Des ambassadeurs de classe mondiale

Arrivé un peu plus tard que prévu, même pas le temps de souffler que l’univers tout en (somptueuses) vocalises de la Capverdienne Mayra Andrade me happe. Il est 17h et la foule des grands et beaux jours est déjà là. Tôt pour un troisième jour de festival mais synonyme d’une bonne journée. Le vent pousse la chaleur malsaine ambiante et les questions « Pleuvra, pleuvra pas ? » pour laisser des visages rayonnants devant cette chanteuse éminemment sympathique et oscillant entre la mornia du pays et de Césaria et des horizons multiculturels. L’ambiance est détendue et Jean-Yves « Monsieur Esperanzah ! » Laffineur mange une glace en famille.

African in New York et in… Esperanzah !

Concert fini, rendez-vous en bas des pavés pour le concert, côté cour, entre USA et Ghana. Un voyage aux confins des genres, dans un melting pot faisant la part belle aux cuivres et aux guitares façon bluesy, mais aussi un rock énergique et du hip hop teinté d’afrobeat. Premiers poils qui se dressent tant Blitz sait y faire. Et quand il « cherche l’énergie », il n’a pas loin à faire tant le public, de plus en plus grand à chaque concert, est réceptif. Consécration pour le chanteur quand le public reprend une version africanisée d’Englishman in New York de Police, qui devient African in New York et puis, comme les conditions s’y prêtent, African in Esperanzah !.  Ici, les moments d’émotions vont de pair avec les engagements : « Give peace a chance, please, it’s so easy ». Et une horde de mains devenues des « V » frondant le ciel à en donner les frisons, les premiers du festival. Un autre bon moment et un des meilleurs concerts d’Esperanzah ! loin devant Manu Chao, assez calculé (certains en ont même dit, suite au concert de jeudi qu’il était le Patrick Sébastien de l’alter-mondialisme).

Le périple continue, passant près de la scène découvert où une armada de danseurs s’improvisent sur une musique derviche et au son du bouzouki, tout en rythme. Mais c’est le prometteur Playing for change qui attire l’attention : une caravane transformée en studio mobile qui a séduit près de 185 musiciens dans le monde et fait sa route de festivals en concert avec une tribu d’artistes variables mais empreint du même crédo : chanter pour le changement. Le rythme est endiablé entre gospel et reprises de grands standards de la chanson universelle. Des hymnes, bien plus que des chansons qui trouvent ici des versions imparables, parmi les plus belles qu’elles aient connues. A change is gonna come ou Stand by me sont imparables.

Et dire que…

Retour au pied de l’abbaye, où la scène n’a de cesse de déménager sous les coups de reggae appuyés de Danakil. Le public s’enflamme devant le groupe français qui n’est plus à présenter. Un hommage àMarley et un duo d’anthologie plus tard, le groupe salue la scène, telle une terre promise, celle bénie du reggae. Et dire que je n’aimais pas beaucoup le reggae !

Ambassadeurs encore et toujours avec le gratin de la culture malienne réuni sur la scène du jardin. Salif Keita et Amadou Bagayoko (le même que celui qui œuvre avec Mariam) et leur cultissime groupe Les Ambassadeurs. Mais le culte n’est pas toujours le mieux, et leur musique traditionnelle, trop traditionnelle, finit par lasser malgré la qualité des musiciens.

L’heure est déjà au dernier concert, urbain et fort de caractère. Attendu, c’est dire s’il l’est : Kery James s’apprête en coulisse à livrer le dernier concert de sa tournée « Dernier MC » (comprenez Maître de Cérémonie, une auto-proclamation qui tranche avec « un rap français qui a du mal à être militant et conscient ces derniers temps »). Fidèle à son statut de poète rappeur, ou même rap’cœur tant il « rappe le ventre ouvert », Kery James ne se fait pas attendre pour livrer un spectacle de près d’une heure et demi, lourd de sens et par la musique qu’il assène avec ses « colonels » OGB (renommé pour l’occasion Original Gros Belge) et Teddy Corona. Le poids lourd du rap français, toujours aussi engagé (à l’image de son combat pour la Palestine ou de sa « Vent d’Etat » contre les médias) livre un best of de ses, déjà, 20 ans de carrière. Ses banlieusards sont aux anges, et les autres, ceux qui ne sont pas adeptes du genre, restent et respectent l’artiste et sa rage sincère. « Vous êtes le meilleur public de ma tournée, je le dirai à Paris ». Avant d’enjoindre ce public à danser sur un clin d’œil à Stromae : Alors on saute. Kery confiait en interview : « Stromae, il m’a écrit quelques titres avant d’exploser au grand jour. C’est un grand, il met de la légèreté dans la profondeur, et peu d’artistes savent le faire. »

Dernier concert oblige, s’ensuivent les remerciements et les hommages de ses deux compères de scènes portant l’émotion aux yeux de Kery James. Derrière le rappeur, le MC, se cache un homme sensible et proche de son public. Une communion musicale inoubliable (surtout s’il est vrai que Kery James arrête sa carrière)! Et dire que je n’aimais pas trop le rap!

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