« Découv’Rire, c’est le guide Michelin des humoristes belges peu connus mais si talentueux. »

Ce jeudi 26 février, Namu’Rire prendra ses quartiers à la Maison de la Culture de Namur. Le premier Festival d’humour de l’année en Belgique a pour volonté de faire connaître du grand public des talents belges de l’humour, pourtant souvent oubliés au profit des grandes vedettes françaises. Entretien avec Benoît Everaets, dit Ptiben, humoriste au grand coeur devenu, par la force des choses, un militant volontaire. Car la subsistance de l’humour belge passe peut-être par là.

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Bonjour Ptitben, nous nous étions croisés il y a un an lors de la première édition du Namu’Rire. Que s’est-il passé depuis? 

On a essayé de faire avancer Découv’Rire. Le collectif a grandi avec une participation au Festival franco-belge qui se déroulait simultanément à Bouillon et à Sedan. Une première! Pas facile car beaucoup de choses devaient se mettre en place. Le principe c’était qu’on avait 4 artistes qui switchaient d’un soir à l’autre de l’autre côté de la frontière. Très enrichissant notamment pour la possibilité de créer des ponts avec les artistes mais aussi des organisateurs Français.

J’ai aussi été en Suisse, voir un cousin, lui aussi appelé Découv’rire. L’idée est de prochainement faire venir des Suisses en Belgique et de leur envoyer des Belges en échange. Nous cherchons des festivals dans le même état d’esprit, sans vedette, sans affiche, avec des artistes pas spécialement connus mais qui sont vraiment bons… même si pas mis en avant par les gros médias.

C’est d’ailleurs de ça qu’est né Découv’Rire, d’une très pauvre médiatisation de nos humoristes ?

Oui, un triste constat. Comme beaucoup, j’ai commencé dans les festivals, j’ai fait des concours, j’en ai gagnés certains. Mais après ça, il n’y a rien : des salles tournent toute l’année avec des spectacles d’humour mais peu de salles programment des Belges. Parce que pas médiatisés. Il y a un manque de transition entre les deux. Et le fait de ne pas jouer entraîne un manque d’expérience, un cycle infernal. Alors que certains amis français arrivent à jouer deux fois par semaine, ce qui est bien.

Ça veut dire que l’attitude des Français est peut-être plus ouverte qu’ici en Belgique?

C’est-à-dire que les Français sont plus ouverts à aller voir des choses qu’ils ne connaissent pas, ils aiment la découverte. En prenant le risque que certaines choses ne soient pas au point.
Le Belge, lui, est plus frileux et fonctionne par valeurs sûres. J’avais vu un reportage par rapport au cinéma : en France, depuis quelques mois, ils peuvent faire de la pub pour les films à la télé. Hé bien, 70% des Français arrivent au cinéma indécis sans savoir ce qu’ils vont y voir. En Belgique, c’est l’inverse.

Puis, en Belgique, on est submergé de pub. Mais pas pour les humoristes moins connus. Donc il y a vraiment un souci de la médiatisation de tous ces artistes connus localement mais pas ailleurs. Des gens sont super connus à Liège mais ne le sont déjà plus à Huy ou à Andenne. C’est surréaliste. Et malheureusement, le fait qu’ils ne soient pas connus les empêche de jouer beaucoup. Les programmateurs hésitant à les programmer car ils n’attireront personne grâce à leur nom. Découv’Rire est ainsi né il y a 3 ans.

Donc l’idée était de prendre tout ce petit monde.

En faisant les Festivals, j’ai découvert plein de gens que je ne connaissais pas. Je me disais : « Tiens, un nouveau ». Mais non, le gars jouait depuis quinze ans! Par exemple, Angel Ramos Sanchez, liégeois d’origine espagnole, il a un spectacle qu’il a déjà joué plus de mille fois dans le monde entier – il parle espagnol, mais un espagnol que tout le monde comprend – et personne ne le connait ici en Belgique. Or, ce gars-là a tout pour réussir. Mais, en Belgique, on n’a pas ce chauvinisme qu’il peut y avoir ailleurs, et cette ouverture aux choses qu’on ne connait pas.

