« Cellule de crise » : Un thriller politique au vitriol et clivant au Théâtre de la Toison d’Or
Le Théâtre de la Toison d’Or accueille actuellement la pièce Cellule de crise de Myriam Leroy, un thriller politique à huis clos qui explore les coulisses du pouvoir et les mécanismes de la communication de crise.
La pièce met en scène un ministre, sa cheffe de cabinet et une communicante spécialisée dans les situations de crise, réunis pour rédiger un communiqué qui évitera le scandale. Une rumeur court qu’ un journaliste s’apprête à lâcher une bombe. Harcèlement moral ? Sexuel ? Personne ne sait exactement ce qui se passe et encore moins le ministre qui tombe des nues. Qui cherche à nuire au ministre et pourquoi? .
La pièce, très bien écrite, est portée par un casting talentueux, composé de Thibaut Nève, l’acteur impeccable incarne avec brio le ministre aux abois, de Stéphanie Van Vyve, la cheffe de cabinet qui tente en apparence de garder la tête froide, et d’Ariane Rousseau, la communicante spécialisée qui doit gérer la crise et mener son enquête.
La mise en scène de Morena Pratsest efficace et souligne une certaine tension, restituant parfaitement l’atmosphère de crise qui règne dans le bureau du ministre.
La pièce est tour à tour drôle, cruelle et grinçante.Myriam Leroy y parle du sexisme et des rapports de force dans le monde de l’entreprise et du pouvoir, le tout emballé dans un pseudo thriller politique qui aborde les crispations de notre époque. Elle s’attaque à ce qu’elle appelle la masculinité toxique, le système patriarcal, et les violences sexistes ordinaires.
Soit, mais elle met le curseur tellement bas sur son personnage masculin et pousse son féminisme ( est-ce ça le féminisme?) tellement à l’extrême qu’on en sourit dans un premier temps pensant qu’elle dénonce une société wokiste qui va bien trop loin, avant de comprendre qu’elle règle ses comptes avec les hommes faisant de chacun d’entre eux un prédateur qui s’ignore et un harceleur potentiel en puissance, même inconsciemment. Bonjour l’amalgame !
On vit à une époque où « on ne peut plus rien dire », et où la peur d’être accusé de quoi que ce soit plane au dessus de chaque homme, pour une simple main chaleureuse sur l’épaule, un petit cadeau sympa à une collègue ou une collaboratrice sans arrière pensée, une phrase mal interprétée, ou un e-mail trop chaleureux. Dans cette société souvent clivante, un tel discours sépare les hommes des femmes alors que naturellement ils sont faits pour se rapprocher. Pourquoi créer des clans? Pourquoi en faire des êtres qui se craignent ou qui craignent le jugement d’une société qui ne laisse plus rien se faire dans l’idée d’une aseptisation constante de tout?
Pour l’autrice toutes les femmes sont des victimes, et tous les hommes des prédateurs harceleurs potentiels.
On oublie que l’entreprise fut pour beaucoup de générations passées et est pour les présentes un des premiers lieux de rencontre entre les gens qui y travaillent, et que beaucoup de belles histoires d’amour y sont nées et y naissent encore. Que bien sûr il y a eu comme partout des excès qui doivent être sanctionnés, mais que les relations entre hommes et femmes y sont aussi pour la plupart riches et naturelles.
Beaucoup de femmes savent se défendre et dire non, et remettre les hommes trop entreprenants ou lourdingues à leur place, car en règle générale l’homme propose mais la femme dispose. C’est elle qui dans une relation choisit en dernière instance.
Alors bien sûr il y a des exceptions, et des situations où le poids hiérarchique fausse la donne et enferme dans un carcan, mais ce n’est pas valable uniquement pour les femmes, chacune ou chacun peut souffrir d’un harcèlement hiérarchique malaisant. Ca a toujours existé, et ça doit être bien entendu dénoncé lorsque ça se produit, sans tomber dans l’excès.
Dans Cellule de crise, le ministre est assailli de questions par la communicante qui chasse le moindre détail de sa vie allant même jusqu’à inventer des situations possibles dans le but de le faire craquer ou avouer un écart. Elle le pousse dans ses derniers retranchements, elle le harcèle soi disant pour son bien.
Soudain la cheffe de cabinet réagit et se met à tenir un discours double, féministe mais aussi pro-patriarcat qui essaye d’être nuancé, au prix d’un long monologue durant lequel elle s’énerve. On se dit alors que l’autrice va rétablir la balance entre deux courants de pensée avec un peu de bon sens et de modération, et d’ailleurs ce monologue est salué par des applaudissements qui fusent spontanément de la salle, en guise d’approbation.
Mais non, la suite sera pire encore…
L’autrice, sans doute à partir de situations observées ou vécues durant son propre parcours professionnel règle ses comptes avec la gent masculine, choisissant pour le personnage de sa pièce un homme un peu old-school, un boomer sympa dont le système de pensée quoique à priori assez respectueux est à des lustres du sien. Et elle le dézingue.
Elle fait porter par ses personnages féminins un discours cynique et acide, aspergeant de vitriol le patriarcat, allant encore beaucoup plus loin lors du twist final de la pièce que les partisans de sa pensée trouveront jouissif, et les autres malaisant, sournois, limite diabolique.
Car au final, qui est l’harceleur et qui est l’harcelé dans cette histoire? Qui piège qui?
Vous vous ferez votre propre opinion en allant voit la pièce, extrêmement bien écrite et magistralement interprétée par un excellent trio.