The Dukes, l’inconscience Art’n’roll qui pousse à aller plus loin (Interview Inc’rock 2015)

Basé à Paris et à Phoenix, The Dukes s’est formé en 2010 sous l’impulsion de Shanka et Greg Jacks. En 2011, ils arrivent à attirer l’attention avec leur premier album Victory, s’éloignant avec brio de la mouvance du moment et témoin d’un univers singulier et d’un rock noisy

Après deux ans de tournée en Europe, notamment en support des Subways, impossible de ne pas penser à un nouvel opus! Et les revoilà en scène avec Smoke Against The Beat, un album empreint de poésie et orchestré par un rock puissant, revisitant les racines du punk et même du blues.

Sweet song with unsweet sounds, telle est la devise de leur univers à part où vit Smoki un être mi-loup mi-crocodile créé par Shanka lui-même, symbole de l’esprit art’n’roll qui habite le groupe. Un univers visuel complet puisque désormais décliné en stop-motion, figurines et même en comics entre les mains de personnalités comme Charlie Adlard (Walking Dead).

Sur scène c’est une vraie déferlante d’énergie à laquelle assiste le public. Les deux hommes occupent la scène de main de maître, évoluant entre machines, projections, clips vidéos,… Bref, un véritable régal pour les yeux en prime d’une musique qui ébranle tout sur son passage!

Justement, The Dukes était de passage à l’Inc’Rock ce weekend, l’occasion pour nous de réaliser une sympathique interview avec Greg et Shanka où l’on a parlé Belgique, dessins-animés, alligators et musique, tout de même!

banniere-photo-live1FX

On est en Belgique alors forcément, je me dois de vous poser cette question ; quel est votre rapport à la Belgique ?

Greg : Il y a beaucoup à dire, alors je vais laisser Shanka s’exprimer.

Shanka : Oui, le rapport à la Belgique il est assez fort en fait. Moi, mon épouse est belge. On a d’ailleurs vécu deux ans à Bruxelles, mais on est récemment revenu en France pour des raisons pratiques, pour le travail.

Par ailleurs, je joue aussi avec un projet belge, The Holmes, qui est basé à Bruxelles et à La Louvière, avec Giacomo, le chanteur de Romano Nervoso. On a fait pas mal de dates l’année dernière, mais là comme lui et moi on est à fond sur notre projet,  on a fait une pause. Du coup, ce projet-là m’a permis de découvrir toute la scène off belge. Et c’est super parce: il y a un underground en Belgique, bouillonnant et vachement plus dynamique qu’en France, toute proportion gardée. Donc, c’est toujours en plaisir de venir jouer ici !

Greg : Et accessoirement, on a aussi nos deux albums qui ont été mixé par un belge, donc forcément, ça boucle un peu la boucle.

23-volet1FX

Justement, votre premier album est sorti en 2011, alors qu’est-ce qu’il s’est passé depuis ?

Greg : La vie tout simplement, je crois ! Déjà, avec la crise il y a eu des licenciements (rires). On était quatre et voila, on est passé à deux. Mais avec les contrats où les producteurs laissent exprimer un peu la créativité, on  a du se demander ; qu’est-ce qu’on fait maintenant qu’on est deux ?

Shanka : On ne voulait pas tomber dans un truc trop garage ; et on voulait garder un truc assez riche dans les arrangements. Et puis par ailleurs, je suis tombé vraiment amoureux d’un certain type de synthés analogiques, très seventies, même pas automatisés. Et pour pouvoir les utiliser dans nos chansons en live, on a fait un système où on les envoie directement dans les amplis en fond de scène. On voulait pas faire un groupe d’électro comme il y en a beaucoup en ce moment où le rock est soumis à l’électro, on voulait soumettre l’électro au rock. On ne voulait pas casser l’énergie punk qu’il y avait entre notre duo batterie-guitare.

Alors, le nouveau LP vient de sortir en Belgique, comment on se sent à l’aube de cette nouvelle aventure qui commence ?