Autre exemple, Jacques Albert vit de l’humour et de la scène depuis 35 ans. Il partagera la scène avec moi jeudi. Il habite à Rochefort, il est humoriste belge mais… il gagne sa vie en France. C’est un peu dommage. Donc, j’essaie de mettre ces gens-là en avant. Mais bon, à la base, je suis mécanicien, donc je fonctionne en technicien, en résolvant les pannes, les problèmes. En remontant en amont pour trouver les solutions pour tout ce petit monde : il y a la médiatisation, l’ouverture du public belge, faire sortir les gens de chez eux, et puis il y a un réseau qui n’est pas ouvert à l’humour : les centres culturels. C’est mon cheval de bataille mais avec le changement de gouvernement, je n’ai pas su avancer beaucoup.

Pourquoi, les centres culturels?

Encore maintenant, l’humour n’est toujours pas reconnu comme un art de la scène par le ministère de la Culture. Et de ce fait, il y a quantité d’infrastructures mises en place autour de la promotion de la culture auxquelles on n’a pas accès. Un bête exemple : on joue à la Maison de la Culture, on loue la salle en partenariat avec l’association Éduc’Action. Mais on ne peut pas mettre notre affiche sur la page facebook de la Maison de la Culture. Ni sur les vitres à l’entrée de la Maison de la culture.

C’est la Belgique surréaliste. Dans n’importe quelle salle, au Cinex par exemple, on loue la salle et on peut faire sa promo sans souci. Ici, parce que cette soirée ne fait pas partie de la programmation officielle de la Maison de la Culture, je ne peux pas. Pourquoi ? Alors qu’en même temps, ils programment des artistes qui ne sont pas belges non plus. Quand c’est le cas, que des gars du coin viennent, on ne peut faire leur promo. On se heurte à des bêtises pareilles. Mais ça complique tout !

C’est ton expérience avant tout aussi, non?

Moi j’ai démarré la scène en 2008. Et les débuts de découv’Rire, c’est en 2011, soit 6 mois après avoir décidé d’arrêter. En 2008, je fais les premières parties de Virginie Hocq et Marc Herman en deuxième et troisième scènes. Je me dis: « Ouais ça a l’air facile, ça a l’air bien et rapide ». Ce fut fulgurant, en effet, avec le gain du tremplin de Bierges en 2008, celui du Concours International et du coup de cœur à Rochefort en 2010. Mais bien souvent, les organisateurs se souviennent et te rappellent 3 ans après t’avoir vu. Donc, en attendant, il faut énormément de contacts et de bouche-à-oreilles. Mais quand c’est lent et sans grand-chose qui se fasse, c’est compliqué.

Ou alors faut aller en France. je vais de temps en temps à Lille. Je devrais essayer d’aller à Paris. Là-bas, soit il y a des scènes ouvertes, soit, il faut louer un créneau dans un théâtre (140€ de l’heure). Il faut donc d’office faire venir beaucoup de monde pour récupérer une partie de sa mise. Et puis, si tu es bon, le tenancier te donne tel créneau toutes les semaines pendant un mois. Tu dois te démerder, prendre le Thalys, te pointer à Paris, dormir là-bas, ce n’est pas évident, non plus. Après mes prix reçus, quand je m’auto-produisais, je remplissais les salles. Mais sinon, je recevais peu de demandes externes pour des dates.

Toi, finalement, comment es-tu né à l’humour?

J’ai toujours aimé rire et faire rire. J’ai commencé les imitations à 8 ans dans la cour de récré, j’imitais les Muppets (il fait une imitation de Fozzie puis des deux vieux), les dessins animés (il enchaîne sur Daffy Duck). Puis j’aimais bien les jeux de mots, plaisanter. Mais à l’époque, j’étais encore plus fana d’automobile, je faisais des courses. 

Je n’étais pas un grand costaud, l’humour était mon arme. L’agressivité et la méchanceté retombe très vite face à l’humour. C’est un plaisir fou de susciter une réaction, une émotion chez les gens. Je n’osais pas monter sur scène, c’est venu hyper tard, à quarante ans. J’étais trop timide, j’ai fait de l’impro. Et je me suis rendu compte que je pouvais faire rire des personnes que je ne connaissais pas. Puis des connaissances et ma famille, lors des repas de famille, me houspillaient pour monter sur scène, ils m’ont inscrit à un concours. Et j’ai été à Bierges, je fais les auditions et je termine parmi les 5 derniers candidats qui joueraient et s’affronteraient. Ensuite, j’ai gagné deux prix sur trois. Après ça j’ai continué.  C’est bien de faire rire une table, mais une salle de 500 personnes, c’est juste terrible. Après, il y a le stress, mais celui-là, c’est le même que celui présent à table. C’est venu par hasard. C’est pas toujours facile, mais on se rend compte que c’est un métier les jours où ça ne va pas. Pour moi, ce fut un soir de Nivelles après le suicide d’un ami. C’est arrivé à plein de grands humoristes. Les gens ont payé, ils veulent leur spectacle. Quand on sort de scène, les gens vous donnent plus que ce que vous leur avez donné.

