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Sept auteurs du monde entier réveillent Little Nemo : un petit miquet à la gueule de bois dans notre monde de 2025 complètement fou, mais la force des arts peut encore sauver Slumberland

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© McCay

Cent-vingt ans après sa création, inoubliable, par l’Américain Winsor McCay dans le New York Herald, Little Nemo, ce petit bonhomme parti à la découverte de Slumberland, n’a pas dit son dernier mot. Fait son dernier rêve… ou cauchemar. Le centre belge de la bande dessinée et son musée ont mis autour de la table, de la planche, un scénariste belge et six dessinateurs venus de partout dans le monde mais de la même époque: la nôtre. Et elle ne ressemble plus à 1905.

Résumé du Réveil de Little Nemo par Le Musée de la Bande Dessinée Bruxelles : Et si Little Nemo se réveillait aujourd’hui, après une centaine d’années de sommeil sans cauchemars? Il se réveillerait dans un monde inconnu. Le nôtre…

En ces temps charnières, où l’on passe d’une année à la suivante sans beaucoup d’espoir que le monde change et inverse la (mauvaise) tendance, nous avons besoin de héros inspirants. Si le Père Noël, bonhomme, traverse la nuit avec tous ses cadeaux, montrant peut-être le gros doigt parfois tout en sachant qu’il ne sera jamais suivi de conséquences, certains personnages ont besoin de nous, que nous fassions la moitié du chemin, que nous les habitions de notre vécu, notre quotidien, pour qu’ils nous offrent la lumière ou l’obscurité. En évacuant les récits religieux, alors, peut-être, des Petit Prince ou Little Nemo peuvent-ils être les héros de la Saint-Sylvestre, à notre rencontre.

© de Pierpont/Beleza pour le Musée de la Bande Dessinée

Y’a-t-il encore de la place pour un rêveur comme Little Nemo dans le monde d’aujourd’hui? À quoi ressembleraient ses jours et ses nuits? En 2005, Les impressions nouvelles avaient déjà convié un collectif d’auteurs (Moebius, Otomo, Schuiten, Spiegelman) à imaginer Un siècle de rêves. Vingt ans plus tard, le scénariste Philippe de Pierpont a envoyé des missives aux six coins du monde pour célébrer l’aspect cosmopolite, international et universel de ce petit bonhomme retombé de son lit.

© de Pierpont/El Gamraoui pour le Musée de la Bande Dessinée

On commence le voyage à La Havane-Cuba (avec Alex Izquierdo, déjà croisé dans la revue Habana mais aussi Rosa de la Habana) avant de virer de la tête du lit vers Braga-Portugal (avec Filipa Beleza), en Terre Promise (avec Kamal Hakim), à Taipei – Taïwan (BliSS), quelque part entre M’Diq – Maroc et l’Espagne (avec Oumaima El Gamraoui) et Bruxelles – capitale de la B…D (avec Ronan Chabrat). Sera-ce suffisant pour relancer la machine à rêver, se réchauffer.

Chaque histoire courte est un périple, dans le style graphique et les découvertes que fait ce Little Nemo groggy et qui se dit sans doute qu’il est mal réveillé. Les humains vont-ils l’aider à oublier le royaume de Morpheus, Flip et les autres? Encore faudrait-il qu’ils décollent leurs yeux et leur nez de leurs écrans, qu’ils arrêtent de se faire la guerre, de brûler des livres qu’ils proclament interdits, de refermer les frontières et de compter les morts sur des radeaux qui ne peuvent rien face à la mer, démontée. Mais ce n’est pas sa faute à elle. Comment peut-on rêver dans ce monde-là?

© de Pierpont/Izquierdo pour le Musée de la Bande Dessinée

Il y a parfois une étincelle, une échappatoire, par la Culture, les oeuvres qui nous mettent sur orbite, nous connectent à d’autres mondes. Mais n’est-ce pas eux, Culture et monde des arts qui sont mis à mal par les nouvelles politiques d’austérité. Il faut couper, gérer comme des ingénieurs pas comme des poètes, disait un libéral belge.

© de Pierpont/BliSS pour le Musée de la Bande Dessinée

Alors, le combat est là. Sur cette terre en ruines. Les sept auteurs de cette nouvelle exploration du cultissime univers de McCay, ébranlent le mythe, le fissurent. Little Nemo devient mortel, fragile, Morpheus a tous les pouvoirs chez lui mais plus sur Terre, le sommeil n’y est plus réparateur. Cet album, dans toute sa diversité graphique combat la froideur, la noirceur, de bout en bout. Ça fiche un peu le cafard, implacable, car l’issue est plus qu’incertaine mais ces six dessinateurs, quasiment inconnus dans nos contrées sont des dignes successeurs des McCay, Moebius, Marchand, Frank Pé qui ont un jour entraîné Nemo dans leur univers.

© de Pierpont/Kamal Hakim pour le Musée de la Bande Dessinée

Chacun a sa sensibilité, sa force, son intimité avec le personnage, avec des effets spéciaux tellement BD (le récit d’ouverture sous forme de course-poursuite, le passage manga avec combat de dragon!) ou de la sobriété dans cette société qui carbure aux idées noires. In fine, nous sauvera ou nous sauvera pas? Little Nemo est réinstallé après toutes ces années, dans la dernière histoire, parmi le gratin des héros du Neuvième Art. Des plus enfantins au plus adultes. Pourtant, tous rêvent de vivre à Slumberland et non plus sur la Planète Bleue, tellement on lui fait du mal. Si les artistes n’arrivent pas à sauver ce qui était notre paradis, ils sauveront Slumberland.

© de Pierpont/Chabrat pour le Musée de la Bande Dessinée

À lire aux Éditions du Musée de la Bande Dessinée Bruxelles, à découvrir au CBBD

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