Ce vendredi l’immense comédien Christophe Lambert était de passage au BIFFF où il a été fait chevalier de l’Ordre du Corbeau devant un Ciné 1 plein à craquer, et longuement ovationné par une salle enthousiaste.
Un très beau moment rehaussé par la présence de l’acteur qui a tenu malgré tout à honorer sa promesse alors qu’il a subi une lourde chute en mars dernier qui lui a valu une hospitalisation et un disque du dos froissé qui le fait toujours souffrir et l’handicape encore aujourd’hui pour marcher.
le comédien a tenu également à revenir le samedi en début d’après midi pour honorer ses promesses d’interviews.
Voici donc ma rencontre avec ce grand Monsieur du 7éme art.
L’INTERVIEW
Bonjour Christophe Lambert !
C.L. Bonjour.
Dans les différents rôles que vous avez interprété, le premier qui vous a fait connaître est Greystoke la légende de Tarzan en 1984 qui vous a apporté une grande notoriété. Comment avez-vous préparé ce rôle et quels ont été les défis que vous avez rencontrés ?
C.L. and Hugh Hudson le réalisateur m’a contacté pour Greystoke, je pesais 58 kg pour 1m80,…
C’était léger?
C.L. Oui c’était léger en effet, et il voulait que je prenne 30 kg, du coup je me suis mis au sport et j’ai pris du poids, mais du muscle frais, pas de graisse
J’ai lu quelque part qu’il voulait que vous ayez un physique de danseur?
C.L. Oui c’est tout à fait ça, il voulait de la vraie force.
Dans votre dernier film The Creeds le réalisateur vous fait jouer votre propre rôle, vous êtes Christophe Lambert comment avez vous accueilli cette proposition ?
C.L. Et bien ça m’a amusé. c’était drôle, et c’est exactement ce qu’est le film The Creeds. Et quand Marko Mäkilaakso le metteur en scène ma l’a proposé ça m’a tout de suite amusé, et puis aussi de le faire pour se faire plaisir, de le faire sans se poser de questions et en toute humilité. J’ai fait des films, je les assume, je les aime, et si on me propose un personnage qui fait partie intégrante du film je rentre totalement dedans.
Dans votre carrière vous avez joué des good guys et des bad guys , quel type de personnage prenez vous le plus de plaisir à jouer ?
C.L. Les deux ! Les goods guys ils sauvent le monde, et les bad guys ils ont tous les jouets. Et c’est vrai que c’est agréable d’avoir tous les jouets.
Vous avez travaillé à Hollywood, mais vous avez également continué à travailler en France et en Europe. Quelles sont les différences que vous avez constatées entre le système de production américain et le système de production européen ?
C.L. Il n’y en a pas vraiment. On monte un film avec tous les accessoires qu’on met à disposition et ça passe ou ça casse, voilà !
C’est assez similaire alors finalement, peut être juste une question de budget plus important?
C.L. Et oui je pense qu’il y a évidemment des budgets plus importants. On ne va pas faire un film français , un film belge ou suisse à 250 millions de dollars, d’ailleurs ceux qui ont essayé, et bien malheureusement ils se sont plantés.
Vous avez incarné des personnages emblématiques comme Highlander par exemple, qu’est ce qui d’après vous rend un personnage immortel dans l’imaginaire collectif
C.L. Ca c’est au public de répondre. Highlander a touché quatre générations aujourd’hui. Il y a un amour pour ce film qui est rare, et ce n’est pas quelque chose auquel on pense quand on écrit le script ou quand on tourne, c’est quelque chose qui vient progressivement.
Est ce que pour vous le succès se mesure plutôt à la satisfaction personnelle d’avoir incarné un héros qui est devenu quelqu’un à travers le temps, ou est ce que c’est plutôt les résultats au box office ou la célébrité qui peut en résulter?
C.L. Non c’est quelque chose qui se fait avec le temps. On ne pense pas à soi dans ces cas là, on voit grossir le film et on ne peut pas l’expliquer, ça devient une sorte de phénomène social.
Si vous étiez le personnage de Connor MacLeod qui traverse les époques du film , laquelle choisiriez vous?
C.L. Toutes les époques qu’il traverse et dans lesquelles il doit vivre car j’ai pris du plaisir à tourner toutes les scènes. Il y a une ambiguïté extraordinaire dans ce film. C’est difficile d’aimer quand on souffre, quand on aime et que les gens disparaissent, ça fait encore plus souffrir et on ne se rend pas compte du fardeau qu’on a à porter.
Pour revenir à Highlander , qu’est ce qui vous avait attiré dans le projet et dans le personnage de Connor MacLeod, et quelle a été votre relation avec Sean Connery?
C.L. Alors ce qui m’a attiré dans le scénario c’est que c’est un film romantique, ce n’est pas un film d’action en réalité, c’est un film de souffrance, un film d’acceptation de ce qui se passe et de l’immortalité ,et de vivre avec. C’est ce qu’il dit à sa fille, à sa mère, à sa femme, on n’a pas le choix, on accepte. C’est ça qui m’a fait accepter le film.
C’est un film très humain finalement?
C.L. C’est un film ultra romantique, avec cette ambiguïté, on ne sait plus qui est qui.
Et à propos de Sean Connery?
C.L. Sean c’était un type génial.
Vous êtes resté en contactavec lui après ?
C.L. Oui bien sûr on est resté en contact. C’était quelqu’un d’entier, les écossais c’est « what you see is what you get », donc il ne faut pas essayer de tricher, il ne faut pas essayer de jouer un rôle , il faut être juste soi même.
Dans The Creeds vous jouez votre personnage, ou est ce une caricature de votre personnage? Si on en vient à la question qui est Christophe Lambert celui qu’on voit à l’écran, ou à l’écran c’est une icône?
C.L. Je ne le sais pas moi même. Depuis 45 ans je joue des rôles et je n’ai jamais cherché à comprendre. Je lis un script, j’aime faire ce personnage et j’interprète ce personnage, je joue juste quelqu’un. C’est ce qui m’a le plus plu dans ce métier c’est qu’on est chaque fois quelqu’un de différent.
Comment s’est passé le tournage de The Creeps, vous étiez en Finlande il faisait froid, vous étiez malgré tout confortable?
C.L Oui il faisait froid il y avait de la neige, mais bon on survit à ça, c’était surtout amusant. Le metteur en scène Marko a construit ça sans prise de tête, sans se prendre au sérieux. Il y a du gore, du sang, mais c’est une comédie et il mettait des clins d’yeux à des films cultes par ci par là.
J’ai une dernière question Christophe Lambert, hier vous avez été fait chevalier de l’ordre du corbeau devant une salle de 2.000 personnes qui vous ont fait une immense ovation, et même chose le soir lorsque vous êtes venu présenter The Creeps au Ciné 2. Je n’étais pas très loin et je vous ai vu très ému. C’est beau et incroyable de vous voir encore si ému après tant d’années?
C.L. Non ce qui est surtout incroyable c’est que le public continue à suivre après autant d’années. Ca veut dire qu’il n’y a pas de lassitude, qu’il y a un plaisir de voir la personne, il y a un plaisir de voir un film, et c’est ça qui est fou, et c’est la raison pour laquelle j’ai été ému.
Merci beaucoup Christophe Lambert pour cet échange, on va bien sûr continuer à suivre votre actualité.
C.L. Merci à vous
Propos recueillis par Jean-Pierre Vanderlinden
(Photos Fabian Braeckman)