Et en même temps le revers de la médaille.

C’est un milieu que je ne connaissais pas, j’en ai appris les codes. Mais, pour moi, la grosse erreur est de concevoir la culture par le prisme économique. Le Ministère part lui-même du principe que « la culture doit coûter ». On parle du coût de la culture. Mais plutôt que de soutenir des trucs qui marchent un peu, on subsidie des trucs qui ne marcheront jamais. Il n’y a pas d’équité de proportion par rapport au public. 

Je n’ai rien contre les spectateurs d’opéras, mais quand tu apprends qu’une place à 60€-70€ a un coût réel de 600€, ça me fait bondir ! Ou alors il faut des sponsors. Pourquoi les organisateurs d’opéras doivent être totalement financé ? Qu’ils cherchent des sponsors. Ca fait 6 ans que je creuse, moi. J’ai un centre culturel à 200 m de chez moi, je le vois de chez moi. j’ai voulu aller y jouer, la location coûte 550€ pour 220 places. La Maison de la culture de Namur serait presque donnée à côté de ça. Par contre, encore une fois, je ne peux même pas mettre une affiche. 

Puis il y a le Festival du théâtre de Spa, 240 000€ de budgets par an, a fait beaucoup de subsides. Moi j’ai demandé 10 000€ pour Découvr’Rire, je ne les ai pas eus. On donne des subsides pour l’humour à Rochefort, au Voo Rire de Liège, à Rire sur la ville à Charleroi. C’est sensé être pour aider les humoristes belges. Avec ça, ils préfèrent faire venir Patrick Sébastien !

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Et les Festivals où tu avais gagné?

Dans les Festivals, on ne vous reprend plus puisque vous avez gagné des concours. Et ça serait bien que les Festivals reprennent des artistes primés, montrent que non ils n’ont pas que 7 minutes dans leur spectacle mais peuvent tenir 1h. Mais, ils ne le font pas, ils mettent les français en avant, des québécois.

Moi-même, j’ai organisé des spectacles, mais c’est facile de prendre un artiste qui passe tout le temps à la télé en France, je mets la moitié d’affiches mais la scène est pleine. C’est plus facile de faire la promo d’un Johnny Hallyday que de se mouiller pour programmer des artistes peu connus et essayer de faire venir les gens. On leur dit « Venez vous allez vous marrer pendant 2h ! » mais on n’est pas pris au sérieux. Il y a cinq ou six humoristes qui vivent de leur métier en Belgique. Pour les autres, maintenant que le statut d’artiste est inatteignable, il faut un autre métier. Et comme mener les deux de front de manière optimale est compliqué…

En 2011, j’arrête, je me consacre à mon boulot. Puis, je me dis, c’est trop bête, il faudrait montrer ces gens partout en Belgique. Ca commence doucement, le tenancier d’une salle que je connaissais bien, me laisse sa salle pour essayer de faire une scène ouverte avec Découv’Rire. On fait ça une fois par mois, puis un autre endroit à Beauraing est intéressé par le concept. Puis c’est parti, pendant 3 ans. Malheureusement ça ne débouche sur quasi-rien, deux ou trois contrats pour certains. Mais ce qu’il nous manque, c’est un budget pour la promo, pour des partenariats avec des médias, pour en parler plus et plus souvent.

C’est un problème lié à la Wallonie?

En Flandre, en tout cas, ils ont développé un chauvinisme incroyable, certains l’appellent nationalisme, mais je crois que c’est là qu’il y a un truc à faire. Côté francophone, on n’est pas assez fier de ce qu’on a. Alors qu’on a des choses incroyables en Wallonie. Un gars qui fait de la bière à Liège et est primé à l’international, des vignerons qui font un vin extra, des mousseux comparables à des champagnes, on ne les connait pas ces gens-là.

Découv’Rire, c’est un peu le Guide Michelin des humoristes. On ne connait que quelques restaurants réputés, dont on parle, alors qu’il y en a des centaines dans le Guide qui sont de super-bonnes-qualités. Je n’aime pas la hiérarchie mais ce guide permet la visibilité de ces gens-là qui n’aurait aucun client sinon. On essaie de faire pareil avec l’humour.

D’où ce festival, le Namu’Rire dont la première édition avait lieu l’année dernière.

