Chroniques du FIFF 2017 #2 : Diane a peut-être les épaules mais Benchetrit manque de chien !

Septembre touche à sa fin et chaque année, c’est la même chose. Le Festival International du Film Francophone s’installe à Namur, et les cinéphiles de tous horizons frémissent à l’idée de vivre une nouvelle semaine de cinéma. Du vendredi 29 septembre au vendredi 6 octobre, c’est le septième art qui règne sur la capitale wallonne. Huit jours pour faire le plein de cinéma, de découverte en découvertes, de salle en salles. Avec les photos de Fabian Rigaux.

À lire aussi | Chroniques du FIFF 2017 #1 : une première salve entre court et long, entre inconditionnel amour et petites déceptions

FIFF2017 - Fabian Rigaux (3)
Fabian Rigaux

Jeudi 5 octobre, une femme forte contre un homme-chien kafkaien

Dans l’épisode précédent, il y avait eu de belles rencontres, des découvertes tout aussi délicieuses et des déceptions, plus ou moins grandes. C’est donc avec une légère appréhension que ce jeudi nous reprenons le chemin de Namur et de ces cinémas. En cette fin de semaine, le programme est plutôt léger dans ce qu’il reste à voir, beaucoup plus léger que d’habitude. Sans doute parce que cette année la programmation compte pas moins de 20 films de moins qu’à son habitude.

Ce jeudi matin, nous découvrons le film qui clôturera cette 32ème édition du festival « Diane a les épaules ». Le festival aime les premiers films et le prouve une fois de plus en programmant le premier long métrage de Fabien Gorgeart mettant en scène un quatuor d’acteurs phénoménaux : Clothilde Hesme, Fabrizio Rongione, Thomas Suire et Gregory Montel. Un joli film porté par une histoire de femme aussi émouvante que positive, celle de Diane qui a accepté de porter l’enfant de ses meilleurs amis, sans compter sur l’arrivée dans sa vie de Fabrizio dont elle va rapidement tomber amoureuse.

La rencontre avec Diane est percutante, une femme forte qui gère sa vie comme elle l’entend, mais au plus on côtoie ce personnage on plus on découvre la finesse avec laquelle il est dépeint. Clothilde Hesme semble en phase tant avec Diane, qu’elle incarne à la perfection, qu’avec les trois autres acteurs principaux. L’alchimie est belle et lorsque le film se termine, d’une manière un poil trop abrupte, on sourit, on a passé un beau moment et c’est tant mieux !

Diane a les épaules - Fabien Gorgeart
Diane a les épaules, Fabien Gorgeart

Tant mieux… Deux mots bien choisis car on ne sait jamais ce qui peut arriver ensuite. On découvre un très bon film et puis la séance d’après, c’est la catastrophe ! Tout s’effondre, on voudrait fuir, se cacher, mais non, par respect – maudit soit-il – on reste et on subit une histoire dégueulasse et le mot est faible. Alors, qu’est-ce donc cet horrible film qui a pu casser aussi vite la douce légèreté de Diane ? Ce film s’appelle Chien, c’est le nouveau long métrage de Samuel Benchetrit, je l’attendais et à présent, je voudrais l’oublier. Ce n’est pas qu’il soit mauvais, ce film ! Ce n’est pas que les acteurs ne soient pas à la hauteur !

On se rend bien vite compte de la magistralité de la performance de Vincent Macaigne, ce héros du cinéma français, et de Bouli Lanners, notre vénérable compatriote. Ce n’est pas que l’image ne soit pas assez belle ! Elle est travaillée avec intelligence, froide et aseptisée, en parfait écho avec l’histoire qu’elle enveloppe. Sur papier, c’est un bon film. Oui mais alors, qu’est-ce qui coince ?

Chien - Samuel Benchetrit (2)
Chien, de Samuel Benchetrit

Kafka transforme l’homme en insecte, Benchetrit transforme l’homme en chien. L’histoire se résume à cela, la transformation d’un homme paumé et désespérant en un chien. Dès le début, le film se veut loufoque, absurde, mais la puissance comique se trouve bien vite entravée par l’atmosphère malsaine qui plane autour des quelques personnages du film. Petit à petit, la cruauté arrive, la violence s’installe, elle ne fera que monter, crescendo, jusqu’à la fin du film. Impuissante, la salle assiste à la déshumanisation d’un homme et les remarques de dégoût fusent, les soupirs aussi en cette après-midi. Les plus courageux prennent déjà leurs jambes à leur cou, soucieux de ne pas abîmer leur santé mentale en découvrant le fin mot de cet insupportable récit.

De mon côté, je subis et je m’enfonce chaque minute dans mon siège, un nœud me serre la gorge, la nausée me prend. J’ai honte pour ce film, j’ai honte pour Benchetrit, c’est impensable pour moi de raconter une telle histoire. La déshumanisation va trop loin, beaucoup trop loin, la violence morale est trop insoutenable et le film est d’autant paradoxal qu’il est très bien mis en scène et incarné. Mais ça ne fonctionne pas, car il est tout simplement malsain et c’est tordu de vouloir placer une audience face à une telle histoire.

