J’ai pu visionner en vision de presse le nouveau film de Steven Soderbergh, The Christophers, et j’ai réellement passé un excellent moment de cinéma.
Julian Sklar, joué par Ian McKellen, est une légende de la pop art londonienne des années 60-70. Aujourd’hui reclus, fauché et oublié, il vit entre sa maison et son atelier.
Ses deux enfants séparés, Barnaby et Sally, désespérés par l’héritage, engagent Lori Butler, une restauratrice d’art, pour terminer à sa place une série de portraits inachevés : « The Christophers ». Le but : les faire « découvrir » après sa mort et les vendre des millions. Sauf que Julian n’est pas dupe. Et le duel commence.
On a ici un film touchant et superbement interprété.
Soderbergh signe une comédie dramatique intimiste, qui s’apparente presque à un huis clos. Pas d’artifice, pas de casse juste deux excellents comédiens qui se parlent.
Ian McKellen est énorme en Julian Sklar. A 86 ans, il livre un de ses plus beaux rôles récents. Sarcastique, vaniteux, fragile, il joue un artiste qui contemple son héritage en enregistrant des cameos et en jugeant une émission Art Fight. Il est mordant, certes, mais terriblement humain.
Face à lui, Michaela Coel campe Lori, la faussaire engagée pour finir les toiles. Froide au départ, mais brillante, elle devient le parfait sparring partner de McKellen. Leur duo fonctionne à merveille et on les regarde s’affronter, puis se comprendre, et c’est là que le film devient vraiment touchant.
James Corden et Jessica Gunning complètent le casting en enfants cupides, mais le film repose à 90% sur le duo McKellen/Coel.
Soderbergh filme en caméra très proche, et dynamique et ça nous donne l’impression d’assister à une partie d’échecs.
Mais sous la comédie noire, le film nous parle de la transmission, de la solitude des créateurs et des liens qu’on n’a pas su tisser à temps.
Ce film semble être un cadeau de fin de carrière pour McKellen, un métrage qui devient une œuvre d’art en lui-même.
The Christophers est un Soderbergh sobre, malin, et porté par deux interprètes de haut vol. Il ne cherche pas à épater, il observe et il touche, parce qu’il parle de ce qu’on laisse derrière soi.
Un très bon ticket !
Jean-Pierre Vanderlinden
Dans les cinémas en Belgique à partir de ce 29 juillet !

