Après le succès énorme rencontré par Rebecca, un musical formidable inspiré du roman célèbre de Daphné du Maurier, le Festival Bruxellons nous propose un deuxième spectacle musical, plus intimiste cette fois avec Goodbye Norma Jeane de Allard Blom et Sam Verhoeven dans une mise en scène de Simon Paco.
Nous sommes en 1984. Henri Mortensen, un jeune journaliste ambitieux, sonne à la porte quelque part en Europe. Une femme de 58 ans ouvre la porte et se présente comme Jane Edwards, mais le jeune homme sait mieux que quiconque : la femme qui se tient devant lui est Norma Jeane Baker. Autrefois célèbre sous le nom de Marilyn Monroe et que le monde ne connaît pas mieux que cela, elle est morte 22 ans plus tôt, le 5 août 1962. Stupéfaite, la femme laisse entrer le jeune homme. Craignant que son secret ne soit connu, elle fait tout ce qu’elle peut pour le convaincre de ne pas publier l’histoire. Elle va accepter de lui parler de cette jeune fille qui a plongé dans un Hollywood plein de mensonges, de tromperies et de paillettes. Elle raconte comment Norma Jeane Baker disparaît lentement et se transforme en Marilyn Monroe: actrice, mannequin et sex-symbol. Marilyn, initialement synonyme de liberté, devient soudainement une prison pour Norma Jeane. Son histoire est celle d’un amour inaccessible, d’une incertitude destructrice et d’un désir éternel.

Marilyn Monroe est morte à l’âge de 36 ans de l’ingestion d’une surdose de barbituriques.
Plusieurs théories du complot suggérant un meurtre ont été proposées depuis le milieu des années 1960. Beaucoup d’entre elles impliquent le président américain John Kennedy et son frère Bob ainsi que le dirigeant syndical Jimmy Hoffa et le chef de la mafia Sam Giancana. En raison de l’apparition de ces théories dans les médias, le bureau du procureur du comté de Los Angeles a réexaminé l’affaire en 1982, mais n’a trouvé aucune preuve et n’a pas été en désaccord avec les conclusions de l’enquête initiale.
Le spectacle surfe en partie sur ces théories et nous propose son explication de la (pseudo) mort de Marilyn Monroe. Que s’est il réellement passé la nuit du 4 aout 1962?
Si l’idée d’une Norma Jean vieillissante qui s’est retirée de la lumière et vit discrètement loin des lumières qui éclairaient avec outrance Marilyn est intéressante mais difficilement crédible, on s’attaque ici à une icône, et toucher à une icône s’avère être un exercice d’équilibre de haut vol.

Et après avoir vécu ce spectacle, j’en ressort avec quelques bémols et un avis assez mitigé.
Les trois comédiens et comédiennes Léovanie Raud, Maud Hanssens et Rémi Palazy font le job avec talent et sont épaulés pour la partie musicale par la pianiste Ilse Stroobant. Ils ne sont absolument pas mis en cause. C’est pour moi le spectacle en lui même qui a du mal à captiver totalement le spectateur, pour deux raisons à mon sens : une partition musicale peu convaincante, et l’impression de voir les personnages de Marilyn et Norma Jean évoluer devant soi « interprétées » par des comédiennes, mais pas de percevoir la réincarnation de Marilyn Monroe la star adulée qui habite nos souvenirs et qui faisait rêver les femmes et fantasmer les hommes du monde entier.
Difficile de faire revivre une icône dont l’image est tellement ancrée dans l’inconscient collectif, c’est une évidence !
Mais revenons quelques instants sur la partie musicale. Ce qui caractérise un spectacle musical c’est la force de sa musique et des chansons dont certaines plus mémorables portent le spectacle comme ce fut d’ailleurs le cas dans Rebecca, mais ici hélas pas de morceau de bravoure ou de titre de haut vol, on a plus l’impression d’assister à une pièce de théâtre mise en musique qu’à une comédie musicale digne de ce nom.
Heureusement on se dit que plusieurs clins d’yeux musicaux au répertoire de Marilyn sont bienvenus, mais dans l’ensemble la bande son est assez timide. Dommage.

Quant à la thèse défendue par la pièce, difficile d’y adhérer quand on connait le tempérament de la star qui était dépressive, écorchée vive, toxicomane et passionnée.
Elle n’aurait jamais accepté, même de force, de se retirer dans l’anonymat le plus total, elle qui rêvait de jouer un jour Shakespeare, de publier de nouvelles photos pour Playboy, et qui a renégocié son contrat avec la Fox et donné des interviews avec Life, Cosmopolitan et Vogue dans les dernières semaines de sa vie pour redorer son image écorchée. Plutôt mourir ! Car même si elle en souffrait, Marilyn aimait la lumière des projecteurs et adorait ressentir l’amour de son public, elle qui sentimentalement dans sa vie privée a été de déconvenues en déconvenues.
Alors suicide? Sans doute. Assassinat politique? Peut être. Mais retraite forcée et tranquille en Europe, on a vraiment difficile à adopter cette hypothèse si on s’intéresse de près à la vie de la star.
Hormis ces petits bémols qui n’engagent que moi, et dont chacun peut bien sûr faire abstraction, le spectacle est agréable et on suit avec plaisir ces deux parties de cinquante et quarante minutes entrecoupées d’un entracte de 20 minutes, durant lequel lors de la première le public a été invité à sortir de la Grange pour raisons techniques.
Goodbye Norma Jean est donc un spectacle de bonne facture, une antithèse totale à Rebecca proposant une formule bien plus intimiste, qui plaira sans doute à une majorité de spectateurs.
Pour ma part j’aurais aimé vibrer plus, et percevoir cette étincelle qui fait d’un bon spectacle un spectacle exceptionnel. Mais la meilleure manière de vous faire votre propre opinion c’est d’aller voir le spectacle et applaudir son excellente distribution, ce qui est certain c’est que vous passerez une excellente soirée.
Et comme a déclaré Jean Cocteau: » la mort de Marilyn devrait servir de terrible leçon à tous ceux dont l’occupation principale consiste à espionner et à tourmenter les stars de cinéma. »
Jean-Pierre Vanderlinden
15 représentations à partir du 24/08/205
Festival Bruxellons ! https://www.bruxellons.be/XXSpectacle.php?spectacle=410
