Beth Hart à De Roma, Anvers : une déflagration blues et soul qui ne triche pas

Il y a des artistes qui chantent. Et il y a Beth Hart, qui se vide les tripes sur scène comme si chaque concert était le dernier. De retour à De Roma à Anvers les 24 mai et 2 juin 2026 pour sa tournée You Still Got Me, l’Américaine a encore une fois prouvé qu’elle reste l’une des voix les plus viscérales du blues-rock actuel. 

(c) Branchés Culture / JP Vanderlinden

Née en Californie, Beth Hart s’impose depuis 30 ans comme une anomalie magnifique dans l’industrie musicale : trop brute pour la pop, trop rock pour le jazz, trop vulnérable pour jouer les divas. Révélée par LA Song en 1999, elle enchaîne les descentes et les renaissances. Addiction, bipolarité, deuils, elle met tout sur la table et en fait de l’or.

Elle alterne albums solos abrasifs comme War In My Mind et collaborations incendiaires notamment avec Jeff Beck, Joe Bonamassa, Slash et Buddy GuySon dernier disque, You Still Got Me (2024), continue de creuser ce sillon avec des chansons qui embrassent les failles et transforment les démons en mélodies. Sur scène, c’est là que tout prend son sens, ses shows sont “intenses et émotionnellement chargés”, entre soul, blues et rock.

(c) Branchés Culture / JP Vanderlinden

La salle De Roma, ancienne salle de cinéma Art déco d’Anvers, est taillée pour elle. L’acoustique boisée, la proximité avec le public font qu’ ici, pas moyen de se cacher et Beth le sait. Elle débarque sans filet, arpente la scène, passe du piano à la guitare et au micro comme si sa vie en dépendait.

Le set 2026 puise dans You Still Got Me et dans ses classiques. On retrouve cette architecture typique d’un concert de Beth Hart avec des brûlots blues comme Bad Woman Blues ou Savior With A Razor, des ballades à vif comme War In My Mind , Lay Your Hands On Me ou la chanson-titre You Still Got Me, dédiée à son mari Scott.

(c) Branchés Culture / JP Vanderlinden

Ce qui frappe, c’est le contraste. Une minute, elle hurle façon Janis Joplin, la suivante elle descend dans des graves de crooner brisé, évoquant plutôt Billie Holiday. Entre deux morceaux, elle parle et se confie à son public.

Hart n’est jamais seule. Son band encaisse les tempêtes et relance quand elle part en improvisation. Le moment acoustique, devenu rituel est bien entendu au programme même s’il est un peu trop tiré en longueur à mon goût. On préférerait un set qui va « just to the point « , l’artiste n’ayant plus grand chose à prouver.

(c) Branchés Culture / JP Vanderlinden

Elle joue aussi avec l’espace, tantôt assise au piano, tantôt agenouillée, tantôt en bord de scène, pieds dans le vide. Elle ne suit visiblement pas de script, comme sa setlist qui évolue de jour en jour suivant l’humeur, car elle garde le public, le groupe, et elle-même dans l’incertitude de ce qui va suivre.

Le concert s’est conclut ce soir là par une version habitée de Don’t Call the Police et un Thankfull en version acoustique en guise d’au revoir.

(c) Branchés Culture / JP Vanderlinden

Un concert de Beth Hart, n’est jamais “propre”. C’est plutôt débraillé, imparfait, souvent même à la limite de la rupture comme ce titre dédié à son mari durant lequel elle se trompe et s’y reprend à deux fois. Et c’est pour ça que son public l’aime, pour cette forme de simplicité et d’intimité qu’elle s’efforce de créer.

Beth Hart avec son You Still Got Me Tour sera de retour à De Roma le 2 juin prochain.

Jean-Pierre Vanderlinden 

 

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