déçue? Sans doute… Pourtant, j’étais loin de m’imaginer ce qu’il allait se passer dans la Rotonde du Botanique ce 14 mai…

Nous arrivons enfin dans la Rotonde où Ivan Tirtiaux prend déjà place sur scène avec ses deux musiciens. Très vite, son folk singulier enveloppe le public dans une atmosphère doucereuse mais un peu trop plate et en manque, cruel, de variation. Sa voix est chaude, ses textes sont beaux, les mélodies sont belles mais il manque peut-être quelque chose, des surprises. Le potentiel est là en tout cas! Mais, dans nos têtes, ce sont bien les paroles de La Malinche qui résonnent déjà… Eh oui, à l’unisson.

Fou à lier…

Ivan Tirtiaux quitte la scène sous les applaudissements chaleureux du public… Les lumières se rallument et les techniciens affluent sur la scène. Les techniciens mais aussi… les musiciens qui, sans manière, testent leurs instruments. Certains, dans le public, sont surpris. Le temps de quelques balances et hop, l’obscurité nous enveloppe de nouveau. Sébastien, Clément, Raphaël et Antoine prennent place derrière leurs instruments, faisant raisonner les premières notes de musique, et enfin… Il arrive, dans son costume trois pièces, marchant tel un dandy sorti tout droit d’un film en noir et blanc, moustache à l’appui… Arthur… Il rejoint calmement son micro, à un mètre à peine de moi, et… Pas un mot, pas un regard, pas encore, mais déjà charismatique. Avec l’aura des plus grands, des interprètes, de ceux qui vivent leurs chansons, qui ne les chantonnent pas mais les entonnent quitte à y perdre leur âme.

Avant de perdre la face, et de m’éteindre comme un vieux mégot…

C’est donc avec Je t’ai toujours aimé, reprise de Polyphonic Size, que va s’ouvrir ce concert tant attendu car le premier en Belgique (ce qui ne veut pas dire que les prochains ne seront pas attendus, ils le seront plus encore!). Sa voix emporte déjà et on ne peut s’empêcher de frissonner en sentant ce charisme indubitable qui émane du groupe s’emparer de nous.

Deuxième chanson, déjà! Fou à lier; la puissance d’interprétation du chanteur est au rendez-vous, ses mains tremblent déjà, son visage reflète d’intenses émotions ; nous immergeant dans l’univers singulièrement fascinant de ce groupe au talent immense.

Après ces deux chansons d’une intense folie, Arthur semble sortir instantanément de sa transe pour dire quelques phrases, très théâtrales, à la manière d’un grand poète romantique… Un poète disparu, un poète fou, qui se scrutent les mains, sans cesse, à la recherche d’une ligne de vie, d’un chemin.

Nous sommes Feu! Chatterton, incandescents cadavres pour vous servir! Cadavres, oui, mais exquis cadavres!

Du ciel tombent des cordes, faut-il y grimper ou s’y pendre?

Le public est on ne peut plus séduit, les applaudissements se font de plus en plus longs, de plus en plus nourris par un public fasciné, happé dans cet autre monde… Mais le premier surpris n’est rien d’autre que ce groupe qui n’a pas encore Bruxelles comme habitude. Ces cinq-là, ils ne s’attendaient pas à un accueil si chaleureux pour cette première date en Belgique. Si seulement ils savaient depuis combien de temps nous attendons ce moment!

Enfin les premières notes de la chanson attendue depuis le début de ce concert grandiose emplissent les murs de la Rotonde, une variation macabre autour du Costa Concordia, des ses morts, de ses fantômes évoqués et venus se rappeler à notre bon souvenir. Cadavres exquis, on le disait, quand la mort se fait chef d’oeuvre, comme sous les doigts d’un peintre romantique. Nous embarquons enfin… À bord du Côte Concorde, nous longeons les côtes Toscanes, si près de la lagune. Le navire tangue et déjà, l’eau est entrée… Nous distinguons presque l’homme amusé au loin, regardant le ferry mourir. Car oui, la musique fait plus que jamais images. On atteint sans doute l’apogée de ce concert ascensionnel… Oui, le jour est saint. La tension est à son comble, le public est accroché à ses lèvres qui prononcent chaque mot avec une clarté, venue elle aussi d’une autre époque, où flirtent les ombres de Ferré, de Bashung, pas si loin de Nougaro, ni de Brel. Si jeune et bientôt l’égal des géants déjà!