L’année passée, au Cinex, tout s’était très bien passé, sans grosse cata, si ce n’est le coût financier. Nous ne sommes pas rentrés dans notre budget. Les subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne venant pas – ils ont déjà postposé mon rendez-vous trois fois, même un dimanche, c’est dire… -. Il y a une volonté apparemment de faire évoluer les choses. Pour le moment, il y a des structures et mécanismes pour la culture mais tous les artistes n’y ont pas accès.

Mon rêve serait que  le Ministère de la Culture fonctionne comme l’Adeps. Si un David Goffin, en tennis, est arrivé à ce niveau-là, c’est parce que pendant des années, il a eu un soutien de l’Adeps qui lui a permis d’arriver à son niveau. Pareil pour les Borlée. Il faut des structures comme ça aussi pour promouvoir nos humoristes. C’est bien d’avoir des centres culturels mais s’il n’y a pas possibilité d’y jouer, c’est dommage. Ils ne sont pas ouverts, ou alors il faut louer cette salle, cher, pour pouvoir exposer ou jouer. C’est le problème de la Belgique, on est souvent dans l’autopromotion. C’est forcément limité.

Découv'Rire 2014

Ici, deux têtes d’affiche et des guests ?

On a appris assez tard que cette date était dispo. J’ai sauté sur l’occasion mais je n’avais pas les moyens de tout financer. J’ai demandé aux humoristes de Découv’Rire, mais certains ont du talent mais pas les moyens de se produire. Puis, il y a Jacques Albert qui m’a dit : « Ça fait des années que tu te bats pour nous, je fonce avec toi, on fera la soirée à nous deux. » Il voulait absolument que je montre mon spectacle. Donc à mon avis on fera 50 minutes chacun. Puis il y aura des petits invités.
Je veux laisser la part belle aux Namurois. Ici, vous avez Jérémy Leruit. Vous connaissez ? Non. Pourtant ce gars, qui avance bien, a fait la première partie de Kev’ Adams à Forest National notamment ! Mais on ne le connait pas. Il fait pourtant de chouettes trucs. » Malheureusement, il joue à Lille ce soir-là. Il y aura en tout cas la talentueuse Aurélie Maratta.

Une galerie de ces talents qui pourraient séduire les organisateurs de festivals?

L’appel est lancé. On invite les organisateurs des autres festivals à venir nous voir, histoire de découvrir les artistes qui jouent, pour leur montrer tout ce qui se fait. C’est aussi une chose que j’ai constatée à Rochefort, Bierges, Remicourt, Herve… Il y a chaque fois un concours – je n’aime pas les concours, l’humour c’est un art, pas un sport – et on se retrouve à chaque fois confronté à des gens qui sont dans d’autres styles que nous. C’est donc difficile de faire un choix qui ne soit pas subjectif. À chaque fois, les festivals font des auditions sans public. Or le meilleur jury, c’est le public. Le public ne se trompe jamais, je pense. Une chose ne pardonne pas, c’est l’efficacité. Un spectacle d’humour qui ne fait pas rire et n’est pas jouissif, ce n’est pas une bonne soirée d’humour. Une audition sans public, c’est comme une audition à l’aveugle d’une peinture. C’est comme faire The Voice sans voir les candidats mais en ne les entendant pas non plus.

Il y a des sketches que je ne pourrai jamais présenter en audition parce qu’ils sont basés sur la réaction du public. Devant 4 personnes d’un jury, ça ne prendra pas. À Bergues, j’ai joué ce spectacle devant 500 personnes qui répondent en chœur. C’est du pur bonheur. Donc, nous voulons pousser les organisateur à sortir de l’intimité de leurs jurys pour venir voir ce que ça donne dans une bonne salle, bien pleine. C’est tout différent. On y arrivera petit à petit.

Vous êtes combien à Découv’Rire?

On est pas loin des 50 humoristes dans Découv’Rire, parfois disséminés dans les coins les plus lointains de la Belgique. Sur 60 humoristes en francophonie. Ce n’est pas non plus toujours facile à gérer, nous sommes plus qu’une équipe de foot !
La situation, en exagéré, c’est comme si la Belgique ne connaissais qu’Henin, Clijsters et Goffin et que plein d’autres joueurs du même calibres étaient derrière eux. La Belgique pourrait inonder le niveau mondial. Mais il y a ce choix opéré: « Toi, je te donne une raquette et un terrain, toi pas. Tant pis. »

Pas de changement ?

