Une affiche pour un événement, c’est censé être convivial et fédérateur. Mais, régulièrement, il arrive qu’un visuel défraye la chronique et fasse pire que mieux. Le 9 novembre 2024, de 10h à 17h, un nouveau salon du livre naîtra à Nézignan-L’Évêque. Un petit événement local qui convie les « amoureux des mots, petits et grands ». L’occasion d’échanger mais aussi de découvrir de nouveaux mondes. Certains qu’on préférerait pourtant éviter quand on veut soutenir le monde artistique. Si des auteurs de BD sont invités comme Curd Ridel, Eric Hubsch et Claude Pelet, l’affiche – et c’est là que le bât blesse une profession qui n’a pas besoin de ça pour s’inquiéter de son avenir – a été réalisée par une intelligence artificielle.

Encastré sur une photo d’un paysage typique de la petite commune de Nézignan-L’Évêque (en Occitanie, à 20km de Béziers et un peu moins de la mer Méditerranée), le dessin choisi laisse en effet dubitatif. Une grand-mère fait la lecture à ses petits-enfants, le chat se repose, l’ambiance est chaleureuse et glaciale à la fois. En effet, on reconnaît (en espérant que ce soit toujours le cas) entre mille un visuel créé par une main humaine ou par un algorithme, comme c’est le cas ici. Les proportions sont douteuses, les ombres complètement nawak, le regard de la petite fille rousse, au centre, complètement désorbité; sans parler des pieds de ce qui semble être son petit-frère (aux cheveux gris) qui sont tout sauf terriens. En fait, aucun des quatre humains présents dans cette maison ne semble bien formé, c’est Tchernobyl! Le chat lui semble être pris dans un livre comme dans un sable mouvant, sa patte disparaissant dans la couverture. Naturellement, n’oublions pas la thématique phare de cet événement: les livres, sans doute en français ou pourquoi pas en occitan. Ils ne sont pas oubliés, il y en a plein sur cette affiche… dans un langage totalement loufoque, commençant en français et finissant en runes. Dans le fond, tout flou (mais mal floutu), un homme dont on ne sait pas s’il nous tourne le dos – par ses bras – ou nous fait face – par le placement de sa tête.
Vu comme ça, si cette affiche est à la hauteur du talent de ses guests, ça ne donne pas envie. Bien sûr, ce ne sera pas le cas mais, en attendant, c’est toute une profession (dont des grands noms) qui prend ombrage de cette œuvre bâclée et n’hésite pas à le faire savoir. De manière cash ou détournée. « Est-ce que parmi les 26 auteurs vous avez prévu des intelligences artificielles ? Perso je me déplace pas pour de vulgaires humains…« , demande un gagman de BD. « C’est bon, on sert vraiment plus à rien.« , se dépite un autre. « Une honte !!! Comment une personne a pu se dire c’est une bonne idée.« , jure un troisième. Puis: « D’ailleurs, c’est quoi le message de l’affiche ? » « On n’a pas besoin d’auteurs pour faire la promo de notre salon du livre?« , « Honteux de promouvoir un art avec du non-art » ou encore « Quels sont les horaires de dédicaces de l’auteur de l’affiche ? J’ai mon fils Casio qui est fan ! » Allez, une dernière pour la route. « Le chat fait un AVC, je crois.«
Bref, bad buzz et mauvaise publicité. Le post initial, pris d’assaut par des créateurs mécontents, a d’ailleurs été modéré et supprimé. Comment ce visuel a-t-il pu passer sans alerter l’équipe de ce salon? À la rigueur, on peut quand même en faire un poster pour rechercher les plus que 7 erreurs.
