
Touche-à-tout dans la forme (bd mais aussi roman et cinéma, gag ou récit au long cours) comme le fond, Jim a trouvé une nouvelle manière de s’exprimer, à la Fabcaro, pour creuser des sujets de société. Après Le chant du cygne (Le féminisme vu par de vieux mâles en fin de course), voilà le vieillissement avec 60 ans déjà? Prêt à affronter la jeunesse de la vieillesse. Accrochez-vous à vos dentiers, vos pilules, vos cheveux plaqués pour donner du volume, ça décoiffe, on s’en prend plein les dents.

Résumé de 60 ans déjà? par Anspach: Ils ont franchi la soixantaine… et ce n’est pas fini. Mémoire qui flanche, libido qui clignote, articulations qui craquent, envies nouvelles et vieilles habitudes : tout est matière à rire (et à réfléchir). À travers une galerie de personnages anonymes, mais familiers, 60 Ans déjà explore les petits et grands tracas du quotidien à l’aube de la soixantaine par le prisme de l’humour et de l’absurde.

Il aura 60 ans dans quelques semaines alors, forcément, en aventurier curieux des relations humaines et à soi-même, Jim a voulu faire du repérâge, tâter le terrain. Ça fait quoi d’avoir 60 ans? Franchit-on vraiment un cap? Ou les sexagénaires essayent-ils de passer ni vu ni connu? De se voiler la face ou de l’enduire? De se voir plus beau qu’ils ne le sont ou plus décrépis aussi? La grâce est derrière en tout cas. Il faut vivre ou survivre sous le poids des années.
Dans une collection de 48 saynètes (pour 48 planches), l’auteur d’Une nuit à Rome et bien d’autres albums best-sellers explorant l’intime et l’universel humain, parfois plus tendres que la défoulade ici présente, scrute le comportement des frais émoulus sexagénaires. Certains se rêvent encore sexy, mais dans le miroir, la réalité est là. Et Jim a ce don, cet humour malicieux, ce cynisme pourtant bienveillant pour tout remettre à plat et en plis, en rides.

Et comme toujours, en pleine forme, Jim tape juste, rien ne lui échappe de nos petites défaites. Au fil de sa galerie de personnages (il y en aura pour tout le monde), personne n’est épargné, tous perdront la face et seront in fine à égalité sur l’échelle de la décrépitude à lunettes, à dentier, à peaux (et organes génitaux) pendantes, à oreilles dysfonctionnelles (parfois pour ne plus entendre le bruit du monde ou d’une progéniture étouffante) ou envahies de mauvaises hair’bes… sans parler du dos douloureux, des ravalements de façade ou encore de cette ambiguïté que peuvent être le rejet des nouvelles technologies et en même temps cette irrésistible envie de jouer comme des gosses.

Dans ces dialogues (qui donnent parfois le pouvoir à ce que nos petites voix et petits démons intérieurs voudraient gueuler) aussi désespérés qu’hilarants, absurdes et pourtant finement observés, Jim s’amuse comme un fou, avec une prose mortelle, cruelle et pourtant forcément réaliste, fataliste. Il fera bientôt partie du lot. Pour imaginer ces situations, Jim est imbattable, je trouve juste un peu dommage que chaque planche soit limitée à une ou deux cases, le principe étant de les répéter à l’envi tout en changeant le texte. Comme Fabcaro, Karibou et quelques autres. Sur la longueur, le texte est explosif, mais le refrain lasse un peu, malgré quelques effets spéciaux et secousses de caméra (ou peut-être est-ce déjà Parkinson?).

Vu le talent du bonhomme pour imaginer des héros dans toutes les positions possibles et imaginables, dans la richesse des expressions et grimaces, j’espérais une partition graphique un peu plus étoffée, moins répétitive, que dans le chant du Cygne. Mais, côté pile, cette technique permet aussi une efficacité et induit cette vitesse à laquelle va la vie, et ce cerveau qui va plus vite que le corps, sans qu’on ait le temps de se retourner, de sourciller.
À lire chez Anspach.









