Botanique, Rotonde – Bruxelles, 25 septembre 2025. Le groupe culte du Worcestershire présentait son 17ème album.
Il y a des groupes qui vieillissent, et il y a And Also The Trees qui patine le temps.

Ce jeudi soir, la Rotonde du Botanique affichait complet bien avant l’heure. Pas de hype TikTok, pas de file de teenagers mais un public fidèle, entre 40 et 60 ans pour la plupart, des visages qu’on avait déjà croisés en novembre 2007, ici même, au même endroit. Des Cure-fans devenus adultes, mais qui n’ont jamais tout à fait quitté l’ombre.
En première partie, Oren Bloedow a posé le décor idéal. Le New-Yorkais, guitare électrique à la main, a offert un set dépouillé, entre jazz downtown et folk spectral à la Leonard Cohen.

Puis, à 21h, lumière rougeâtre sur la scène, Justin Jones attaque les premières notes de Rooftop avec ce son clair, tranchant, presque rural, qui a inventé le post-punk anglais pastoral bien avant que le mot ne soit à la mode.
Simon Huw Jones entre. Impeccable, frêle, la voix toujours aussi théâtrale, entre prière et incantation. Quarante six ans de carrière et pas une once de cynisme.

Le nouveau matériel, issu de l’album paru fin février – dont sont issus les single The Silver Key et Your Guess- trouve sa place immédiatement. Les nouveaux titres sont plus épurés, plus lents, presque jazzés dans les rythmes comme le Botanique le soulignait à raison. Le groupe explore cette zone sombre et atmosphérique où il est le seul à habiter ,ni tout à fait gothique, ni tout à fait folk. Une sorte de poésie anglaise des landes.

Le moment de grâce : un Virus Meadow en fin de set qui a fait frissonner la Rotonde. Quand Simon murmure, on l’écoute comme on écoute un sermon dans une chapelle abandonnée.

Le petit bémol ? C’est justement cette perfection intemporelle. And Also The Trees ne surprend plus, il confirme. Le set est d’une cohérence magnifique, mais d’une cohérence qui frôle parfois l’entre-soi. Pas de prise de risque scénique, pas de réinvention. La même intensité contenue, la même élégance sombre depuis 1979. Pour les fidèles, c’est un cadeau. Pour le critique qui cherche la rupture, c’est une légère frustration.

Mais à la fin de sa performance, quand le groupe quitte la scène au terme des rappels, on comprend : And Also The Trees n’a jamais eu besoin d’être à la mode.
Comme le disait si bien la présentation du Botanique : « écouter And Also The Trees revient à sortir du temps ». Ce soir à Bruxelles, on est bel et bien sortis du temps.
Et pendant 90 minutes, on n’a eu aucune envie d’y revenir.
Jean-Pierre Vanderlinden
