Okavango de Caryl Férey est un thriller mais il est bien plus. C’est une enquête au cœur d’une réserve privée réputée inviolable pour comprendre qui vient y déposer des corps humains. Et une rumeur se fait de plus en plus tenace: les braconniers qui s’en approchent disparaissent, happés par les hommes-lions. Mais c’est aussi une ode, un cri magistral de l’auteur pour cette Afrique des grands territoires. Cette savane réduite de plus en plus à des immenses parcs clos pour sauvegarder une faune qui continue à être anéantie. Commerce de l’ivoire, des cornes de rhinocéros, trophées de pattes de lions, de têtes de léopards, oiseaux rares, etc. L’homme continue à exercer une pression démesurée sur ces sanctuaires qui bientôt ne seront plus. Puis, il y a John, le responsable de Wild Bunch, un homme au passé discret, caché même, et à la fortune trouble. Et il y a Solanah, une ranger idéaliste qui croit en son métier et son utilité. C’est bouleversant de justesse, de dureté, d’amour pour une région en danger. C’est remarquablement décrit par un auteur qui nous immerge avec tellement de justesse qu’on a l’impression de sortir d’un film en apnée… Impossible de passer à côté, Okavango est magnifique et bouleversant.
Résumé de l’éditeur : Engagée avec ferveur dans la lutte anti braconnage, la ranger Solanah Betwase a la triste habitude de côtoyer des cadavres et des corps d’animaux mutilés.
Aussi, lorsqu’un jeune homme est retrouvé mort en plein cœur de Wild Bunch, une réserve animalière à la frontière namibienne, elle sait que son enquête va lui donner du fil à retordre. D’autant que John Latham, le propriétaire de la réserve, se révèle vite être un personnage complexe. Ami ou ennemi ?
Solanah va devoir frayer avec ses doutes et une très mauvaise nouvelle : le Scorpion, le pire braconnier du continent est de retour sur son territoire…
Premier polar au cœur des réserves africaines, Okavango est aussi un hymne à la beauté du monde sauvage et à l’urgence de le laisser vivre.
Caryl Férey est écrivain, voyageur et scénariste – cinéma et BD. Multi primé, il s’est imposé comme l’un des meilleurs auteurs de thrillers avec Zulu, puis Mapuche, Condor, Paz et la série « Mc Cash« , tous parus à la Série Noire.
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C’est sans doute parce que l’auteur est scénariste que son écriture est autant immersive. Grace aux descriptions vivantes et passionnées de la savane, des plaines, de la peau des animaux qui crépite ou luit sous le regard en fonction de l’heure de la journée, la lecture prend vie. En quelques lignes seulement, le lecteur n’est plus chez lui mais là-bas, au milieu de ces terres immenses et tellement fragiles. Dans la poussière de latérite, cette terre rouge ou ocre de l’Afrique, on entend le barrissement des éléphants, le rugissement des lions et on craint une charge de rhinocéros.
Car le thriller, remarquablement construit, est surtout un hymne d’amour, un cri déchirant pour cette nature en danger. Une réflexion aussi sur le rôle primordial de l’homme blanc dans la destruction de ces trésors vivants.
Et puis il y a les personnages qu’on n’a pas envie de quitter. L’énigmatique John, séduisant, réservé, dur, fermé… dont on découvre au fil des pages l’histoire et la personnalité. Solanah, ranger passionnée qui lutte au sein de son couple, de son corps, de son histoire de femme dans une Afrique qui ne reconnait pas encore tous les droits à cette partie de l’humanité. C’est aussi l’histoire de Seth, ranger au lion style, et de sa grand-mère qui passe sa vie sur un siège en plastic à discuter avec les voisins. C’est l’histoire de Pritti l’intelligente, le petit suricate souriant et perché, C’est l’histoire de l’amitié entre John et N/Kon, d’une confiance indéfectible entre deux hommes qui ont tout traversé….C’est aussi la perception des peuples entre-eux, les liens qu’ils tissent et les réputations qu’ils se font. Tout est complexe, tout est rude, tout est absolument époustouflant. Car il n’y pas un moment où vous pouvez reprendre votre respiration dans cette enquête complexe. Sauf peut-être, sur la terrasse du patio du ranch, au crépuscule, lorsque les girafes font le grand écart pour s’abreuver à la marre située en contre-bas. Alors peut-être qu’à cet instant seulement, lorsque le soleil rouge enflamme la terre et que les ombres noires s’épaississent, alors un souffle de respiration vous permet de tenir la longueur.
Si ces raisons ne vous suffisent pas à plonger dans Okavango, alors je ne puis qu’ajouter qu’après deux ans de lectures en perte de vitesse, de disparition parfois totale de l’envie de lire, d’une incapacité léthargique à rester accrochée à une histoire, Okavango m’a passionnée, emportée, sans pause et sans digression. Juste un livre remarquablement bien écrit, une histoire passionnante, des personnages complexes, une enquête haletante et une fin émotionnante. Okavango est le livre qui donne l’envie de lire, la passion de découvrir, le bonheur de voyager au travers des mots d’un autre. À lire absolument.
Titre : Okavango
Editions : Gallimard, Série Noire
Sorti le : 17 août 2023
544 pages

