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Licornes, sirènes, chevaliers et, surtout, petits enfants, tous hachés menus dans la Cuisine des ogres, arrière-boutique de celles des humains, selon Vehlmann et Andreae

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© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres

Quel est donc ce crapaud qui depuis le toit d’une maison fait une drôle de pêche avec son hameçon et ses sortilèges? Ce n’est pas un crapaud, c’est un croque-mitaine, sans doute hyperlaxe, nommé Grince-Matin. Il écume ces contrées rongées par la famine et fait son marché pour les fins gourmets que sont les ogres. Avides de mets délicats et recherchés même si la chair humaine en est toujours l’ingrédient principal. En suivant de pauvres petits bougres, Fabien Vehlmann et Jean-Baptiste Andréae nous emmènent dans La cuisine des ogres.

© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres

Résumé de La cuisine des ogres par Rue de Sèvres: A l’intérieur du mystérieux massif que l’on appelle « La Dent du Chat » vivent des ogres. Fins gourmets, leurs mets délicats se composent néanmoins d’ingrédients quelque peu inhabituels… Lorsqu’une jeune orpheline nommée Blanchette se fait capturer avec d’autres enfants pour être emmenée au cœur du cratère et servir de dîner à ses imposants habitants, le cauchemar s’installe. Hachée, mijotée, écrasée : celle qu’on surnommera « Trois-fois-morte » met la faucheuse au défi : grâce à son courage (et un peu de chance), elle survit à tous les dangers et obstacles qui s’imposent à elle. Avec l’aide du jeune korrigan Brèche-Dent, elle va devoir redoubler d’inventivité pour survivre à cet enfer et sauver ses amis.

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© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres

Une poignée d’enfants, un chevalier fou qui passait par là, l’affaire est dans le sac (sans fond) de Grince-Matin. Direction La dent du chat et son royaume insoupçonné des humains. Pas d’aller-retour possible pour les victimes de cet enlèvement, mais qu’ils ne se tracassent pas, ils seront soignés aux petits oignons et, une fois enrobés, ce qui ne saurait tarder, consommés sans modération par les ogres et leurs invités. Mais ils ne seront plus là pour en souffrir, puisque passés à la moulinette, au hachoir géant.

© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres

Chance, cependant! Au moment où Blanchette devait y passer, la mâchoire carnassière et métallique de l’outil XXL s’est bloquée. D’autres comparses étaient trépassés mais, avec un peu de gymnastique, notre héroïne sur laquelle personne n’aurait pas parié une pièce d’or, a découvert un autre monde. Des déchets, des rebuts, des survivants qui font, en quelque sorte, le lave-vaisselle de ces géants gargantuesques ou parfois gaspilleurs. Peut-être, si elle n’était pas en danger de mort et d’être mangée, notre héroïne renommée « Trois-Fois-Morte » y aurait-elle plus sa place ici que dans le monde d’où elle vient? Vous savez, ce sont ceux qui en ont le moins qui donnent le plus. Mais c’est sans compter les menaces qui cernent cet îlot de désespérance et risquent bien d’avoir la peau de cette petite fille secrète et maladroite.

Étude de Trois-fois-morte © Andréae
Étude d’un ogre © Andréae

Dans ce monde où Fabien Vehlmann (à l’écriture) et Jean-Baptiste Andréae (mise en scène et dessin) font cohabiter leur propre légende mêlée à bien d’autres influences et mythes (des licornes, un kraken, des sirènes, tous bons pour être mijotés, mais aussi des fantômes, des hérons, des diablotins), Trois-Fois-Morte va n’écouter que son courage pour sauver ses compagnons de mésaventure. Même si cela exige qu’elle retourne plusieurs fois dans la cuisine des ogres, et assiste à leur spectacle insupportable. Ça découpe, ça tranche, ça scalpe, à toute heure du jour et de la nuit.

© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres

En 78 planches magnifiques, dans laquelle la poésie et l’imagination triomphent de ce qui aurait pu n’être qu’insupportable, Jean-Baptiste Andréae met en images les mots et les symboles, les engagements de Fabien Vehlmann. Conte fantastique, puis de survie, puis d’aventure et bientôt concours de cuisine inattendu, La cuisine des ogres est traversée par un bestiaire XXL, des thématiques et des métaphores très fortes. Comme quand Trois-Fois-Morte doit se résoudre à faire le mal, à plonger une créature dans une tristesse infinie, pour sauver le plus grand nombre, c’est scotchant et puissant. Faire le bien et le juste, c’est parfois faire le mal. La première chose qui permette de vaincre le signe indien, c’est de croire en soi. Les bons, les méchants, c’est surfait.

© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres

Tout comme les histoires de jolies familles. On le sait, il y a parfois des crapules.

Puis, surtout, si la boucherie, l’abattoir sont représentés dans toute leur sanguinolence, avec enfants et créatures magiques, adorées, déchiquetés, cela nous renvoie directement à notre société de consommation carnivore, qui tue, tue, tue en n’ayant que faire de la souffrance des « proies » tandis que le convive, mis face à une assiette parfaite, en est déconnecté. Le tout pour que certains ne mangent que trois fois rien. Je ne sais pas si les auteurs sont végans, mais la réflexion est bien là dans cet univers à des lieues (sept?) d’ici et pourtant toute proche, en se gardant bien d’avoir une morale bien marquée.

© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres
© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres

Totale réussite que cet album. Étonnamment, je pense que tout le monde peut le lire. Certains lecteurs adultes disent avoir trouvé les images trash. Pourtant, quand on repense aux horreurs dont il est question dans Le Petit Poucet, Hansel et Gretel et tant d’autres contes qu’on lit dès le plus jeune âge, c’est la même veine. Alors, oui, peut-être, y’a-t-il ici des images qui peuvent choquer le jeune public mais, si les parents supervisent cette lecture et comme le cadre est bien amené par les auteurs, ces visions d’horreur seront inoffensives voire bénéfiques.

Étude d’un nain © Andréae
Étude d’un apprenti des ogres © Andréae

Un album magique et très riche.

À lire chez Rue de Sèvres.

Preview : 

© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres
© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres
© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres
© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres
© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres
© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres
© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres
© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres
© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres
© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres
© Vehlmann/Andréae chez Rue de Sèvres
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