D’autant plus que si propos il y a derrière cette maltraitance, il est nébuleux, inexistant pour moi, et le restera jusqu’à la fin. C’est juste l’histoire d’un homme qui devient un chien, rien de plus. Je n’y vois pas là de procès de la cruauté de l’homme, ni de l’assouvissement de certain. Là où Franz Kafka, dans sa fameuse et tout aussi nauséabonde Métamorphose, s’appuie sur un réel propos qui apprend quelque chose au lecteur.

Chien - Samuel Benchetrit
Chien, Samuel Benchetrit

Bref, quand l’aboiement final retentit, c’est la délivrance qui embrase le public de courageux resté jusqu’au bout. Le générique commence à peine à défiler que les premiers spectateurs prennent déjà la fuite. Les applaudissements se feront finalement, très timides. Cette après-midi, nous n’aurons pas vu un mauvais film, nous aurons vu un film horrible. Et le plus énervant, c’est que si l’on oublie les mauvais films, les horreurs restent encore longtemps à trotter dans notre esprit…

Remarquez que nous n’aurons même pas abordé la présence fantomatique de Vanessa Paradis qui apparaît à peine deux minutes à l’écran, sans rien apporter de transcendant dans les scène qu’elle joue. On l’a connue mieux notre Vanessa… Cela dit, Chien sera consacré lors de la cérémonie de remise de prix avec 3 Bayard : celui du scénario, celui du meilleur comédien pour Vincent Macaigne et le Bayard d’or !

Branchés Culture - Fabian Rigaux - FIFF 2017 (2)
Fabian Rigaux

Vendredi 6 octobre, une clôture en beauté

Vendredi, la fin du FIFF se profile doucement à l’horizon. Pas de grand film de fiction à voir en ce matin pluvieux, mais un grand documentaire, Molenbeek, génération radicale ?. C’est au Caméo qu’est projeté ce film qui pose question, de José Luis Peñafuerte et Chergui Kharroubi. La salle est petite mais bondée, le sujet est encore brûlant, la problématique interroge toujours, deux raisons pour lesquelles les festivaliers ont décidé d’aller voir ce documentaire. Tourné au lendemain des attentats de Paris, le film nous plonge sans concession au cœur du quartier déshérité de notre capitale qualifié de berceau du Djihadisme. En une heure, on cherche des réponses à une question lourde et dérangeante : Molenbeek a-t-elle créé des monstres ?

Voilà qui sera le dernier film vu au FIFF pour cette 32ème édition. En ce dernier jour, la programmation est timide, mieux vaut se réserver pour la soirée. Il est dix-neuf heures quand nous pénétrons dans le magnifique théâtre royal de Namur pour assister à la cérémonie de clôture. Sur le tapis rose, Raymond Depardon, Berni Goldbat, Clothilde Hesme, Marc Zinga, Samuel Benchetrit, Vanessa Paradis et d’autres se succèdent. Un peu plus tard la cérémonie peut débuter avec la remise des prix du format court et autant dire que si la compétition était très rude, l’on ne peut qu’être satisfait du résultat final. Avec un prix spécial du jury pour le merveilleux film de David Noblet, L’Enfant Né du Vent, ou encore un prix du public amplement mérité pour la nouvelle pépite de Pablo Munoz Gomez, Kapitalistis.

Branchés Culture - Fabian Rigaux - FIFF 2017 (39)
Jean-Marc Van Espel avec Pablo Munoz Gomez (Prix du Public Court Métrage)

La cérémonie se poursuivra avec la compétition première oeuvre qui auréolera la sublime et lumineuse Sofia Djama pour ses Bienheureux, pour en arriver à une compétition officielle mi-figue, mi-raisin. Si Vincent Macaigne aura bien mérité son Bayard du meilleur acteur, on ne peut que rester sceptique face aux autres triomphes de Benchetrit et de son Chien. Apparemment, le film et son scénario aura bien divisé le jury de Martin Provost, disons qu’il aurait pu le diviser encore un tout petit peu plus. Soit, le palmarès est rattrapé par ce Bayard de la meilleure actrice inattendu et plus ou moins inespéré, décerné à l’incroyable Camille Mongeau qui emporte le film Tadoussac dans sa fougue et sa jeunesse. Ouf! On aurait presque eu peur qu’il retourne avec Vanessa Paradis !

Branchés Culture - Fabian Rigaux - FIFF 2017 (19)

Après la cérémonie, le réconfort. Jurys, lauréats et journalistes se retrouvent dans une joyeuse ambiance au foyer du théâtre pour discuter cinéma et partager le dernier drink du 32ème Festival International du Film Francophone de Namur. La nuit est tombée depuis un bon moment et sous le chapiteau bondé, la fête bat son plein. Dans quelques heures, le FIFF tirera sa révérence, Namur perdra sa couleur rose, la vie reprendra son cours normal avec un peu moins de cinéma qu’en cette première semaine d’octobre.

Et voilà, le FIFF c’est fini pour cette année… Mais pas d’inquiétude, on se retrouvera l’an prochain ! Et d’ici là, le cinéma continuera de faire parler de lui.

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