Jonathan Munoz, Dieu et diable à la fois pour tailler des costumes à qui de droit

Un léger bruit dans le moteur nous avait fait dire que Jonathan Munoz avait plus d’un grain malsain dans la caboche mais que le sale gamin avait les moyens d’en faire du bel art. Six ans après ce premier album qui faisait date, Jonathan Munoz confirme une nouvelle fois tout le mal qu’on pense de lui en bien et revient à la charge, cynique et noir d’humour, avec deux albums : Godman et Mauvaise Mine, l’un des fers de lance de la collection GlénAAARG ! (née des cendres de la revue Aaarg). Ça fait tache mais ça fait tellement du bien.

© Jonathan Munoz chez Glénat

Godman : notre jeune pair qui est odieux

Résumé de l’éditeur : Charles est fainéant, libidineux, nonchalant, alcoolique, égocentrique et accessoirement Dieu. Ceci est son histoire. Dieu est un adolescent pas comme les autres et dont le statut l’encombre plus qu’autre chose. La convoitise qu’il suscite aboutit à l’enlèvement d’une fillette que des malfrats ont pris pour sa propre enfant. Démarre alors une course contre la montre pour sauver l’enfant.

© Munoz/Morse chez Fluide Glacial

 

Il y avait Superman, Spiderman, Batman et tant d’autres, à n’en plus finir, héros en -man. Quoi de plus normal… euh… norman quand on sait que Dieu a créé le super-homme à son image. Non pas qu’il s’appelle Stan Lee mais Godman et que lui aussi a des super-pouvoirs assez imparables qui le feraient régner sans partage au-dessus de la métropole américaine où ils semblent avoir élu domicile, lui et son acné. Éh oui, Godman, il a l’allure d’un ado, avec ses cheveux roux qui le feraient presque passer pour un frère Weasley. Peut-être est-ce pour cela qu’il est magique. Teigneux, aussi.

© Munoz/Morse chez Fluide Glacial

Car, rebelle comme peuvent l’être les gamins de son âge (mais il a quel âge, en fait ?), Charles ne se prive pas de faire les 400 coups et même plus. Une attitude de petite frappe qui cache un terrible malaise : aussi égocentré soit-il, notre petit Dieu ne supporte plus d’être suivi partout par une presse en manque de sensations et d’être adulé par une horde de fans qui mouille leur culotte à chacune de ses apparitions. Ni dieu ni maître, ce n’est pas pour eux, ils sont ses groupies très encombrants et aveuglés. Et s’il a beau se cacher, il ne sait plus à quel saint se vouer, le comble. Ce qui lui vaut aussi une sacrée crise de foi… en l’homme, lui qui ne pensait ne croire qu’en lui.

© Munoz/Morse chez Fluide Glacial

Qu’il est difficile de vivre au milieu de moutons qui vous prennent pour leur berger. Remarquez, il ne peut pas leur en vouloir à l’heure de l’abrutissement par les écrans et les caméras sélectives, mais c’est triste quand même. Le voilà pris à son propre jeu, à son piège. Et chaque jour qu’IL fait, c’est pire encore. Sans Jésus miraculeux dans les parages, Godman a envie de multiplier les pains… dans la gueule de ce monde qui ne laisse étrangement pas une seule minute seul mais le renvoie à l’ultra-moderne solitude la plus minante. Jusqu’à ce qu’une petite fille lui redonne le goût de la vie dans l’enfer terrestre… avant que celle-ci soit enlevée par des malfrats sans scrupule.

© Munoz/Morse chez Fluide Glacial

Avec un pitch de départ comme celui-là, on pouvait s’attendre à du déjà-vu. C’est vrai, plus que du Bruce tout-puissant, il y a un peu de l’excellent JC comme Jésus Christ de Jonathan Zaccai (injustement qualifié de Navet) ou même du Tout nouveau testament de Jaco Van Dormael. Il y a surtout beaucoup de Jonathan Munoz qui prouve une fois de plus son talent et qu’aucun sujet, même casse-gueule, ne lui résiste. Ainsi, dans cette oeuvre qui est sans doute sa plus tout public, l’auteur du dessein gagne en couleurs, grâce à Rebecca Morse, et signe un album plein alignant les gags mais réussissant à tenir la longueur dans un récit inattendu, empli de thèmes modernes abordés sans les clichés attendus. Lecteur, amen ta pomme, c’est divinement bien vu et Jonathan Munoz finit de nous endoctriner à sa religion… de la déconnade universelle.

