Testosterror de Luz joue les rétroactes parodiques du Covid : le mâle-être, coup pour couille

© Luz chez Albin Michel

Après avoir adapté le Vernon Subutex de Virginie Despentes, Luz revient avec une création personnelle largement inspirée par notre société déglinguée et confinée lors de l’épidémie de Covid. Sauf que le virus que met sur orbite Luz ne s’attaque pas aux voies respiratoires, n’envoie pas forcément aux soins intensifs… sauf peut-être ceux, psychologiques de l’ego masculin. En effet, l’épidémie imaginée par Luz tape en dessous de la ceinture, au niveau des couilles et de la testostérone qui fond comme neige au soleil.

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Résumé de Testosterror par Albin Michel : Un virus fait chuter le taux de testostérone des hommes… et se répand sur la planète ! Jean-Patrick, concessionnaire automobile dans la zone d’activité commerciale de Saint-Pierre-Le-Caillou, panique et tente de se réfugier au sein de la secte masculiniste dirigée par Jo, son coach sportif. Contaminé par le virus, Jean-Pat voit sa vision du monde changer… Mais alors qu’il se détache du mouvement viriliste, son fils s’y engouffre. Notre héros parviendra-t-il à sauver son enfant des griffes d’un gourou macho? Privée de testostérone, l’humanité sombrera-t-elle dans le chaos? Quel secret la part de féminité de Jean-Pat renferme-t-elle? Et si la vérité résidait dans les yeux de Champion, son irrésistible chien priapique?

© Luz chez Albin Michel
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Il a des allures de Sperman sur la couverture mais détrompez-vous, Jean-Pat’ n’est plus que l’ombre de lui-même. À partir de l’âge de ses 30 ans, un homme perd en moyenne 1% de testostérone par an. Plic ploc, plic ploc. Même chez Rambo ou Ethan Hunt, qui peuvent diminuer l’effet ce que certains voient comme une perte de « masculinité » en s’entretenant. Mais, chez Jean-Patrick, concessionnaire automobile un peu beauf et qui ne fait pas vraiment d’efforts pour se prendre en main. Ni pour se racheter une conduite par rapport à la gent féminine. L’égalité des sexes, n’est pas vraiment un concept en lequel il croit. Mais, peut-être, Méca, nouvelle recrue de son garage, va-t-il lui ouvrir les yeux et huiler un peu les rouages de son humanité? Pas sûr.

En prenant ce gros con comme héros et en en faisant une victime sévère du Rubula-12, Luz met à profit son sens de l’observation acide et psychédélique qui a fait sa gloire. Durant cent jours et 300 pages d’un roman graphique (im)puissant, Luz crée le gouffre sous les pieds et la queue de son personnage. C’est parti pour une descente aux enfers savonnée par les mythes virils dont Jean-Patrick pensait tirer sa force mais qui en réalité l’avilissait. Un petit souci dans le calbute et il est tout perdu. Mais ce qu’il perd en-dessous, il le gagne aux tétons. Serait-il en train de devenir une goumiche? Et encore, la pharmacienne avec laquelle il trompe de temps à autre sa femme, elle a des pectos à la place des seins!

© Luz chez Albin Michel
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Car Luz a eu la bonne idée de confronter son anti-héros en perte de vitesse au monde des culturistes et autres bodybuilders qui trouvent dans ce virus l’occasion de convertir une foule toujours plus immense, en quête de sueur et de muscles à défaut d’une poutre dans le caleçon. Outre Meca, Jo le gourou, il y a aussi Champion le roquet monté comme un cheval. Puis, il y a Jean-Claude, le fiston entraîné sur la pente des mâles en puissance par son père mais qui aimerait bien lui confier son secret… avant de se faire totalement laver le cerveau. Ces pôles ne sont pas bons pour l’équilibre mental de Jean-Pat.

Du flashforward inaugural à la conclusion pas si happy end, Luz nous entraîne dans un trip halluciné et caustique, plein de rebondissements et d’inserts façon interrogatoire policier, avec du foutage de gueule et l’incertitude totale sur la destination de ce récit fou. Aussi fou que nous, notre XXIe siècle et nos sociétés. Car si l’on aurait pu espérer après l’épidémie de Covid-19 que nos politiques, nos médias, nos services de sécurité, entre autres, face leur autocritique et leur examen de conscience, force est de constater que rien n’y a fait, on continue de foncer vers le prochain buzz qui va nous tenir en haleine le plus longtemps possible. Avec ce retour en arrière galvanisé et grossissant le trait, mais en étant aussi juste que décérébré, Luz nous permet les rétroactes, de revisiter une époque totalement folle dans laquelle l’avis de tout le monde a compté, quand les insignifiants ont trouvé une (bonne ou mauvaise) façon d’exister et quand les plus folles théories ont été véhiculées, tout comme les remèdes. Ici, petit conseil aux hommes qui nous lisent: faites votre stock d’avocats.

© Luz chez Albin Michel
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Dans ce roman graphique pétillant et furieux, Luz ravage tout sur son passage et ravale les façades, passant par le drame personnel, le drame social puis le grand spectacle plein d’action et de combats entre le bien et le mal. Jean-Pat est-il un super-héros qui s’ignore. Sacré pavé, addictif et lu d’un jet.

À lire chez Albin Michel.

Preview :

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