C’est grand l’Allemagne! Et pour rallier Dusseldorf à Leipzig, il faut compter pas moins de 500 km, cinq heures de route. Une amitié peut-elle survivre spatio-temporellement? Max Baitinger nous interroge avec son propre langage BD.
Résumé d’Acki par L’Employé du moi : Dietz, la quarantaine, est ingénieur et père de famille à Düsseldorf. Avec Volker, musicien apathique et kleptomane notoire, il prend la route, direction Leipzig, pour rendre visite à Acki. Une fois sur place, les retrouvailles se font attendre puisque leur vieux copain d’enfance a oublié de leur transmettre sa nouvelle adresse et ne répond plus au téléphone. En attendant un signe de vie, Dietz et Volker tuent le temps dans les rues de cette ville d’Allemagne de l’est, se rendent au musée le jour et font la tournée des bars la nuit. Mais pour éviter que le week-end ne se solde par un échec, ils finissent tout de même par se lancer à la recherche de leur camarade introuvable.
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Tout est maîtrisé. Dietz est un homme sérieux et souple, il a trouvé un maître pour le remplacer le temps de la compétition de judo de ce week-end, il s’est libéré des contraintes professionnelles et familiales. Ce week-end, il le passe à Leipzig avec ses deux copains: Volker, dans un état second, qu’il embarque avec lui, et Acki qu’ils retrouveront là-bas. Comme au bon vieux temps.
Révolu? en tout cas, tout ne va pas se passer comme prévu, Acki ne répond plus. Un pote qui ne répond pas quand on est à 10 bornes de chez soi, passe encore, mais quand on en a fait 500…
Alors, dans un road-trip de l’ennui, oubliant même sa quête, avec son duo mal assorti, Max Baitinger nous tient en haleine de manière étonnante. Clairement, tout ça pourrait être contemplatif, le lecteur pourrait s’assoupir en cours de route, et pourtant… Max Baitinger est maître de son récit, dans les lieux qu’il rend insolites, les rencontres impromptues, la perte de contrôle et l’allégresse de l’imprévu qui permet aussi la réflexion sur notre manière d’homme ultra-moderne d’être au monde… en étant sûr d’avoir toujours à portée de quoi recharger nos téléphones portatifs mais empêchant totalement l’évasion.
Et la communication? « Depuis que n’importe quel téléphone est capable de contacter de trente-six mille manières n’importe qui sur cette planète, on ne communique plus, en fait. » À l’époque, ce n’était pas comme ça. Désormais, l’amitié est sur répondeur automatique. Mais il y a l’écriture de Max Baitinger, pas automatique elle. Oui, j’aurais pu m’embêter dans cette histoire, au contraire, ce fut l’extase sur le talent de conteur du bédéaste allemand. Il a une manière bien à lui, rien qu’à lui, d’envisager les mouvements (physique et cathartiques) de ses héros, de se détacher des corps, de les réinventer, de les dédoubler, « stromboscoper ». Visuellement, cette finesse et cette souplesse de trait a les pleins pouvoirs, avec des propositions étonnantes et novatrices au service d’un récit-parenthèse qui aide les personnages à reprendre, au final, le cours de leur vie, sur un dernier pied de nez, comme une scène postgénérique et offrant un nouveau clip urbain, entêtant et entrînant au tube Daydream de Wallace Collection. Sacrée expérience.
À lire chez L’Employé du Moi.

