Le prix du danger (Yves Boisset, 1983)

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avec

Gérard Lanvin : François Jacquemard
Marie-France Pisier : Laurence Ballard
Michel Piccoli : Frédéric Mallaire
Bruno Cremer : Antoine Chirex
Andréa Ferréol : Elisabeth Worms
Jean-Claude Dreyfus : Bertrand
Gabrielle Lazure : Marianne
Catherine Lachens : Madeleine

L’accroche : Dans une société futuriste, « Le prix du danger » est le nouveau jeu d’une chaîne de télévision. Un homme doit rejoindre un endroit secret en évitant cinq traqueurs enrôlés pour le tuer. S’il réussit, il empoche beaucoup d’argent, mais François Jacquemard, nouveau participant, réalise très vite que le jeu est truqué…

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Un film d’un ton extraordinairement ironique, corrosif et surtout lucide !
En 1958, paraît une nouvelle, The Prize of Peril, de Robert Sheckley, et qui décrit une société voyeuriste avide de violence. Un jeu télévisé suit la traque d’un homme qui joue pour gagner une somme importante, au risque de se faire tuer durant le show télévisé.
En 1982, surgit le roman de Stephen King, Running Man, qui reprend assez fidèlement le thème de Sheckley : Ben Richards, un chômeur d’une intelligence élevée, passe différents tests avant de se faire sélectionner pour l’émission La grande traque. Cette traque dure plusieurs jours, durant lesquels Richards prend la fuite dans les villes des USA (il n’a juste pas le droit de quitter le sol américain). Il est poursuivi par une horde de tueurs professionnels surentraînés à retrouver et tuer les candidats. Je passe les détails techniques, mais ajoutons qu’un des aspects intéressants du roman résidait dans l’attitude des gens du peuple : soit ils aidaient Richards, soit ils le dénonçaient contre rétribution de la part de la chaîne de télé. Bien sûr, le grand public suivait la traque sur la chaîne.
De ce roman réellement génialissime (n’ayons pas peur de le dire), il ne restera presque rien dans le film assez plat de Paul-Michael Glaser (= Starsky) avec Arnold Schwarzenegger. Exit la traque en pleine ville, les refuges, les délations etc… on avait droit à un surhomme qui courait dans des décors préconçus pour l’émission et qui tuait un par un ses chasseurs, pour ne pas dire des guignols, lancés à ses trousses. Ce film sort en 1987.
Mais avant cela, en 1983, Yves Boisset s’était déjà basé sur la nouvelle de Sheckley pour nous offrir un superbe film sur le même thème.
D’abord, le ton est extrêmement acide, eu égard à l’humour caustique omniprésent. La foule se montre hystérique dans l’expectative d’un meurtre en direct, la misère des chômeurs est exploitée puisqu’on fait de ceux-ci du gibier pour la chaîne de télé (dirigée par un Bruno Cremer plus crapuleux que jamais). Un bon point aussi pour le présentateur de l’émission, un Piccoli en grande forme, qui, prenant les intonations des présentateurs tels que Pierre Bellemare par exemple (souci réel d’authenticité), se montre sirupeux et emphatique au possible. Cette fois, la traque a bien lieu en pleine ville, ce qui accroche beaucoup plus le spectateur, et, là encore, on retrouve les attitudes différentes de divers intervenants, favorables ou hostiles au fuyard médiatisé. Autre différence : les traqueurs ne sont pas des professionnels, mais des citoyens volontaires comme le héros Jacquemard, ce qui n’en est que plus savoureux, surtout lorsqu’on leur demande leurs motivations personnelles.
Pour résumer, c’est une sacrée découverte et un pur chef-d’oeuvre, d’une critique très acérée et non dénué d’humour. Je le conseille plus que vivement, au contraire du « Running Man » de Glaser.

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Le prix du danger, d’Yves Boisset, avec Gérard Lanvin, Michel Piccoli, Bruno Cremer, Marie-France Pisier. 1h40. Edité en 2013 chez Tamasa.

Par Gérald Sanzo

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