Salon de beauté: le merveilleux Quentin Zuttion comme un poisson dans le poison de l’amour, face à la dernière transformation des travestis

© Zuttion chez Dupuis

« Une sensibilité créative et nourrissante ». C’est ainsi que j’avais découvert, bouche bée, yeux grand écarquillés, le travail de Quentin Zuttion dans Toutes les princesses meurent après minuit. Entre le drame réel et la fantaisie poétique qui libère les voies respiratoires, l’auteur adapte cette fois le roman de Mario Bellatin. Au pays des hommes sirènes, on meurt aussi, mais pourvu qu’il y ait de l’amour, de la passion et de la compassion. Salon de beauté à toute épreuve, du temps et du virus.

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Résumé de Salon de beauté par Dupuis : Les journées de Jeshua, jeune propriétaire d’un salon de beauté, sont rythmées par les soins apportés à ses clientes. Coiffure, maquillage, manucure… Il prodigue attention et conseils avec douceur et bienveillance. La nuit venue, c’est sur lui-même qu’il joue de sa magie. Travesti, il défile avec ses amis sur les trottoirs ou dans les bains publics. L’arrivée d’une épidémie dévastatrice va bouleverser ce quotidien tranquille. Jeshua va prendre la dure décision de transformer son salon de beauté en refuge pour malades et devenir le témoin silencieux de la violence sociale et des progrès inéluctables de la maladie.

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C’est quoi être beau? C’est quoi mourir? Être beau et en voie de disparition, est-ce vraiment incompatible? Dans les pièces froides, les croque-morts tentent de donner un supplément de vie aux défunts pour que les proches gardent une belle image de ceux qui partent. Dans son salon de beauté, maquillage et peaux écaillées, Jeshua est apprécié, il fait un travail d’orfèvre. Chez Beauty Fish!, au milieu des poissons, dans une bulle, on prend du temps pour soi. Pour être soi-même ou être un autre à la fois.

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L’institut s’est imposé comme QG des travestis en tout genre, des gays, de la liberté de porter n’importe quelle perruque, n’importe quel bijou et n’importe quel habit pourvu qu’il mette des étoiles dans les yeux. Mais, un mal sournois ronge cette communauté, une maladie qui transforme ses proies en poissons, jusqu’à l’étouffement. Conscient que son aquarium est bien plus accueillant et compréhensif que le monde extérieur, Jeshua le transforme en hôpital de fortune, là où ses pinceaux sont palliatifs, salvateurs même si l’issue sera fatale plus tôt que tard. Ensemble, avec des couleurs, des étoffes, des chansons (Tainted Love et Le monde est stone, de grands moments dans cet album!), ce petit peuple exulte et vit comme jamais, pour que ce dernier show soit marquant et que la sortie n’en soit que plus belle.

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Je ne connais pas le roman original du Mexicain Mario Bellatin (finaliste du prix Médicis étranger en 2000) mais j’ai été une nouvelle fois complètement conquis par le travail de Quentin Zuttion. Dans ce récit, de petites touches en grandes touches, en océans de couleurs, l’auteur voyage entre le jour et le monde de la nuit, l’obscurité et la lumière. Les mots sont discrets et le dessin tellement expressif, sincère, vibrant et vivant. Il y a de la place pour toutes les émotions, tous les stades de la maladie. Son nom est tu mais tout le monde saura de quoi il s’agit mais ça permet aux fascinants mystère et symbolisme de cet album de se déployer. Avec beaucoup de grâce, de respect. On peut mourir d’avoir et d’être aimé, d’échanger des fluides irrésistiblement aimantés, quelle injustice! Mais Quentin Zuttion contrecarre l’oubli et la solitude auxquels la maladie voulait condamner ces hommes. Ils sont inoubliables, sublimés dans ce livre impressionnant, au milieu des poissons, au-delà du poison. Tout coule ici merveilleusement de source, avec des sensations choc et des images fortes.

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À lire chez Dupuis.

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