Toto, rouge colère, rose de joie : nommer les défauts aident parfois à les accepter, mais nous, nous accepterons-nous?

Qui est Toto de la petite fille ou du petit chien présents sur la couverture? Qui se ressemble s’assemble mais quand même. Toto, ce n’est ni l’un ni l’autre, c’est un détail sur le visage de l’héroïne. Une tache (quel nom mal choisi) de naissance qui se voit un peu plus haut que le nez au milieu de la figure. Qui capte l’attention de la famille de cette petite fille comme des inconnus et qui nourrit un sentiment de gêne. Serait-elle parfaite sans « Toto »? Parfois les enfants trouvent plus que les adultes les mots et les gestes qui rassurent et vous permette de ne plus avoir honte d’être vous-même.

© Hyewon Yum aux Éditions des Éléphants

Résumé de Toto par Les éditions des éléphants : Une petite fille a une tache de vin sur le front et elle l’appelle « Toto ». Elle se demande parfois à quoi elle ressemblerait sans elle. La plupart du temps, la fillette ne pense pas à Toto, mais les autres, si. Ils semblent même ne voir que ça. Lors de son premier jour d’école, alors qu’elle joue avec sa nouvelle amie Margot, Toto se dévoile derrière sa frange. À sa grande surprise, Margot réagit avec enthousiasme, affirmant à son amie que cette marque la rend extraordinaire et unique.

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Sur base d’un souvenir qui l’avait remise en question – elle avait rencontré une petite fille avec une marque rouge sur le front, sans oser lui poser de question, par politesse, précaution que n’avait bien entendu pas pris son propre fils -, l’autrice sud-coréenne Hyewon Yum (traduite par Ilona Meyer et Caroline Drouault) a pensé un album aussi mature qu’enfantin. Peut-être que beaucoup de parents, comme moi, en voyant cette couverture, auront imaginé une tout autre histoire, auront fait abstraction de cette « tache » de naissance. Par politesse, parce que la différence peut faire peur.

© Hyewon Yum aux Éditions des Éléphants

Mais c’est justement là que Hyewon Yum appuie, non pour faire mal, pour soulager, pour libérer. Plus besoin de frange pour cacher « Toto », qui suscite des inquiétudes, de la tristesse, invisibilisation, parfois juste dans le langage non verbal. Et une rouge colère pour l’intéressée.

« C’est le baiser d’un ange, lui dit sa maman, qui en même temps la coiffe pour la faire disparaître, tip top pour la rentrée. Les cheveux longs, sur le front, la gamine s’y est faite. Mais, c’était sans compter qu’elle allait se retrouver à un moment la tête à l’envers. Sensation forte et étonnement de sa nouvelle amie… ravie.

© Hyewon Yum aux Éditions des Éléphants

et oui, les craintes des adultes peuvent être surprises par les enfants jamais en manque d’imagination et des croyances venues d’ailleurs qui donnent du sens, un super-pouvoir à ce que d’autres voyaient comme un défaut de fabrication. Avec cette révélation dans son cartable, l’héroïne va pouvoir se peigner comme elle veut et faire fi du regard inquiet du monde autour.

Hyewon Yum a eu la bonne idée de raconter cette histoire presque exclusivement en noir et blanc. Pour permettre à cette tache aussi de s’exprimer, rouge colère et rose de joie, de plus en plus souvent.

© Hyewon Yum aux Éditions des Éléphants

À partir de 6 ans, à lire aux Éditions des Éléphants.

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