Des Estivantes de Gorki, mise en scène par Georges Lini, une bouffonnerie tragique et grinçante jusqu’à l’explosion finale !

« Des Estivantes » est une pièce de théâtre écrite par Maxime Gorky en 1904. Elle traite des aspirations et des désillusions de ses personnages, principalement des femmes, qui passent leurs vacances d’été en bord de mer, et le soir c’est auberge espagnole dans une très belle maison de campagne. La mise en scène de Georges Lini apporte une dimension contemporaine à ce classique, en mettant l’accent sur les thèmes universels de la quête d’identité et de sens à travers les relations humaines.

Les personnages féminins, en quête d’indépendance et d’épanouissement personnel, se heurtent aux conventions sociales et aux attentes patriarcales de leur époque. La pièce est un miroir des aspirations et des désillusions des femmes face à un monde souvent oppressant. 

La direction de Lini met en lumière la modernité de cette œuvre classique, permettant à chaque génération de s’y identifier et d’en tirer des enseignements sur la condition humaine et les complexités des relations interpersonnelles.

Dans ces échanges entre jeunes et moins jeunes, une voix, celle de Varvara s’élève au dessus des autres car empêtrée dans un mariage qui bat de l’aile elle veut se libérer de ses chaînes. Elle en a marre de cette société régie la plupart du temps par les hommes, elle étouffe ! Et petit à petit sa révolte fait tache d’huile, et d’autres langues se délient et à ses côtés elle trouve Maria Kaléria, Loulia.  La pièce s’emballe et les joutes verbales sont légion. On assiste peut être là dans ce microcosme à la naissance d’un nouveau monde…

Après Ivanov, Des Estivantes est le second volet du diptyque consacré par Georges Lini aux auteurs russes. Pourtant dans son adaptation, Lini a volontairement gommé les références propres à la Russie dans le texte, afin de rendre le propos universel.

Même si la situation est tragique on rit beaucoup des situations des personnages et de leurs paradoxes. Chacun parle et personne ne s’écoute, jusqu’à l’excès.

Sur scène, on retrouve quatorze comédiennes et comédiens, des jeunes et des moins jeunes, tous ayant une « histoire artistique » avec le metteur en scène, d’anciens élèves comme de fidèles camarades de théâtre.

Le casting est brillant et chacun(e-) s’acquitte de son rôle avec beaucoup de talent.

On y reconnait l’excellente France Bastoen ( Marie), Mélissa Diara ( Sonia), Marie du bled (Olga), Elfée Dursen ( Kaléria), l’impeccable Stephane Fenocci (Bassov), la jolie et talentueuse Léone François ( Varvara), un Vincent Lécuyer exceptionnel dans le rôle de Chalimov, Jérémy Lamblot (Zamyslov), Leopold Terlinden (Rioumine), un formidable Luc Van Grunderbeeck ( Deuxpoints), Marie Van Puyvelde ( Loulia), Felix Vanoorenberghe (Vlas) , Mehdi Zekhnini ( Souslov) et un grand coup de chapeau à François Sauveur (Doudakov), qui livret à la main remplace au pied levé un Thierry Janssen souffrant à qui on souhaite un prompt rétablissement.

Liés par une amitié de façade tous ces personnages vont s’entredéchirer jusqu’au point de rupture. Mais dans la mise en scène de Georges Lini lorsque la tension devient très lourde, survient un basculement vers un côté presque vaudevillesque salvateur et totalement irrésistible.

Des estivantes est incontestablement une belle réussite, une confrontation forte et intelligente entre des personnages au bord du gouffre dans un déferlement de cruauté , d’échanges verbaux piquants, d’éclats de voix et d’exaltation.

Le tout pourtant avec une certaine humanité, et une belle déclaration d’amour au théâtre.

Courez-y !

Jean-Pierre Vanderlinden

 

des estivantes

texte Maxime Gorki
traduction André Markowicz
adaptation Georges Lini

jeu France Bastoen (Maria), Mélissa Diarra (Sonia), Marie du Bled (Olga), Elfée Dursen (Kaléria), Stéphane Fenocchi (Bassov), Léone François (Varvara), Thierry Janssen (Doudakov), Jérémy Lamblot (Zamyslov), Vincent Lécuyer (Chalimov), Léopold Terlinden (Rioumine), Luc Van Grunderbeeck (Deuxpoints), Marie Van Puyvelde (Ioulia), Félix Vannoorenberghe (Vlas), Medhi Zek

scénographie & costumes Thibaut De Coster & Charly Kleinermann
création lumières Jérôme Dejean
composition musicale Pierre Constant & François Sauveur
chorégraphie Emmanuelle Lamberts
œil extérieur Nargis Benamor
régie plateau Marc Grandmougin
régie lumière et son Candice Hansel
assistanat à la mise en scène Sébastien Fernandez
mise en scène Georges Lini


UN SPECTACLE de la Cie BELLE DE NUIT

COPRODUCTION Cie Belle de Nuit, Le Vilar, Théâtre des Martyrs, DC&J Création.

 

 

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