À Ittre, Ana Popovic a balayé les clichés d’un blues figé et nostalgique. Guitare Fender en bandoulière, elle impose un son moderne, groove et explosif. Entre rythmes dansants, cuivres éclatants et solos percutants, la guitariste a livré un concert sans temps mort. La preuve que le blues, quand il bouge, parle à tous.
Ana Popovic aime la Belgique — et elle nous le rend bien. Après des passages remarqués en 2025 au Zik-Zak, deux concerts au Bana Peel et une tête d’affiche au Peer Festival, la guitariste-chanteuse faisait une nouvelle fois escale vendredi dans le Brabant Wallon pour un concert qui avait tout de l’évidence. Et vous n’y étiez pas ? Sérieusement ? Bande de petits blueseux (et blueseuse) distraits… Vous avez manqué quelque chose. Et pas qu’un peu.
Car pendant que certains programment encore le blues comme un vestige poussiéreux, Ana Popovic, elle, le réinvente à chaque concert. Exit le blues roots figé pour collectionneurs de vinyles : place à un son moderne, vibrant, dansant. Et tant pis si ça dérange les gardiens du temple.
Portée par une voix profonde et un toucher de guitare redoutable, elle a déroulé un set solide, largement inspiré de Power (2023) et Dance To The Rhythm (2025). Sur scène, c’est un feu d’artifice maîtrisé : cuivres qui claquent, section rythmique chirurgicale, claviers aériens,…
L’explosion funky débute avec “Rise Up”, où Buthel Burns impose une ligne de basse puissante, parfaitement ancrée dans le tempo. « Queen Of The Pack » est fortement marqué par une batterie omniprésente, presque disco.“Sho Nuf” se transforme en bombe funk irrésistible, avec des cuivres flamboyants et un final à la guitare qui rappelle pourquoi Ana joue dans une autre catégorie. « Sur “California Chase”, le groupe ralentit légèrement la cadence pour installer une ambiance plus soul . Les chœurs enrichissent le morceau, tandis que la trompette et la guitare apportent une touche détendue, presque solaire, qui contraste joliment avec l’intensité du reste du set.
Moment surprenant et réussi de la soirée : la reprise, “50 Ways to Leave Your Lover” de Paul Simon. Une relecture audacieuse, parfaitement intégrée à l’univers d’Ana Popovic.
Pendant 1h30, pas de temps mort. Pas de remplissage. Juste du feeling, du vrai. Celui qu’on ressent dans le ventre — pas celui compressé des plateformes musicales.
Le final aligne les titres forts, “Doin’ This”, “Lasting Kind Of Love”, avant un rappel évident. De retour sur scène, Ana et son groupe enfoncent le clou avec “Sisters and Brothers”, comme un message simple mais essentiel. « The world is nuts », glisse-t-elle — et difficile de la contredire. Mais sa musique, elle, rassemble. Et sur ce point, elle a mille fois raison.
Le concert s’achève avec le titre éponyme de son dernier album, “Dance To The Rhythm”, comme une invitation à prolonger la fête.
Et puis il y a ce détail qui change tout : ici, pas de barrière artificielle. Pas de star inaccessible. Après le show, Ana prend le temps. Elle discute, elle sourit, elle dédicace. Jusqu’au dernier fan. Et ça, aucune playlist ne pourra jamais le remplacer.
Philippe Saintes





