Ce mercredi 29 janvier Le Cirque des Mirages se produisait dans le formidable cadre de La Templerie des Hiboux, l’antre de Barnabé De Keyser située à Temploux. Avec une affiche de cette qualité il n’a pas fallu longtemps pour que le concert, affiche complet, la réputation du duo français n’étant plus à faire.
Sans cesse créatifs, Fred Parker ( Frédéric Aliotti à la ville) et son comparse Yanowski ( Yann Girard) tissent les mailles d’un répertoire poétique et inquiétant qui touche l’auditeur en plein coeur. Impossible de ne pas être happé par cet univers tragico-burlesque qui fait appel à tous vos sens.
Pensez donc… Il est 20h00 et la pénombre se fait dans la salle.
Parker s’installe au piano, et lentement Yanowski s’avance vers le micro.. A deux ils ouvrent La Boîte de Pandore, du nom de leur dernier album, et c’est parti pour nonante minutes d’un voyage dans les profondeurs de nos âmes.
» Comment ?
On nous dit que quelqu’un a tenté d’ouvrir la Boîte de Pandore !
Pauvres insensés !
Vous savez ce que cela veut dire ?
Vous n’avez pas la moindre idée des merveilles que nous encourons ! «
D’emblée le duo crée le silence dans l’auditoire.
Performer né, Yanowski déploie son immense carcasse avec la précision d’une horloge suisse. Chaque expression, chaque geste témoigne d’une sensibilité à fleur de peau et touche là où il faut.
On pense au grand Jacques, au Maître de cérémonie d’un cabaret berlinois, à l’univers de Tim Burton, on est transporté dans un monde magique, parfois cruel, souvent cynique, sorte de miroir nous révélant nos rêves, nos angoisses et nos espoirs.
On n’en sort pas indemne.
Véritable mime chantant, jouant avec nos humeurs comme un chat avec une souris, le grand Yann se pose en Monsieur Loyal, terriblement humain aux frontières de la transe, qui nous cracherait nos reflets déformés en plein visage. Lyrique, théâtral, habile à explorer les tréfonds de l’âme humaine, ce magicien du verbe autopsie nos vies sous le regard complice et les notes virevoltantes de son alter ego pianiste Fred Parker.
Tant Yanowski est immense (il ne doit pas être loin de mesurer 2 mètres), tant Parker est petit par la taille mais grand par le talent. Ses mélodies belles et inquiétantes servent de décor et de faire valoir aux textes de son partenaire.
Oui ces deux là ont du génie.
Quelques draps sombres en toile de fond, un éclairage subtil composé de quelques rares lumières blanches et rouges suffit à nous faire rêver. Le Cirque des Mirages nous invite à un voyage dans leurs plus grands succès, à la fois insolents, débridés, poétiques et fantastiques. Que les âmes sensibles s’abstiennent !
Nous sommes conviés à rentrer dans le salon de la vieille baronne à 4h du matin avec L’Ecrivain, J’ai un trou dans la tête éructe Yanowski, avant de nous convier à une Vente aux Enchères macabre et surprenante. Ensuite il s’assied dans son fauteuil et lit Les Petites Annonces. Le Vatican est en pénurie d’eau bénite ! Qu’importe, la solution est La Femme Fontaine, et là Le Cirque des Mirages tape fort dans le non politiquement correct et ça fait un bien fou !
La poésie de l’amour nous happe ensuite avecJe Veux te Dire, avant que Yanowski ne rejoigne le piano et que Parker incarne en front de scène Nestor la marionnetteinquiétante, S’ensuitLe Match de Boxeavant que les deux hommes nous content La Véritable Histoire du Christianisme, conte blasphématoire et jouissif qui emportera la salle.
On rit franchement, on angoisse, on a peur, on soupire de bonheur, on écarquille les yeux… on vit !
Il est alors temps de refermer La Boîte de Pandore.
Mais le public en veut plus et les deux hommes revienne pour un ultime titre.
« Celle la c’est pour que vous l’emportiez avec vous, car nous comprîmes que l’amour était une valse, une valse de vie et de mort »
Et ils nous livrent L’Amour à Mort en guise d’au revoir.
« C’est l’amour qui vous rentre au coeur
Mais c’est la mort qui, chante encore
Et qui chante à crever bien que tout soit passé
Comme un long rêve qui vous mord
Et lorsque l’amour se taille
Comme d’un feu de paille
C’est le coeur qui défaille
Si bien qu’on ne sait plus
Si c’est l’amour qui meurt
Ou bien la mort qui tue »
(L’amour à mort)
Après un dernier salut et une standing ovation bien méritée, Parker et Yanowski prennent congé dans la pénombre, avec simplicité, comme ils sont venus.
Il nous faut alors quelques minutes pour émerger de ce cirque et n’en garder que les mirages…
Nous venons de vivre un moment magnifique.
Jean-Pierre Vanderlinden / Photos Fabian Braeckman
(Bientôt dans nos colonnes une interview filmée exclusive du Cirque des Mirages)




















































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