Le problème c’est que la France est friande de nos humoristes. Un producteur français rencontré à Toulouse, un ancien collaborateur du Festival Juste pour Rire, est venu me chercher pour écrire les textes d’une de ses jeunes humoristes. Et c’est lui qui a découvert Laurent Gerra, Foresti et Gaspard Proust. En attendant, moi, on ne me connait pas et si cette humoriste venait à être connue, on ne saura pas qu’un belge est derrière ses textes. Puis, la France s’arrache nos talents : Vizorek, De Groodt. Il y a un univers.

En Belgique, du fait qu’on les repère en France, on les adule. Mais avant ça, Stéphane De Groodt, il a ramé en Belgique. Pareil humoriste en Flandre, on l’invite aux JT’s, on fait des émissions de jeu autour de lui… François Damiens a fait un film terrible, il est nominé aux Césars. Pourtant il faisait des caméras cachées sur une chaîne privée. Il veut sortir de ce personnage de L’Embrouille, mais il a été obligé de faire ça pour en arriver là. Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire ? On n’y croit pas en Belgique. « Vous avez du talent mais on n’y croit pas. »

Autre exemple, la RTBF a lancé un concours de websérie. Des humoristes ont gagné. Ça va passer… sur le web. Alors qu’on nous passe Plus Belle la Vie, qui passe aussi sur France 3. C’est dommage. On pourrait faire beaucoup mieux.

Ça veut donc dire que ce n’est même plus sur scène que ça se passe alors ?

C’est-à-dire que pour le public vienne, il faut faire plein de choses. Jacques Albert a, par exemple, participé à Attention à la Marche dans une émission spéciale ventriloquie.

Art qu’on ne voit pas souvent d’ailleurs ?

Depuis Tatayet, on ne voit plus rien en Belgique en ventriloquie. Alors que Jacques Albert fait son spectacle depuis 20 ans. Mais maintenant, on préfère aller chercher Jeff Panacloc. Il a un succès fou parce qu’il passe chez Sébastien et passe en vedette au Festival de Rochefort. Rochefort… où habite Jacques Albert qui n’a jamais été invité en vedette. C’est le comble du comble. Il jouait son spectacle dans l’anonymat d’une petite salle à côté. Par contre, entre le cachet de Panacloc et le nombre d’entrée (440 places), je ne suis même pas sûr qu’ils aient équilibré leurs comptes. C’est là tout le paradoxe. En France, les artistes qui tournent beaucoup sont très chers, à cause de leur production, et donc ne jouent pas dans les petites salles.

Et en même temps, ça tient à peu de choses. On est aussi vite connu et plébiscité que perdu de vue. Des candidats d’On ne demande qu’à en rire remplissait bien leurs salles pendant l’émission. Ce n’est plus le cas depuis que l’émission a été arrêtée. C’est la télé, les médias.

Puis certaines personnalités qui a priori ne sont pas des hommes et femmes de scènes créent leurs propres spectacles.

Jean-Yves Lafesse démarre un one-man-show, Norman aussi, c’est sold out avant même de savoir ce qu’il vaut sur scène en ayant laissé sa webcam sur son bureau. Leur popularité permet leur succès en salle, pas forcément leur talent. Norman, il coupe, monte, fait des effets, mais monter sur scène, ce n’est pas le même boulot.

Par moment, j’ai l’impression que la culture en Belgique doit être chiante, si ça ne l’est pas, ce n’est pas de la culture. Mais, je ne veux pas me résoudre à faire des trucs chiants. Et avec certains budgets pour certains artistes, on ferait jouer des dizaines d’humoristes. 

Après, je pense que Joëlle Milquet veut changer les choses, elle cherche des gens prêts à aider à faire avancer les choses. Je trouve dommage que des gens de l’extérieur doivent se proposer pour faire le boulot de ceux qui sont engagés. Mais apparemment, il y a une volonté.

Tu es un militant convaincu, non?

Un humoriste français m’a donné le surnom de Che Guevara de l’humour belge. Soit je râlais, soit je le faisais. Après certaines choses ne vont pas, saurais-je les faire bouger? Si rien ne bouge, la Belgique passera à côté de quelque chose.

Le Namu’Rire, c’est ce jeudi 6 février à la Maison de la Culture (Avenue Fernand Golenvaux 14, 5000 Namur) dès 20h. Avec Benoît « Ptiben » Everaets, Jacques Albert et leurs guests. En partenariat avec Educ’Action.  10€ en prévente, 15€ sur place. Plus d’info ici.

Mon reportage de l’année passée est à redécouvrir ici:

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