Greg : On a déjà sorti notre album en France précédemment, et au moment de la sortie, on savait avec Shanka que ça allait encore être un long chemin pour nous. On est un jeune groupe en développement, donc on sait que quand on sort un album, on ne va pas devoir regarder le top tout le temps pour voir à quelle place on se trouve et tout. Ça va être long, il va falloir aller convaincre chaque pays l’un après l’autre. Parce que ce n’est pas toujours facile pour nous de trouver des deals pour sortir nos albums dans les autres pays. C’est un challenge, il faut avoir toute une équipe autour ; un attaché de presse, un booker,… Maintenant, on est content parce que l’album est sorti en France, il est sorti chez vous il y a quelques jours, il sort au Etats-Unis le mois prochain ; on part aussi aux Etats-Unis pour jouer, donc on découvre encore de nouveaux territoires.

Ca fait son chemin…

Greg : Exactement ! On sait avec Shanka qu’il faut de la patience pour faire ce qu’on veut faire, donc on essaye d’affiner au fur et à mesure le projet. Mais le temps ne nous dessert pas complètement ; tant qu’on est en activité et qu’on continue à entretenir le bébé…

26-volet3-terFX

Et comment décririez-vous votre projet qui est tout de même assez complet, puisque autour de la musique il y a aussi une recherche graphique ?

Shanka : Moi je le décrirais comme quelque chose d’assez singulier dans le paysage musical. Les gens ont en fait du mal à nous mettre dans une case, mais je ne dis pas du tout ça dans un esprit snob du genre « nous on n’est pas pareil » ! Mais c’est vrai qu’on fait du rock assez violent quand même, assez émotionnel et qui n’est pas du tout dans la tendance du moment.

Pour en revenir à ta question, il y a toujours un amour de la chanson, un côté McCartney un peu, une volonté d’avoir un projet réduit à son plus simple élément, une guitare et une voix, et que ça fonctionne. Et en même temps, on s’est beaucoup amusé sur la forme, d’où les dessins-animés qu’on projette sur le matériel. Pour essayer malgré tout, même si on fait que réinterpréter des standards, parce qu’on n’a pas  la prétention du tout d’inventer quoi que ce soit, d’au moins amener notre touche personnelle le plus sincèrement possible, même si c’est parfois imparfait.

Greg : Parce qu’en fait, tous les dessins de Shanka qui sont projetés sur le matériel, ce n’était pas du tout un calcul, c’était vraiment spontané ! C’est venu naturellement et le projet continue de se développer comme ça : c’est évolutif en permanence.

Mais à la base, tout est parti d’un besoin. Parce que quand tu es un jeune groupe, tu n’as pas beaucoup de moyen pour faire des clips, pour faire de l’image. Et Shanka a vraiment une main pour dessiner: il a réussi à donner vie à notre musique en image. Et peut-être qu’à terme, grâce à ça, on arrivera à montrer aux gens qu’on est différent.

Et on a une expression qui résume un peu notre musique ; l’art’n roll. On essaye, à notre petit niveau, sans aucune prétention d’aller au-delà de la musique et des paroles, pour aller explorer un peu ce qu’il y a autour. Et c’est vrai que les arts visuels, c’est une boîte de Pandore incroyable. On n’a pu alors déborder sur plein de trucs ; les masques, l’animation, la BD, même des porte-clés de nos personnages !

Par rapport à toute cette élaboration graphique autour de votre musique, comment arrivez-vous à gérer tout ça seuls, finalement ? Parce qu’aujourd’hui, il y a des collectifs, comme Fauve, qui travaillent également sur différent support, mais ils sont beaucoup plus nombreux…

Shanka : Alors je vais pas te dire que c’est facile (rires) ! Notre set up de live, si tu veux, c’est une espèce de bombardier. Moi j’avais pas le permis, mais il a fallu que j’apprenne à conduire le bazar ! Après, je sais que je marche au challenge et c’en est un ! Je veux dire, déjà à la base, je suis un mec hyper timide et rien que de monter sur scène c’est un challenge. Donc, finalement, c’est presque la partie facile tout le côté prise en main technique. Puis on connait des gens qui nous conseillent aussi.

18-shanka-mask-squareFX

Vous avez également une devise « sweet songs with unsweet sounds ». C’est assez particulier, alors d’où ça vient ?  

Shanka : En fait c’est l’ingé son qui a enregistré notre tout premier album, Magnus Lindberg, le batteur de Cult of Luna, qui nous a sorti l’expression. Et on trouvait ça bien, parce que c’est vrai qu’on a toujours ce côté un peu Beatles, on essaye de trouver la chanson pas parfaite mais avec quelque chose de catchy qui exprime quelque chose. Et, en même temps, on vient d’une scène très punk avec beaucoup d’énergie. Donc c’est la combinaison des deux qui fait un peu le postulat de départ.

