« Zazous, des lendemains qui chantent » au Théâtre Le Public : quand le swing devient acte de résistance

Le spectacle « Zazous, des lendemains qui chantent » se joue actuellement dans la Petite Salle du Théâtre Le Public. La pièce, une création mise en scène par Patricia Ide sur une écriture collective, nous plonge dans un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale : la jeunesse zazou qui, entre 1940 et 1944, a choisi le jazz et la provocation vestimentaire comme armes contre l’occupant.

Dès l’entrée, le ton est donné. On est loin du spectacle historique compassé. Le plateau s’anime au rythme du swing, avec une direction musicale signée Pascal Charpentier qui mêle standards de Django Reinhardt, Cab Calloway , Boris Vian et compositions originales. Les cinq comédiens-chanteurs-musiciens – Baptiste Blampain, parfait, Bénédicte Chabot, exceptionnelle, Laure Godisiabois épatante , Antoine Guillaume toujours excellent et le poly-instrumentiste Cédric Raymond – passent sans friction du récit au chant, du sketch à l’évocation documentaire.

L’écriture collective évite l’écueil du cours d’histoire. Plutôt que de dérouler une chronologie, la pièce choisit des scènes concrètes : des jeunes qui percent les pneus de la Gestapo puis filent danser dans des caves clandestines, des duos amoureux qui s’échangent des paroles interdites, des confrontations avec les collabos. C’est vivant, un peu tapageur, et totalement assumé. Le sous-titre « des lendemains qui chantent » n’est pas ironique ici. Il s’agit de montrer comment la culture populaire peut devenir un espace de liberté quand tout le reste est censuré.

Patricia Ide signe une mise en scène serrée qui tient compte des contraintes de la Petite Salle. La scénographie de Renata Gorka joue sur des éléments mobiles et un bel agencement, sans tomber dans le décor à l’ancienne. Les costumes de Chandra Vellut font le job : vestes à carreaux exagérées, chapeaux improbables, parapluies, coiffures excentriques. On comprend immédiatement le geste provocateur de ces jeunes.

Ce qui marche le mieux, c’est l’alternance entre les moments musicaux et les séquences plus intimes. Quand la troupe ralentit le tempo pour raconter l’arrestation de certains zazous, la salle se fige. Le spectacle ne cherche pas à faire pleurer, mais le contraste avec l’énergie swing rend ces passages plus durs.

La force de Zazous tient à son angle politique sans le dire à voix haute. En montrant des jeunes qui refusent de « marcher au pas de l’oie », la pièce parle de désobéissance civile, de culture comme résistance, de la manière dont on préserve son humanité sous la pression.

On sort avec l’envie d’en savoir plus sur tel ou tel zazou réel. Mais c’est aussi le pari du spectacle que de privilégier l’esprit de groupe à l’héroïsme individuel. Sur ce plan, la pièce me touche particulièrement car mon père, né en 1927 a été zazou de 1942 à 1945, et de 15 à 18 ans il transportait des tracts de la résistance dans les bus au risque de se faire pincer par les allemands, sans bien sûr que sa mère soit au courant. Un jour il m’en a parlé quand j’étais gamin et c’est là que j’ai entendu pour la première fois prononcer le mot zazou.

Zazous, des lendemains qui chantent est une pièce généreuse, rythmée, qui mélange rigueur historique et plaisir de scène. Si vous aimez le théâtre musical qui a quelque chose à dire sans plomber l’ambiance, vous ne vous ennuierez pas. Le spectacle rappelle que résister, ça peut aussi passer par des jupes courtes, des costumes bariolés ou un solo de clarinette joué trop fort un soir de couvre-feu.

Zazous est un spectacle poignant et rafraîchissant où la mise en scène et le collectif d’acteurs tiennent la route, alors que la bande-son swing fait le reste.

Un très bon moment musical et théâtral servi par des comédiens hyper talentueux qui savent aussi bien jouer la comédie que superbement chanter et danser.

Un  moment suspendu, brillant et bluffant !

Jean-Pierre Vanderlinden 

(Photos © Gaël Maleux)

 

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