Pour la période des fêtes de fin d’année et jusque fin janvier Le Théâtre Le Public nous propose L’Avare de Molière, un classique parmi les classiques qui fait toujours recette et continue de passionner les foules à juste titre.

L’argent est un tyran. Amasser éperdument une fortune qui n’est jamais assez colossale. Tout placer, à l’abri des regards, au secret. Ne rien partager… Pour Harpagon posséder est la valeur suprême. C’est Dieu.
Cette passion dévorante, aveuglante, l’amène à tyranniser tout son entourage. Malgré son immense fortune, il oblige sa maisonnée à vivre dans le dénuement, il maltraite ses enfants, frappe ses valets, affame ses chevaux, soupçonne tout le monde. Cette adoration mystique corrompt tout. Pour survivre, ses proches sont réduits à la ruse, au cynisme et aux combines. Et lorsqu’on lui dérobe sa cassette, il est anéanti. ( source: Théâtre Le Public)
C’est dans la grande salle du Théâtre Le Public que se joue L’Avare, et au vu des spectateurs nombreux qui se pressent devant les trois salles du théâtre bruxellois on se dit que les gens n’hésitent plus à se déplacer pour aller au spectacle, et ça, ça fait plaisir.

Personnellement je suis un grand admirateur de Molière, au point de l’avoir immortalisé sur mon épaule droite. Je ne rate donc jamais l’occasion de me délecter de son écriture géniale. Il fallait donc absolument que j’assiste à cette adaptation qui s’annonçait prometteuse.
Au fil du temps L’Avare n’a rien perdu de sa puissance et la pièce reste d’une grande actualité comme d’ailleurs toutes les oeuvres de Molière qui traitent de thèmes intemporels comme l’infidélité, la trahison, le mensonge, le mépris, le blasphème, la séduction, l’amour ou le ridicule.

On retrouve aussi chez le grand Jean-Baptiste Poquelin les divers genres de comique : le verbal, le gestuel et le visuel ainsi que le comique de situation, tous utilisés dans des genres de comédie qui vont de la farce à la comédie de caractère. L’auteur met le doigt sur les imperfections et les dérives du genre humain et appuie là où ça fait mal, son but étant de corriger les moeurs de son époque par le rire.
Mais revenons en à L’Avare, comédie en prose inspirée de l’Aulularia de Plaute dont Molière a conservé l’essentiel de l’intrigue, et qui fut jouée pour la première fois au Théâtre du Palais-Royal à Paris le 9 septembre 1668.
La version que nous propose Le Théâtre Le Public s’inscrit dans la légèreté et la bonne humeur et est mise en scène par un très bon Michel Kacenelenbogen qui joue Harpagon et prend parfois quelques libertés avec le texte original n’hésitant pas dans l’une ou l’autre situation à interpeller le public. Effet comique garanti et apprécié.

Autour de lui des comédiens confirmés comme l’excellent Didier Colfs ( La Flèche) et l’incomparable Itsik Elbaz (Seigneur Anselme) dont l’entrée sur scène vaut son pesant d’or.
Mais aussi Wendy Piette (Marianne) , Nicole Oliver (Frosine) Frédéric Nyssen (Maître Jacques), Baptiste Blampain (Cléante), Réal Siellez (Le commissaire et La Merluche), Jérémy Bouly (Maître Simon et Brindavoine), Jonas Claessens (Valère), et la jeune et très convaincante Salomé Crickx (Elise), dont la fraîcheur du jeu et le charme naturel font merveille.

Toute la distribution des comédiens donne à cette adaptation de L’Avare une très belle vigueur théâtrale, dans une scénographie inventive et originale de Renata Gorka rehaussée des magnifiques costumes signés Chandra Vellut et mis en lumière par Laurent Kaye sur une musique de Pascal Charpentier.
Courrez voir L’Avare au Théâtre Le Public, le spectacle en vaut grandement la peine, et puis le thème en reste tellement contemporain. Car le vrai personnage principal de la pièce, celui qui génère toutes les passions et les déviances, c’est l’argent qui est un facteur qui divise la famille. Harpagon l’aime par-dessus tout et bien plus que ses propres enfants d’ailleurs.

L’argent depuis toujours gouverne les actions des hommes, leur fait perdre la tête, les rend cruels, impitoyables et même idiots.
En ce sens Molière avait déjà tout compris et reste un précurseur d’une clairvoyance absolue.
Jean-Pierre Vanderlinden
