Michel chante Sardou a fait chanter Auderghem

Au Centre Culturel d’Auderghem, ce mercredi 28 octobre, Michel Curvers a prouvé que les chansons  de Michel Sardou ne meurent jamais.

Michel Sardou ne chantera plus, il l’a lui-même confirmé cette année. À 79 ans, il estime que sa voix ne lui permet plus d’assurer un niveau digne de son public. Alors, que reste-t-il? L’œuvre. Immense. Et des voix pour la porter.

C’est tout le sens du spectacle « MICHEL chante SARDOU » qui faisait étape ce mercredi soir au Centre Culturel d’Auderghem. Et ce fut, n’ayons pas peur des mots, excellent.

On craignait le piège du sosie, de la caricature, mais Michel Curvers l’évite avec une intelligence rare. Sur scène, pas de perruque, pas de mimétisme forcé, il y a un homme, une voix puissante et bouleversante qui assume totalement l’héritage sans le singer.

Et quelle voix ! Grave et chaude dans les couplets parlés, capable de monter dans l’emphase sardonienne sans jamais forcer. La tessiture est proche de l’original et l’émotion est là, intacte.

L’artiste est entouré comme il se doit car le spectacle se revendique 100% live, avec 5 musiciens et 3 choristes qui recréent l’intensité et l’émotion des plus grands concerts de Michel Sardou. C’est généreux, authentique, et chaque chanson est interprétée avec passion et respect de l’œuvre de référence.

Pendant près de deux heures de concert, le public a redécouvert les classiques qui ont marqué plusieurs générations.

Car le tour de force, c’est de tenir deux heures de tubes sans temps mort. La setlist annoncée a d’ailleurs tenu toutes ses promesses avec entre autres Les Lacs du Connemara, La Maladie d’Amour, Afrique Adieu, Être une Femme, Le Chanteur de Jazz, Le France, J’accuse, L’An Mil, Les Vieux mariés, Petit, Musulmanes, Les Bateaux, Les Villes de Solitude, Mourir de plaisir, Vladimir Illitch et d’autres incontournables.

Les Lacs du Connemara a évidemment fait se lever la salle entière, comme une marée. Mais les moments les plus forts n’étaient pas forcément les plus attendus. Une Maladie d’Amour tout en retenue, un Je vais t’aimer murmuré puis lancé comme une confession, une version d’Afrique Adieu où les choristes apportaient une couleur magnifique. Et puis J’accuse tout en puissance et L’An Mil titre quasi rock progressif qui constituent tous deux de très grands moments.

Curvers raconte peu et chante beaucoup, il laisse les chansons parler. Et le public, comme le promet le programme, ne reste pas spectateur et chante avec le groupe. Ce mercredi, il a chanté fort, très fort.

L’affiche promotionnelle présente Michel chante Sardou comme « le tribute belge incontournable qui fait vibrer les scènes depuis plusieurs années », une formule est un peu usée et parfois galvaudée, mais cette fois, elle est juste.

Car ici on n’est pas un concert nostalgique pour faire pleurer dans les chaumières, on assite à un spectacle fédérateur où l’émotion se mêle à la puissance musicale. Un spectacle qui nous fait comprendre que Sardou ce n’est pas qu’une voix, c’est également un répertoire d’auteur, des personnages, de la colère et de la tendresse.

Michel Sardou ne chantera plus, mais ce mercredi soir à Auderghem, grâce à Michel Curvers, il a chanté encore.

Et toute une salle avec lui, le sourire aux lèvres et des larmes dans les yeux.

Jean-Pierre Vanderlinden / Photos Hugues Timmermans 

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