L’apogée disais-je? Pas tout à fait… Cette fois, Feu! Chatterton nous emmène dans la pinède, au cœur de la nuit. C’est la Mort dans la pinède qui nous frappe de plein fouet, possessive, en sac et ressac, de calme en soubresauts et en énergie totale.

La cohésion de groupe est parfaite, impressionnante même. Les musiciens se donnent à fond et le chanteur est fidèle à lui même, tremblant, ses texte semblent habiter au plus profond de son âme. C’est une marionnette qui prend vie devant nous, un homme au service des mots qui les manipule avec dextérité, leur accordant une saveur inattendue à chaque syllabe, leur donnant sens, unique et onirique.

À l’aube

Les chansons s’enchaînent et ne se ressemblent pas. Le temps passe trop vite, qui a dit qu’on ne pouvait le ralentir? On essaie, on essaie mais rien n’y fait. Après la mort, l’aube arrive ; en chanson bien sûr.

Nous restons ensuite à Paname pour entonner la Malinche, oh ouiiii. L’énergie qui plane au-dessus de nos têtes est presque palpable. L’expérience est inhabituelle et tellement… extraordinaire! On pourrait rester ainsi des heures, mais malheureusement toutes les bonnes choses ont une fin…

Qu’attends-tu de moi?

Pour la dernière chanson, le groupe nous présente son bic médium, sa chanson dépassant allègrement les quinze minutes. Un envoûtant morceau qui nous fait traverser différentes ambiances en l’espace de quelques minutes. Un opéra-rock, un court-métrage, une pièce de quelques actes, c’est étincelant. Étincelant de fougue et d’audace à une époque où les chansons des jeunes groupes sont du format radio, ne laissant place qu’à trois couplets et un refrain, sans développement. En une heure, le groupe ne fera seulement que dix chansons, déjà dix chansons. L’expérience est devenue si rare qu’elle en est unique. Nous n’avons pas le temps de respirer que déjà, ils quittent la scène, nous laissant pantois, ne sachant pas trop ce qu’il vient de nous arriver.

Heureusement, le public ne compte pas les laisser s’en tirer ainsi. Feu! Chatterton ne se fait pas prier et réinvestit la scène tout sourire. Ils reviennent pour deux dernières chansons; Jungle d’asphalte et Bénédicte. 

Lorsque les cinq comparses quittent la scène pour la deuxième fois, c’est la bonne ; ils ne reviendront pas. Ou plutôt si, ils ne feront que nous revenir dans les rêves, dans les songes, dans les souvenirs de ce qui fait un grand moment. Puis, dans quelques mois, ils reviendront, « derrière la porte d’à côté »Feu! Chatterton à l’Orangerie le 17 octobre? Nous serons là, à coup sûr!

Le concert est fini, il faut biens se rendre à l’évidence… Nous sommes encore sous le charme ou le choc, impossible à déterminer! Nous sortons de cette ambiance fiévreuse pour rejoindre la pluie battante qui tombe sur Bruxelles.  Nous sommes trempés jusqu’aux os, mais ça a le mérite de nous remettre les idées en place! Une chose est sûre, Feu! Chatterton restera encore pour longtemps dans nos esprits… Ce groupe qui évolue totalement hors des sentiers battus, a toutes les cartes en mains pour durer. C’est un diamant brut, teinté de mille influences, encore enveloppé de la fougue de la jeunesse qui a encore bien des merveilles à nous dévoiler… Car oui l’aventure ne fait que commencer.

Compte-rendu du concert du 14 mai à la Rotonde du Botanique

Quelques photos prises du public:

Setlist:

1) Je t’ai toujours aimée (Polyphonic Size Cover)

2) Fou à lier

3) Le baiser au dancing

4) Côte concorde

5) La mort dans la pinède

6) À l’aube

7) La Malinche

8) Bic Medium

9) Jungle d’asphalte

10) Bénédicte

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