Pentagon Papers : Spielberg remonte le temps pour une ode au contre-pouvoir d’hier et, plus que jamais, d’aujourd’hui

Pour son nouveau film, Steven Spielberg s’inspire d’un fait authentique datant de 1971, quand le Washington Post avait dévoilé des extraits du document « United States-Vietnam Relations, 1945-1967: A Study Prepared by the Department of Defense », soit des milliers de pages classées « top secret » qui dévoilaient l’implication politique et militaire des États-Unis dans la guerre du Viêtnam de 1955 à 1975 et des mensonges en découlant. Josh Singer, l’un des deux co-scénaristes du film avec Liz Hannah, est un habitué du genre puisqu’il a notamment travaillé sur le scénario du film « Le Cinquième Pouvoir » de Bill Condon (2013) ainsi que sur celui de l’oscarisé « Spotlight » de Tom McCarthy (2015). L’association fait des étincelles puisque The Post (ou Pentagon Papers, en VF) était nommé notamment pour 6 Golden Globes 2018 (dont il est revenu bredouille) ainsi que pour l’Oscar du meilleur film et de la meilleure actrice pour Meryl Streep.

Note : 16/20 (Vu au cinéma Caméo des Grignoux)

Résumé: Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d’État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis…

C’est d’un véritable tremblement de terre médiatique, moral et politique dont traite le dernier film de Steven Spielberg! « Pentagon Papers » tire son titre de ce document au contenu « secret d’état » révélant les mensonges des quatre derniers gouvernements américains consécutifs concernant la guerre du Vietnam. C’est en 1971 que le Washington Post publia ce contenu (après un vain premier essai du New York Times) afin de faire valoir le Premier Amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique, appuyant ainsi la liberté d’expression et de la presse, pour alors faire éclater la vérité que le peuple se devait de connaître au sujet de la guerre du Vietnam, au risque d’éclabousser les actes, paroles, combines et autres subterfuges des dirigeants de ce monde, et principalement ici du président des Etats-Unis. Et autant dire dès le départ que ce film fait froid dans le dos au vu de sa résonance actuelle…

Spielberg met en images cette affaire avec une maestria telle qu’on lui connaît, manifestant l’audace et le courage des principaux acteurs de cette histoire pour le droit d’expression et de vérité. Outre Daniel Ellsberg (la source des documents), devenu le premier lanceur d’alerte de l’histoire, le film se concentre sur Benjamin Bradlee, le rédacteur en chef du Washington Post (interprété par Tom Hanks) ainsi que sur la directrice du journal, Katharine Graham (jouée par Meryl Streep).

Tom Hanks est particulièrement bon dans le rôle de cet homme motivé par sa soif de gain contre le gouvernement américain, que rien ne pourra faire fléchir dans sa motivation à aller jusqu’au bout des choses, tandis que Meryl Streep offre au film ce personnage davantage nuancé, coincé entre plusieurs obstacles face à l’ampleur de sa future décision. Tout d’abord, Graham était une grande amie du secrétaire à la Défense. Robert McNamara ayant couvert les mensonges et pour qui « la taupe » Daniel Ellsberg avait travaillée. Révéler ainsi ces documents de la main d’Ellsberg était pour elle synonyme de coup de poignard à son amitié avec McNamara, mais à quel(s) prix? Cette dernière, ayant succédé à la tête du quotidien suite au suicide de son mari, devait aussi faire face à son conseil d’administration, elle qui manquait d’expérience, isolée dans un milieu dominé par les hommes, où ses moindres décisions étaient scrupuleusement examinées dans les détails.

Enfin, il était aussi question de la future entrée en bourse de son journal, qui ne pouvait dès lors pas se permettre de faux pas, au risque de mettre la clef sous la porte. Autant d’enjeux avec lesquels cette femme a dû jongler pour affirmer sa position et, par la même occasion, être l’une des premières responsables d’un énorme scoop sur les pratiques de l’administration présidentielle, de laquelle s’en suivra le scandale du Watergate (auquel le film fait référence lors de sa dernière scène), ayant entraîné la démission de Richard Nixon, déjà bien sali pour les papiers du Pentagone. Il est donc aussi question d’un film plus féministe qu’on le pense, sur une femme en prise avec ses décisions, qui plus est sont à caractère disproportionné, suite au scandale qui en découlera.

Même s’il faut quelques minutes pour se centrer sur les bons personnages et dénuder les enjeux de situation, le film de Spielberg passionne aussitôt par son sujet et sa portée plus que fédératrice en termes de messages. Il apparaît même comme un devoir public de réaliser des films comme celui-ci, surtout au regard de l’actualité avec laquelle nous devons faire face, quant à la liberté d’expression, ou les secrets d’états. Et pour marquer le coup, Spielberg a mis les petits plats dans les grands, en tournant avec sa fine équipe d’habitués. On retrouve ainsi Janusz Kaminski à la photographie, Rick Carter à la déco ou encore Diana Burton aux accessoires, faisant de ce « Pentagon Papers » un objet d’époque totalement irrésistible.

On a vraiment l’impression de se retrouver en 1971, de là à se demander si le film a bien été tourné de nos jours! Le travail de reconstitution est donc très impressionnant, malgré le fait que l’intrigue se trouve principalement dans les bureaux de Washington Post. Concernant le scénario, celui-ci papote beaucoup, mais avec de bons arguments. C’est assez bien dialogué, jamais pédagogique, mais plutôt interloquant dans les questions et problèmes qu’il soulève. Et même s’il fait un bref état des répercussions judiciaires du scandale (que l’on devine aisément) à l’époque, le film n’en demeure pas moins suffisamment bien fourni et porteur de sens pour quiconque le verra.

Avec ce « Pentagon Papers », Spielberg nous livre un travail millimétré pour une ode au contre-pouvoir, qui nous rappelle que la presse n’est pas là pour assouvir les gouvernants, mais bien les gouvernés. Une œuvre qui fait mouche face à l’administration Trump, et dont il ne faudrait pas minimiser l’importance, même si beaucoup le qualifierait de petit Spielberg.

Toutes les critiques de Julien pour l’année 2018, ça se passe également par là !

Titre : Pentagon Papers

Pays : USA

Réalisateur : Steven Spielberg

Acteurs : Meryl Streep, Tom Hanks, Sarah Paulson, Bob Odenkirk, Tracy Letts, Bradley Whitford, Bruce Greenwood, Matthew Rhys…

Genre : Drame, Thriller

Durée : 115 min

Date de sortie : le 24/01/2018

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