Oui, assurément Il y a des façons bien plus douces de faire son entrée dans la vie que de naître sous les bombes. C’est pourtant ce qui arrive à Bo, fils d’une soprano et du directeur d’une petite entreprise de réparation. Mais la fin de la guerre ne sera pas pour autant synonyme de liberté pour le garçon et ses proches. Le régime mis en place (La Nouvelle Société) est des plus restrictifs. La preuve, grand amateur de musique, Bo est contraint d’écouter quasi en cachette sa chanteuse américaine préférée, celle dont la voix de velours le fait craquer.
Et puis il y a Irenn, l’intrigante Irenn, sa première et grande histoire d’amour. Un fille secrète au point d’éveiller ses soupçons. Ne serait-elle pas en train de l’espionner, lui, le chercheur dont les inventions pourraient servir l’Etat ?
Mais le bonheur, celui là même que Bo veut connaître longtemps, il le trouvera dans les bras de Di, une collègue de travail, sosie parfaite de la chanteuse Timi Yuro. Jusqu’à ce que le destin s’en mêle. Car oui même le plus doué des inventeurs, le plus grand des ingénieurs ne peut rien contre la dure réalité de la vie.

Lorsqu’elle était gamine en Roumanie, Irina Teodorescu a vécu un terrible drame, son frère aîné atteint d’une leucémie est décédé alors qu’il aurait pu être sauvé grâce à une greffe pratiquée en France. Le régime (communiste) de l’époque avait proposé à son père de devenir espion en échange d’un visa. Il n’a pas accepté. Le frère d’Irina l’a payé de sa vie.
Même si elle ne mentionne pas une seule fois la Roumanie dans ce court roman, on imagine bien que son histoire personnelle et le régime mis en place par Ceausescu ont fortement marqué l’auteure. Qui n’a d’ailleurs pas été touché par ces images d’enfants abandonnés à leur triste sort dans des orphelinats désaffectés? Qui n’a pas été horrifié par Timisoara et son charnier?
Dans « Celui qui comptait être heureux longtemps », l’auteure parvient à retranscrire parfaitement le climat de tension et de suspicion qui régnait à l’époque. Où la délation était monnaie courante, où ne pas rentrer dans le rang risquait de vous faire envoyer dans des camps de redressement ou pire encore.
Mais malgré un contexte qui pourrait être plombant Irina Teodorescu par le biais d’un style énergique, musical, rythmé par de courtes phrases, rend son roman plaisant à lire, car on sent bien que l’espoir n’est jamais loin, qu’il pointe le bout de son nez en permanence. Et que oui, il est tout à fait possible de se reconstruire, même lorsque la vie vous a détruit en mille morceaux.
Titre : Celui qui comptait être heureux longtemps
Auteur : Irina Teodorescu
Genre : Drame
Editeur : Gaia éditions
Nbr de pages : 224
Date de sortie : Janvier 2018
Prix : 19€

