Une bande de filles… un peu à part

Échos du Festival de Cannes 2014

18h30, go par des passages presque secrets à l’inauguration de la Quinzaine des réalisateurs, Festival dans le Festival, parallèle mais divergent car créé après Mai 68 par la Société des réalisateurs de film en réaction à la censure et au luxe du Festival. Ici, malheur à celui qui mettra un smoking, pas de tenue correcte exigée. Et c’est un film de filles (ôtez ici toute connotation négative, il n’y aura ni romantisme niais ni humour potache, mais de la violence de mots ou d’actes, un constat implacable sur la vie dans les cités, un film se voulant fort) qui ouvre la Quinzaine: Bande de Filles de Céline Sciamma, dont le précédent film, Tomboy sur fond de trouble d’identité d’une petite fille se prenant pour un garçon, un film choc, scandale pour l’église, très enthousiasmant pour les critiques professionnels et spectateurs.

bande de filles blog

Bandes de Filles, c’est une chronique des cités, black et féminine, et ça commence fort avec une musique techno rythmée et entraînante (la BO du film est d’ailleurs somptueuse). Le long-métrage raconte l’histoire de Marieme, en complète rupture avec sa famille et le milieu dans lequel elle vit, bien trop sage. Frappée par son frère, en perdition scolaire, humiliée par le boulot que fait sa mère, femme de ménage à la Défense, Marieme décide de provoquer la rupture en s’associant à trois autres jeunes filles de la même banlieue. S’ensuit une descente aux enfers loin de la réussite qu’elle pensait atteindre, où s’enchaînent les guerres de gang, où la drogue n’est jamais loin et où la perte de personnalité, pour mieux suivre le mouvement, est inéluctable.

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Langage de djeuns à l’appui, Bande de filles ne manque pas de qualités: la réalisation est léchée, la photographie est parfaite et les actrices très à leur aise (et pourtant parfaites inconnues jusqu’ici, et c’est là qu’est la performance!). Pourtant le charme n’opère qu’à moitié. Un peu trop poussif, notamment dans l’agressivité du langage de certaines scènes (pas besoin d’en faire des tonnes pour montrer comment se parlent les jeunes) plus que dans leur violence actée (prouvant que les combats de filles, ça peut être pire que ceux des mecs), ce qui empêche le spectateur de vraiment d’intégrer la tribu des quatre personnages principaux. Dommage pour une bande de filles qui, au final, est plutôt une bande à part. Le long-métrage semble, aussi, interminable, de longs fondus noirs font croire, plusieurs fois, à la clôture du film, malheureusement il n’en est rien, et au bout du compte et de certains rebondissements pas nécessaires, ça manque de rythme. Et c’est dommage, car le film avait de l’ambition.

3,5/5

Bande de filles, de Céline Sciamma, avec Karidja Touré, Assa Sylla, Lindsay Karamoh, Mariétou Touré… En sale le 22 octobre

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