Le Theatre de la Toison d’Or nous propose actuellement une pièce étonnante, Mrs Jenkins et son pianiste. Avec Julie Duroisin dans le rôle de la célèbre cantatrice Florence Foster Jenkins et Achille Ridolfi qui incarne son fidèle pianiste, le spectacle réussit à captiver le public tout en rendant hommage à une figure emblématique, étonnante et atypique de la musique.
Le pianiste Cosme Mac Moon (Achille Ridolfi) raconte le destin aussi strident qu’étonnant de Florence Foster Jenkins (Julie Duroisin), riche héritière américaine devenue célèbre en s’improvisant soprano colorature et en… massacrant les airs les plus célèbres du répertoire classique. Entre ses approximations mélodiques et ses costumes déconseillés aux épileptiques, on dira pudiquement qu’on a achevé des chevaux pour moins que ça… ( source TTO)

Dès les premières notes, on est immédiatement transporté dans l’ambiance des années 1940. La mise en scène est soignée, avec des décors qui évoquent à la fois le glamour et l’absurde de la vie de Jenkins. Julie Duroisin incarne avec brio cette femme au caractère flamboyant, oscillant entre naïveté aveugle et détermination sans faille. Son interprétation est à la fois touchante et hilarante, réussissant à faire ressentir toute la passion de Jenkins pour la musique, malgré son manque criant de talent vocal. Julie ne joue pas Mrs Jenkins elle l’habite totalement modifiant son apparence physique et les intonations de sa voix avec une précision de jeu déconcertante.
En face d’elle son pianiste, Cosme Mc Moon, qu’Achille Ridolfi incarne avec un immense talent, si bien que la complicité qui s’installe entre la cantatrice et son faire valoir se ressent également entre les deux comédiens réellement en symbiose totale, et par là même éblouissants.
La scénographie signée du créatif Emmanuel Dell’Erba ajoute un plus indéniable à la structure d’une pièce magnifiquement écrite de bout en bout. La lumière très à propos est d’Alain Collet, les superbes vidéos d’Allan Beurmset il faut souligner l’incroyable coaching vocal de Daphné D’Heursur la voix de Julie Duroisin qui est disons le une fois encore éblouissante dans ce rôle.

Le jeu de pianiste de Ridolfi est à la fois technique et expressif, et le comédien parvient à transmettre les émotions complexes que suscite la musique de Jenkins. Leur duo est un véritable régal, oscillant entre complicité et tension, et le public ne peut s’empêcher de rire des situations cocasses qui en découlent.
Le texte, à la fois léger et profond, aborde des thèmes universels tels que la quête de reconnaissance, le rêve et la réalité. Sur ce plan la pièce ne se contente pas de faire rire, elle invite également à réfléchir sur la nature de l’art et sur ce qui pousse une personne à se produire sur scène, malgré les critiques.
La dynamique entre les deux personnages met en lumière les sacrifices et les défis que l’on doit surmonter pour poursuivre ses passions. Aucun temps mort ne vient ternir ce spectacle formidable magistralement interprété.

Le Théâtre de la Toison d’Or nous offre ici un moment de pur divertissement, extrêmement bien écrit, mais qui d’autre part nous émeut aux larmes dans sa conclusion touchante tout en nous poussant à réfléchir sur la beauté de la passion artistique, quelle qu’elle soit. Il suffit de regarder les yeux réellement embués de l’arme d’Achille Ridolfi dans la scène finale pour comprendre à quel point il est habité par son personnage.
Alors surtout n’ayez aucuns préjugés ! Non il ne s’agit pas d’un récital estropié par une cantatrice qui chante faux, non ce n’est pas une pantalonnade musicale facile, Mrs Jenkins et son pianiste est une formidable pépite folle et touchante, une belle réussite qu’il faut absolument courir applaudir.
La première s’est d’ailleurs terminée par une standing ovation, c’est tout dire !
Jean-Pierre Vanderlinden
