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Au bonheur des chats et Le voyage de Pic-Nic le koala: les copains d’Ernest et Célestine, héros de Gabrielle Vincent sont toujours aussi chaleureux

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© Gabrielle Vincent/Fanny Husson-Olligier chez CFC

Forcément, ils sont tellement universels qu’il y a toujours une bonne raison de sortir, (re)découvrir avec les enfants, un album d’Ernest et Célestine. Ça va avec tout, dans toutes les saisons et les thèmes. Mais cette locomotive de la littérature jeunesse est un peu l’arbre qui cache la forêt. Car l’artiste derrière ce duo d’animaux anthropomorphes mais naturels, Gabrielle Vincent (décédée il y a 25 ans déjà) a eu d’autres adorables héros. Dont deux que CFC Éditions a exhumés, remasterisés en livres et dans une exposition: Au bonheur des chats et Le Voyage de Pic-Nic.

Résumé d’Au bonheur des chats par CFC Éditions: Depuis que Juliette n’est plus là, les chats du quartier ont le ventre creux. Chaque jour, elle les nourrissait avec tendresse et régularité. Mais aujourd’hui, plus de pâtée, plus de douce voix qui les appelle… Alors les matous s’organisent ! Pacha, Peludo, Néfertiti et tous les autres unissent leurs forces : il faut trouver un nouveau coeur tendre à apprivoiser. Leur cible ? Un vieux monsieur barbu, l’air un peu grognon, qui habite leur quartier. Commence alors un véritable défilé de malice et de miaulements ! Séduction féline, stratégies bien rodées et clins d’oeil en pagaille : les chats ne manquent pas d’idées pour conquérir ce nouveau bienfaiteur potentiel.

© Gabrielle Vincent chez CFC

Au bonheur des souris, des lecteurs, des ours mais aussi des chats. Dans son format carré, généreux, pour bien mettre en valeur le trait et les couleurs de Gabrielle Vincent, Au bonheur des chats se passe dans le même univers, la même rue qu’Au bonheur des ours, ouvrage marquant de l’autrice belge.

© Gabrielle Vincent chez CFC
© Gabrielle Vincent chez CFC

Après avoir tant et tant réparé, recousu, bien léché des ours en peluche, le vieux monsieur barbu se retrouve cette fois confronté à une autre espèce dont il n’a pas les codes. Les chats de gouttières qui l’encerclent, le prennent au piège, à corps et à cris, miaulements stridents qu’on croit entendre, tellement l’artiste a, à l’époque, mis du coeur à l’ouvrage. Voilà, tout l’album durant, notre humain qui croit devenir fou, tente de résister nuit et jour à l’appel, aux menaces des félins. Et le « fichez-moi la paix » de devenir peu à peu plus doux, plus résigné. Il va même finir par leur donner des surnoms, faire ses comptes pour que tous mangent à leur faim. Mais, malicieuse, Gabrielle Vincent attend la dernière double-page pour vraiment faire basculer cette histoire, cette relation. Les chats gagnent toujours, dans toute leur diversité et leurs communications étudiées par l’autrice. Craquant et mignon.

© Gabrielle Vincent chez CFC


Le voyage de Pic-Nic

Résumé du Voyage de Pic-Nic par CFC Éditions: « Je m’appelle Pic-Nic, amusant comme nom tu ne trouves pas ? Je me balade toujours avec une petite valise jaune, j’y trimballe toute ma maison. Un jour, peut-être, je partirai en voyage. » Pic-Nic, adorable koala un peu timide et plein de douceur, retrouve ses vieux amis Rosalie et Nicolas qui vont l’aider à dépasser ses peurs pour mieux grandir.

© Gabrielle Vincent/Fanny Husson-Olligier chez CFC

Dans un format plus grand, vertical, Le voyage de Pic-Nic est le fruit d’un processus un peu différent d’Au bonheur des chats. En effet, il s’agit ici d’un remontage et d’une réécriture par Fanny Husson-Ollagnier (déjà autrice de L’Album photo des jours heureux d’Ernest et Célestine et d’une monographie consacrée à Gabrielle Vincent) sur base des travaux de la Bruxelloise sur le personnage de Pic-Nic, le koala (un escarkoala, même, il trimballe toute sa maison dans une valise jaune), un peu perdu dans le monde des humains.

Pic-Nic est né sans texte, juste par l’image et l’expressivité de sa peintre de créatrice. Entre 1982 et 1984, ce petit d’homme à la tête de koala a connu trois aventures que Fanny Husson-Ollagnier unifie aujourd’hui dans un texte en quatre chapitres, pour 56 pages.

Voilà donc Pic-Nic qui voyage, de proche en proche. Pas de bateau, pas d’avion, il fait tout à pied, tranquille ou au pas de course, poursuivi par des gamins qui veulent gentiment s’arracher cet animal si mignon. Pic-Nic se demande s’il n’aurait pas mieux fait de rester dans son arbre. Mais il peut aussi compter sur Nicolas, alias « Monsieur Rigolo » et Rosalie, sa grand-mère de coeur, sur l’entraide de brocanteurs aussi (ah ce thème de la seconde vie, du réemploi bien présent chez Gabrielle Vincent).

© Gabrielle Vincent/Fanny Husson-Olligier chez CFC

Ce que j’aime dans le monde des albums illustrés jeunesse, c’est que si les technologies ont évolué, qu’on trouve désormais des albums au rendu 3D, plus numérique, le traditionnel n’a pas pour autant disparu que du contraire. Ce n’est malheureusement pas la même chanson au cinéma où certains classiques de l’animation accusent quand même le coup de l’âge et du tout à l’évolution, modernisation.

© Gabrielle Vincent/Fanny Husson-Olligier chez CFC

Soit, ici, donc, on peut prendre un album paru il y a quarante ans et le lire comme s’il était neuf. C’est le cas de Pic-Nic le koala qui n’a pas pris une ride, bonhomme et curieux. Moyennant quelques ellipses un peu brutales pour les jeunes lecteurs, en manque d’indications de temps (d’une planche à l’autre, on passe du soir au matin avec un effet « cut »), Fanny Husson-Ollagnier lui offre des mots, ses mots trempés dans le savoir-faire de Gabrielle Vincent, dans sa rythmique, sa manière de dialoguer, de ne pas expédier, de prendre son temps. Quel bel hommage et quel bon moment qui rappelle qu’on peut être timide, pas sûr de soi, on peut toujours compter sur d’autres pour nous guider, pousser, à commencer par sa famille, de sang ou qu’on choisit.

À lire chez CFC.

Jusqu’au samedi 17 janvier 2026 (oui nous arrivons comme les carabiniers d’Offenbach 🫣​), la Maison CFC propose l’exposition « Aquarelles et esquisses | Gabrielle Vincent », une sélection d’œuvres originales tirées des deux nouveaux albums, composée  d’aquarelles, d’esquisses et de recherches graphiques de cette grande figure de la littérature jeunesse. Ouvert le mardi et le samedi de 10h à 18h.

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