Gone Girl (David Fincher, 2014)

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Un matin, revenant du bar qu’il tient avec sa soeur, Nick Dunne s’aperçoit que sa femme Amy a disparu dans des circonstances étranges. Des signes de lutte présents dans la maison le poussent à contacter d’urgence la police, laquelle va mener l’enquête. Très vite, les éléments de l’investigation vont le désigner et tourner l’opinion publique contre lui…

Ce nouveau Fincher est – comme à l’habitude du réalisateur – un bijou formel absolu, extrêmement esthétisé et jouant sur les contrastes, ce qui fait entrer en résonance fond et forme. Rien n’est ce qu’il semble être. Les sons (plus que musiques, car la bande-originale est rarement mélodique, à une exception, vers la fin du film) ne correspondent pas au ton manifestement désinvolte (voire amusant !) des personnages au début de l’enquête. Tout le monde semble relativement détendu et échange même des bons mots, seule la bande-son contraste en se voulant lugubre. De la même façon, la musique (plus mélodique) qui arrive au moment de ce qui se voudrait la résolution de l’affaire paraît beaucoup plus apaisante, comme pour un happy end, si ce n’est qu’une fois encore la réalité (prise du point de vue de Nick) ne colle absolument pas au soulagement général ni à cette musique. Ce paradoxe se retrouve exactement dans le propos même du film. On peut même dire qu’il en constitue le centre : la réalité ne correspond pas aux apparences et se trouve même aliénée par elle. On comprend dès le départ à quel point le personnage d’Amy est affecté par l’effacement derrière la création littéraire d’Amy (une héroïne adulée du public, fille parfaite très au-dessus du vécu de la vraie), que le couple ne fonctionne pas si bien qu’il semblerait et, très rapidement, à quel point la société est aveuglée – pour ne pas dire lobotomisée – par le traitement médiatique qui abuse du registre émotionnel au détriment de tout rationnel. Plusieurs scènes montrent la férocité des médias (les émissions racoleuses et ordurières de Sharon Schieber) et le manque de discernement d’une majorité (les téléspectateurs dans l’aéroport par exemple) qui confine jusqu’à l’hystérie (on n’est pas loin, par moment, de l’excellent Oxbow Incident de William Wellman, en moins dramatique bien sûr).

De ce point de vue, Gone Girl est une réussite parfaite. La machination dans laquelle Nick se retrouve prisonnier (pas vraiment un spoil, je vous rassure de suite) rappelle le machiavélique poussé que l’on trouvait chez Hitchcock. Les compositions électro de Trent Reznor et Atticus Ross (qui avaient déjà officié pour David Fincher sur Millenium) collent vraiment bien au métrage et lui insufflent ce qu’il faut de déstabilisant. Elles m’ont même parfois rappelé celles d’Angelo Badalamenti pour les films de David Lynch.

Ma seule déception (attention, arrêtez-vous là si vous ne l’avez pas encore vu) vient de l’absence de retournement en fin de film. Au final, Fincher nous offre un pur cauchemar sous un vernis de glamour, mais tout demeure au final un descriptif pur et simple puisque rien ne se rétablit comme le voudrait le spectateur. Etant donné que l’oeuvre se veut une critique d’une société de faux semblants et des médias qu’elle mérite, je dois conclure que ma déception (légère, car j’ai passé un très bon moment) vient de mes attentes de départ, davantage tournées vers un thriller plus classique, ce que le film devient dans sa dernière demi-heure. J’imagine que cet aspect descriptif est hérité du roman, adapté par son propre auteur, Gillian Flynn, pour le cinéma, mais ne l’ayant pas lu (pour l’instant), je ne pourrais le confirmer.

Malgré toutes ses qualités, le film présente pas mal d’invraisemblances. La disparition d’une femme qui ne se cache pourtant pas particulièrement (pas vraiment un spoil non plus, c’est confirmé très vite, et à vrai dire, on s’en doute suffisamment dès le départ), de même que l’accusation portée sur un autre personnage à la fin ne peut pas tenir la route une minute. A ce point-là, la police n’est plus seulement incompétente mais en devient criminelle. Tout doit contredire cette accusation (draps de lit, bandes-vidéo etc) alors qu’à aucun moment un seul enquêteur ne s’oppose à cette version des faits. Cet aspect pratiquement horrifique de la dernière partie est à mon sens ce qui est le moins réussi tant il manque de crédibilité, ce qui n’enlève rien aux autres qualités de Gone Girl.

En dépit de ce très léger bémol (encore une fois, sans doute plus de mon fait que de celui du film pour ce qui est du côté descriptif dont je parlais plus haut), je ne peux à mon tour que le recommander. C’est une oeuvre à la réalisation ciselée et brillamment interprétée. Je vous souhaite autant de plaisir que j’en ai éprouvé à le voir et à en traiter ici même.

Gone Girl, de David Fincher, avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Tyler Perry. Distribué par 20th Century Fox. 2h29. 2014.

Par Gérald Sanzo.

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