Alors, vous en êtes déjà au deuxième album, qu’est-ce que vous envisagez pour la suite ?

Shanka : Là on a déjà 7-8 titres du prochain disque qu’on aimerait sortir au printemps prochain pour garder une sorte de flux tendu. Pour éviter que la petite attention qu’on a réussie à gagner ne retombe de trop. Et puis, parce qu’à un moment donné, ça devient une maladie !

Greg : Et là, on a une chance supplémentaire, c’est que maintenant on a un autre et même peut-être deux autres continents à gagner, en parallèle de l’écriture du prochain album. Du coup ça nous permet vraiment de ne jamais nous arrêter. C’est ça qui est génial, parce que l’air de rien, il faut qu’on puisse entretenir cette petite attention, comme disait Shanka. Là ce qui est bien c’est que les gens qui nous suivent vont pouvoir avoir de nos nouvelles depuis la Louisiane, le Mississipi, et vivre un peu l’aventure avec nous. ¨Pas comme si on rentrait en studio et qu’on faisait silence-radio pendant 6 mois avant de réattaquer une promo.

Shanka : C’est comme dans tous les autres arts créatifs, il faut pouvoir entretenir son travail. On n’est vraiment pas dans la logique de devenir des grandes vedettes ; on fait un travail et on a envie de le faire connaître aux gens qui pourrait s’y intéresser.

Greg : Je pensais un truc dans l’avion… 9 mois, 9 euros, 9 titres ! Voila où en est arrivé aujourd’hui la musique. Attention, quand tu as la force créative et le talent pour, c’est génial, mais c’est ça la durée de vie d’un album et c’est comme ça que ça devrait être vendu. Tu fais des cycles de neuf mois ; c’est un bébé quoi !

Regarde à l’époque des 60’s, ils écrivaient des singles et ça n’arrêtait pas ! Et avant qu’ils aient un album il fallait qu’ils aient au moins 4 singles numéros 1 du billboard et compagnie. Et aujourd’hui, avec les difficultés de la crise, soit tu pleures et tu fais un album tous les 110 ans, soit tu te démerdes et t’utilises ton talent pour sortir quelque chose ! Même si il y a des contraintes, comme pour Shanka et moi qui vivons sur deux continents, moi aux États-Unis, lui en France. En fait, ça nous a permis de nous rapprocher de cette terre-mère de la musique pour ce genre de musique. Et là, on va vraiment aller tester notre musique là-bas, dans des petits festivals, des clubs…

Shanka : 9 mois, 9 titres, 9 euros… C’est pas mal !

 The-Dukes-01

C’est la première fois que vous allez jouer aux Etats-Unis ?

Greg : Oui, une tournée comme ça, c’est vraiment la première fois ! Et ce qui est génial, c’est qu’on ne va pas jouer à New York, Los Angeles ou dans tous les clubs branchés. On va vraiment aller jouer là où les mecs, ils chassent des alligators et ils mangent des ours, ou l’inverse ! Je sais pas dans quel sens ! Et mine de rien, comme disait François, notre affaire c’est un bordel, un bombardier, donc il a vraiment fallu recréer le show là-bas. En gros, on est complètement…

Shanka : Inconscient !

Greg : Ouais, c’est ça ! Mais c’est justement cette inconscience qui nous permet d’aller plus loin que le « ah, ça va être compliqué ! ».

Là, ils ont signé notre musique aux Etats-Unis, et la promo vient de commencer, ils viennent d’envoyer nos disques aux radios,… Donc, on t’en dira plus dans 6 mois ou dans un an quand on se reverra !

 Alors pour terminer, qu’est-ce qu’on pourrait vous souhaiter pour la suite ?

Greg : De durer… Qu’on nous donne une chance à nous, et à tous les autres artistes qui essayent de proposer quelque chose de différent.

Interview réalisée par Alizée Seny à l’Inc’Rock Festival.

The Dukes, Smoke against the beat

Sortie belge le 23/04/215

http://www.thedukesmusic.com/

https://www.facebook.com/thedukes54

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.