Le génie subversif tendre et cynique porte un nom, il s’appelle Odieu et il est de retour

Didier Odieu est un génie modeste qui s’ignore. Actif depuis des décennies ce trublion en marge des conventions à l’univers singulier, croisement entre Jacques Brel et Johnny Rotten est aussi utile au paysage de la création artistique underground qu’un pluvier à la mâchoire d’un crocodile du Nil. Performer instinctif et imprévisible il se pose en véritable bête de scène que ce soit aussi bien avec son groupe Le Feu qu’en solo comme durant ces trois soirées uniques programmées du 20 au 22 avril à la Samaritaine.

Pianiste, chanteur, auteur-compositeur, le belge nous entraine dans son univers surréaliste à la fois tendre ou ultra violent à l’humour noir et corrosif. Seul devant son piano Didier constitue un spectacle à lui tout seul. Durant cent vingt minutes, on reste scotché à ce personnage non conventionnel, clown génial aux textes acerbes et cyniques, qui même en complet veston reste punk dans l’attitude.

Et l’artiste décline ses titres formidables comme « Rien », « Kleenex », « Elle », « Rapport de Police », « Ma Rue », « Explose Moi », « Rien à Cirer », « Je Bois », revisite somptueusement à sa sauce « La Fille à qui je Pense » que Johnny chantait en 1966, nous gratifie de l’ »Alcool » pour clore sa trilogie du poivrot avant de s’attaquer à « Ou e La Mer », « Morphinomania », « La Grande Aventure » et « Donne Moi ».

On est écroulé de rire ou on a les poils qui se dressent d’émotion à l’écoute de ses instants décalés d’une poésie inclassable servie par cette écriture à tiroir qui fait la marque de fabrique du personnage.

Odieu © Jean-Pierre Vanderlinden

De temps à autre, Odieu se lève et rejoint son pied de micro dressé à l’autre bout de la scène, et, debout devant nous, part dans des élucubrations lumineuses, revisite Richard Anthony « Amoureux de sa femme »  en mode bourré jouissif, nous parle de dieu qui prend le tram à six heure, fait l’éloge cynique de sa banque, puis revient au piano pour nous emmener dans sa « Bulle », improviser une mélodie qui change tous les soirs pour « La Machine », ironiser sur la « Rolex » de Sarkozy avant de nous conter l’histoire d’Aldo et de terminer par une reprise émouvante de « La Coco » de Fréhel. Ouf ! Et je ne vous parle pas de cette chanson écrite pour Serge Lama et refusée bien sur car bien trop… odieuse. Du grand art subversif à souhait.

Odieu © Jean-Pierre Vanderlinden

Le public de la Samaritaine est conquis et l’ovationne longuement . Didier se rassoit au piano et se lance dans l’interprétation du « Sad Song » de Lou Reed, qu’il me confiera après le show avoir joué ce soir en hommage à un ami qu’il vient de perdre. C’est beau, c’est triste, c’est du Odieu tout simplement.

Odieu © Jean-Pierre Vanderlinden

Cette soirée à la Samaritaine restera pour moi un moment suspendu et un souvenir magique en compagnie d’un artiste hors norme qui tout au long de sa carrière a joué à cache-cache avec le succès et la reconnaissance populaire et dont le talent parfois honteusement sous-estimé n’a d’égal que sa générosité sans limite. Odieu, n’a rien d’honteux, c’est juste un immense artiste que je vous encourage à découvrir au plus vite.

Odieu © Jean-Pierre Vanderlinden

Il sortira cette année un nouvel album «  Retour de Flamme » ainsi qu’un livre reprenant l’intégrale de ses textes, vous n’avez donc plus aucune excuse…

Merci à Dider Odieu et à Phil Delire pour leur gentillesse et cette conversation improvisée après le show, ainsi qu’ à Huguette pour son accueil et tout ce qu’elle a donné à la Samaritaine durant toutes ses longues années.

Texte et photos : Jean-Pierre Vanderlinden aka JPROCK THE DARK FEATHER.

Vous trouverez en complément de ma galerie de photos, une deuxième galerie de l’évènement en couleurs dans l’oeil du photographe Pierrot Destrebecq.

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