© Munoz/Morse chez Fluide Glacial

Série : Godman

Tome : 1 – Au nom du moi

Scénario et dessin  : Jonathan Munoz (Page Fb)

Couleurs : Rebecca Morse

Genre: Fantastique, Humour, Thriller

Éditeur: Fluide Glacial

Nbre de pages: 48

Prix: 14,50€

Date de sortie: le 11/04/2018

Mauvaises mines : après Dieu, le Saint esprit… mal tourné

© Jonathan Munoz chez Glénat

Résumé de l’éditeur : Le directeur des éditions Couicoui devrait être content : le nouvel album des aventures de Pin-Pin le petit lapin, fleuron de son catalogue jeunesse, se vend comme des petits pains. Problème, celui-ci n’a visiblement pas été relu… Certaines de ses répliques semblent être destinées à un public plus adulte. Beaucoup plus adulte. Pour éviter le scandale éditorial du siècle, notre éditeur et son assistant vont devoir se mettre en quête des exemplaires imprimés pour les faire disparaître définitivement. Sauf que pendant ce temps, l’auteur, lui, travaille déjà sur son prochain ouvrage. Et il compte bien aller encore plus loin…

© Jonathan Munoz chez Glénat

Après Le Dessein, Jonathan Munoz continue de scruter le monde éditorial de la pointe de son crayon sans concession, et conférant au sadisme, pour livrer une nouvelle oeuvre hybride compilant des dessins noirs mais liés par un fil rouge qui fait le bond entre les styles graphiques. L’auteur semble apprécier cet exercice et le fait sentir. C’est ainsi que dans un monde qui fait les choses à la va-vite et les juge aussi vite (on ne va pas vous faire l’affront de vous recensez les différents cas qui ont peuplé l’actualité ces derniers temps, enflammant autant qu’enfumant les réseaux sociaux, hein, les pipelettes?), les éditions Cuicui ont peut-être signé leur arrêt de mort en faisant trop confiance à leur auteur phare… qui semble pourtant avoir grillé quelques ampoules dernièrement !

© Jonathan Munoz chez Glénat
© Jonathan Munoz chez Glénat

C’est ainsi que le monde de Pin-Pin, le lapin pas crétin mais complètement naïf, s’est transformé en monstre vicelard et dépassant l’entendement des pauvres petits lecteurs en herbe sortis brutalement de leur insouciance. Le livre n’a pas été relu et c’est par milliers d’exemplaires que la farce nauséabonde s’est répandue dans les étals des librairies. Sale affaire, la police est au siège de Cuicuin et son directeur, suivi de ce cher Dugain, n’a d’autre choix que de fuir et d’embarquer pour une cavale meurtrière pendant que défilent, en interlude, les dessins inavoués (en réalité, dessinés par Jonathan Munoz depuis quatre ans) d’un auteur qui ne voulait pas faire du Pin-pin toute sa vie.

© Jonathan Munoz chez Glénat
© Jonathan Munoz chez Glénat

Trash Art-book, Mauvaises mines revient à la veine noire, très noire, que Jonathan Munoz avait délaissée pour Godman. C’est un flot de dessins crasses et politiquement très incorrects, que ce marionnettiste du cauchemar déverse dans les 92 pages que compte ce bouquin qui sert de vitrine (aux côtés du maître Fabcaro) à la nouvelle collection de Glénat, sobrement intitulée Glénaaarg.

© Jonathan Munoz chez Glénat

Munoz n’a pas eu peur de s’y frotter et de piquer aux yeux puisqu’il rencontre totalement ce que l’on est en droit d’attendre d’une telle collection. La magie (forcément noire) opère à chaque page, thésaurisant des scènes du quotidien décalées et transformées par l’immonde (la cuisine à l’heil Hitler), mettant en scène des héros (ou des monstres) de la culture populaire pas forcément dans leur état habituel (un loup-garou déboussolé ou un Bunny man qui louche) ou encore quelques épisodes de « vis ma vie de… robot ».

© Jonathan Munoz chez Glénat
© Jonathan Munoz chez Glénat

Des dessins pour rire, s’émouvoir et avoir peur la nuit qu’il aurait été bête de refuser et qui s’accompagnent toujours d‘un petit laïus incisif et corrosif. Jouissivement délirant.

© Jonathan Munoz chez Glénat

Titre : Mauvaises mines

Scénario, dessin et couleurs  : Jonathan Munoz (Page Fb)

Genre: Humour, Trash

Éditeur: Glénat

Collection : GlénAAARG !

Nbre de pages: 96

Prix: 14,95€

Date de sortie: le 23/05/2018

Extraits : 

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